Elections en Catalogne: Les Suisses du coin ressentent aussi la tension
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Elections en CatalogneLes Suisses du coin ressentent aussi la tension

Les Helvètes de Barcelone ne sont pas hermétiques à la pression qui monte en Catalogne. La crise qui couve depuis des mois ne sera pas forcément résolue par les élections de jeudi.

par
Robin Carrel
Barcelone

L'ambiance est lourde en Catalogne depuis quelques mois. Et ce ne sont pas les élections commandées par Madrid pour redéfinir un nouveau Parlement qui vont fait redescendre la tension. Cette nervosité latente, deux Suisses qui travaillent ou sont venus étudier dans la région n'y sont pas hermétiques. Il faut dire que, depuis les attentats terroristes du mois d'août, l'ambiance a changé.

«Ça peut chauffer quand tu commences à parler de ce sujet. On a désormais tendance à garder son opinion pour soi, raconte Myriam, qui travaille dans la mode et habite à Alella, dans la grande banlieue de la capitale catalane et dont la mère est Espagnole. Le pays sort d'une grosse crise économique et on sentait que ça frémissait cet été. Ça avait été tellement dur pendant dix ans... Et d'un coup, les attentats, et puis ça. Bam!»

Deux heures d'espagnol

«Des deux côtés, on en est arrivés à un extrême qui n'est pas bon, continue celle qui est née à Lausanne, avant de transiter par Genève. On te dit: «Si tu n'es pas indépendantiste, alors tu es fasciste!» A l'école de ma fille, les élèves n'ont que deux heures d'espagnol par semaine. Au festival de Noël, il y a des chansons en catalan, deux en anglais et aucune en espagnol... Ma fille me dit: je suis pour l'indépendance, Mariano Rajoy, c'est le pire. Mais comme il a été élu par la majorité de l'Espagne, mais pas par la Catalogne, ce sentiment peut se comprendre.»

«Avant le référendum, des amis du coin me disaient en rigolant qu'ils allaient se faire taper dessus juste parce qu'ils allaient aller voter. Eh bien, ils se sont vraiment fait frapper!», hallucine Vincent, qui vient juste de terminer un stage dans un hôtel de la place. Le jeune homme originaire du Valais est bien placé pour parler de la sinistrose qui a gagné les lieux. «D'habitude, vers novembre, l'établissement où je bossais était rempli à 40%. Là, on était à peine à 10%», dit-il, quelques heures avant de reprendre l'avion pour le pays.

«Un peu marre»

Vincent n'est pas du genre chanceux. Il est arrivé au début de l'été, alors que l'ambiance était au beau fixe, que la reprise économique commençait à faire son oeuvre et que les terrasses des Ramblas et du bord de mer faisaient le plein. Depuis les attaques du mois d'août, il n'a eu droit qu'à un tourisme en friche, à des manifestations et à un référendum réprimé dans la violence. Quand on vient de Suisse, où on a l'habitude de voter tous les deux mois sur à peu près tout et rien, avouez que ça peut rapidement faire bizarre.

«Pour la suite, ça dépendra de ce qui sera voté. On en a un peu marre, indique Myriam. Nous, on bosse tous avec l'étranger. On aime Barcelone pour son côté ouvert. On ne veut pas d'une frontière en plus! Bien sûr qu'on veut que la Catalogne et sa langue perdurent. Mais si elle devient indépendante, ce sera avec quelle monnaie? Il y a déjà 2500 entreprises qui sont parties depuis les premiers troubles. Moi, je veux une Barcelone internationale! J'aimerais que l'indépendance ne se fasse pas, mais je respecterais bien entendu si ça devait se faire de manière démocratique. Il faut juste, vraiment, que les choses se calment... Tout est en suspens.»

Rendez-vous à Lausanne

Les Catalans de Suisse Romande qui le souhaitent peuvent se réunir jeudi à leur centre de la Rue de Genève à Lausanne. Ils y seront accueillis dès 19 heures, pour un apéritif, avant de suivre les résultats des élections locales en direct à la télévision. «Peut-être qu'on ouvrira un peu avant. Mais comme on est tous bénévoles et qu'on travaille..., indique la présidente Silvia Borja. Je pense que, chez nous, la soirée sera plutôt tranquille. Je ne crois pas que les gens qui sont contre l'indépendance vont venir. Je connais pas mal de Catalans de Suisse qui ne sont pas pour les indépendantistes, mais ils ne viendront pas ici. Ça va bien se passer, mais comme les sondages sont serrés, il y aura sûrement un peu de nervosité.»

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