Actualisé 02.07.2015 à 13:39

Crise grecqueLes Suisses en Grèce se serrent les coudes

Souvent binationaux, les quelque 3000 Suisses vivant en Grèce sont diversement touchés par la situation chaotique actuelle. Mais une grande inquiétude règne.

Le Club suisse d'Athènes se mobilise pour venir en aide à ses concitoyens qui se retrouvent dans le besoin, notamment des personnes âgées et isolées. «Le Club suisse - l'un des plus anciens au monde avec 125 ans d'existence - était au départ un réseau d'entraide. Il est en train de le redevenir», souligne jeudi son président depuis 20 ans, Constantin Kokkinos dans un entretien à l'ats.

Cet avocat d'affaires binational de 56 ans - il est inscrit au barreau de Genève et d'Athènes - ne parvient pas à cacher son émotion en évoquant ce qu'il appelle d'emblée le «prélude d'une tragédie». «Il y a deux semaines seulement, alors que nous fêtions un 1er Août anticipé, personne n'imaginait ce qui se passe maintenant», s'exclame M. Kokkinos.

En collaboration étroite avec l'ambassade de Suisse, le Club a mis en place depuis quelques mois déjà un mécanisme pour venir en aide - «discrètement» - à des familles helvétiques en difficulté en raison de la crise. «Certains de nos membres ont même offert de payer des billets d'avion à des Suisses qui voulaient rentrer dans leur pays d'origine».

La jeunesse est partie

«Aujourd'hui, les besoins deviennent plus aigus», souligne M. Kokkinos. Le Club veut concentrer son aide sur les personnes âgées: «Après 30 ou 40 ans de vie en Grèce, elles ne vont plus forcément se déplacer pour retourner en Suisse. Il faut les aider sur place.» Ne serait-ce que lorsqu'elles ne peuvent plus se déplacer en personne pour aller prélever de l'argent à la banque.

La jeune génération, elle, a déjà quitté le pays depuis deux ou trois ans. «Les 25-30 ans sont partis à 80%», estime l'avocat. «Les autres, les parents, sont dans l'expectative.» Constantin Kokkinos ne s'attend pas à une vague d'émigration dans l'immédiat. «Il leur faudra un peu de temps pour s'organiser».

Au moins une porte de sortie

A l'instar de Sonia Bachmann Limperopoulos, 46 ans, mariée à un Grec et en instance de séparation. La Zurichoise vit en Grèce depuis 25 ans. Après avoir élevé ses deux enfants, elle a entrepris une formation d'enseignante d'école enfantine dans le but de rejoindre le marché du travail d'ici trois ans.

Aujourd'hui, tout est remis en question: «Si je veux travailler, je devrai peut-être retourner en Suisse. Ce sera probablement mieux que de rester ici», confie-t-elle à l'ats. Au moins «quand on est Suisse, on a une porte de sortie».

Beaucoup de gens seront obligés de faire de même, estime Mme Bachmann Limperopoulos. Etablie près de Marathon, au nord-est d'Athènes, elle ne partira pas de gaieté de coeur: «J'aime bien ce pays, les gens sont gentils, très ouverts, il fait beau, nous sommes au bord de la mer!»

Pour ses deux enfants - 16 et 18 ans -, le parcours est en revanche tout tracé, depuis un moment déjà: après des études en Grèce, ils allaient de toute manière devoir s'exiler ailleurs pour trouver du travail. Quant au référendum de dimanche, la Suissesse pense que les Grecs «vont voter contre l'Europe.»

«Un acte qui divise»

Constantin Kokkinos de son côté n'était pas favorable à la tenue même d'un référendum, «parce que c'est un acte qui divise». De plus, «sa légalité est tout à fait questionnable», argumente le juriste. «Il a d'ailleurs été désapprouvé par le Conseil de l'Europe».

Avec sa famille à Zurich, M. Kokkinos précise qu'il n'est pas personnellement menacé par la situation en Grèce. Mais il est très inquiet. Pour lui, le «oui» à l'Europe est «une nécessité pour la Grèce». Mais «même avec un 'oui', que va-t-il se passer? Nous n'en savons rien...». (ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!