Guerre en Ukraine – Les Suisses n’ont pas à craindre pour leur épargne
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Guerre en UkraineLes Suisses n’ont pas à craindre pour leur épargne

Trois banques expliquent les effets du conflit ukrainien sur les placements de la population, rassurent et conseillent.

par
Jérôme Faas
La très faible inflation que connaît la Suisse devrait rassurer les épargnants.

La très faible inflation que connaît la Suisse devrait rassurer les épargnants.

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Pas de panique. Voici en substance le message des banques à M. et Mme Tout-le-Monde. Le conflit ukrainien et l’incertitude qu’il génère sur les marchés ne devraient pas impacter l’épargne de la population. Cette analyse rassurante est partagée par James Mazeau, économiste responsable de la Suisse romande chez UBS, Jeffrey Hochegger, stratège en placements chez Raiffeisen Suisse et Valérie Lemaigre, économiste en chef à la BCGe. Point par point, ils détaillent les conséquences concrètes de la crise sur le porte-monnaie des Suisses et distillent des conseils concrets. 

L’épargne est-elle menacée par l’inflation?

«L’inflation en Suisse reste très faible», observe l’UBS. Si elle vient de passer la barre des 2% le mois dernier (alors qu’elle a atteint 7,9% aux Etats-Unis sur la même période) elle a été négative en 2021. Ainsi, l’UBS s’attend à ce qu’elle ne progresse que «de 1% sur cinq ou dix ans». Les mois prochains, en revanche, la tendance «dépendra de la situation en Ukraine et du prix du pétrole. Le critère principal, c’est l’énergie», note l’UBS. Mais la BGCe constate que «la Suisse est moins exposée que d’autres pays aux importations de gaz et de pétrole russe.»

En outre, les pressions inflationnistes proviennent de l’augmentation du prix des matières premières, une dynamique qui «existait déjà avant le déclenchement de la guerre, mais qui n’a pas créé de nouvelles sources d’inflation, comme une augmentation rapide des salaires». Autrement dit, cette inflation «ne correspond pas à un événement de long terme». L’UBS résume: «Il ne faut pas avoir peur, le prix du pain ne va pas doubler, et la valeur de l’épargne ne va pas fondre.» 

Ceux qui épargnent via des fonds de placement risquent-ils de tout perdre?

«Perdre beaucoup, dans un scénario catastrophe, oui, juge l’UBS. Tout perdre, non.» Elle estime qu’un portefeuille d’actions pourrait perdre jusqu’à 15% cette année et un fonds défensif constitué surtout d’obligations «quelques pourcents». Mais toutes les banques rappellent ce principe simple: «Tant que vous n’avez pas vendu, vous n’avez pas perdu.» Ainsi, aucune ne recommande de retirer ses billes. “Il ne faut surtout pas paniquer”, affirme la BCGe.

Toutes expliquent en outre l’importance de jouir d’un portefeuille diversifié. «Plus une entreprise est touchée par les sanctions contre la Russie, plus le risque est grand» expose la Raiffeisen. Là encore, la BCGe rassure. «Imaginer qu’une action ne vaille plus rien, c’est imaginer qu’une entreprise n’ait plus d’activité et que sa valeur soit nulle. Peut-on penser cela d’une société comme Nestlé ou Novartis, par exemple?» La réponse est non, bien sûr. Dès lors, vendre après une journée négative, «c’est se priver de la possibilité de profiter de la journée positive qui suit fréquemment dans un horizon court».  

Existe-t-il des valeurs refuges, comme les cryptomonnaies ou l’or, dans lesquelles convertir ses économies serait judicieux? 

Les cryptomonnaies, c’est non. Toutes les banques les jugent peu sûres, trop volatiles. «Elles ont tendance à réagir de la même manière que les actifs risqués», explique l’UBS. Si les actions baissent, elles suivent le mouvement. «C’est de la spéculation», tranche la BCGe. Y placer son argent n’est pas indiqué.

L’or, en revanche, fait comme le franc suisse «partie des placements les plus sûrs», juge la Raiffeisen. «Ils sont actuellement très demandés et leur prix a augmenté.» Mais le métal «n’offre pas de croissance à long terme», expose l’UBS. La BCGe confirme. «Il ne crée pas de valeur, contrairement à un investissement dans une entreprise. Mais en acheter peut rassurer et permettre de dormir la nuit.»  

Alors que le franc suisse et l’euro sont à parité, basculer ses économies en euro est-il une bonne idée? 

«Si vous passez vos vacances en zone euro l’été prochain, alors pourquoi pas acheter des euros», avance l’UBS, qui juge une telle acquisition utile uniquement pour consommer – ce qui explique pourquoi les travailleurs frontaliers, payés en francs suisses mais vivant en France, se sont rués sur la monnaie européenne voici dix jours. Pour les autres, l’économiste conseille de garder ses économies en francs suisses. «Basculer ses avoirs d’une devise à une autre parce que l’on pense qu’il s’agit d’un moment-clé correspond à de la spéculation, pas à de l’épargne», avertit la BCG. Pour économiser, acheter des euros à long terme n’est donc pas la panacée, confirme la Raiffeisen, en raison de «l’inflation chroniquement plus faible en Suisse que dans la zone euro».  

La crise a-t-elle un impact sur les coûts du logement?

Pour les locataires, l’impact est nul, explique l’UBS, si ce n’est bien sûr sur les charges, qui risquent d’augmenter en raison de la hausse du prix du mazout et du gaz naturel. Les propriétaires, eux, pourront ressentir un impact si leur hypothèque arrive à terme et qu’ils doivent la refinancer. «Ce sera un peu plus cher que jusqu’à présent. On s’attend à une hausse de 0,2% sur les taux à 10 ans d’ici la fin de l’année, ce qui n’est pas très important». La BCGe abonde. «Pour que les événements en Ukraine aient des conséquences sur les propriétaires, il faudrait qu’ils poussent la BNS à monter rapidement ses taux d’intérêts. Or, en période de crise, ce scénario n’est pas favorisé.» 

Les sommes placées dans les troisièmes piliers sont-elles affectées par la crise? 

«Si elles se trouvent dans un troisième pilier lié sur un compte bancaire, en cash, il n’y a aucun impact, considère l’UBS. Si le troisième pilier lié est investi dans un fonds de placement, alors oui, il est impacté. Mais les sommes étant bloquées avec une optique de très long terme, il n’y a pas trop d’inquiétude à avoir.» En raison de cet horizon à long terme, la Raiffeisen recommande même de miser sur un troisième pilier en actions. «Comme les gestionnaires investissent régulièrement, les prix d’entrée sont lissés et les phases de faiblesse des cours sont mises à profit pour effectuer des achats.»

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