Aéroport de Genève: «Les Suisses tributaires des services étrangers»
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Aéroport de Genève«Les Suisses tributaires des services étrangers»

Deux experts en sécurité commentent le fait que l'aéroport ait exclu de son tarmac des employés sur la base de renseignements français.

par
Jérôme Faas
Un employé de Swissport, à Zurich, en 2008.

Un employé de Swissport, à Zurich, en 2008.

photo: Keystone/Gaetan Bally

C'est sur la base de «renseignements défavorables» transmis par «les services de polices français» que les forces de l'ordre genevoises ont demandé à l'aéroport d'intervenir. Le 22 décembre, celui-ci a donc retiré leur badge d'accès au tarmac à une trentaine d'employés officiant sur son site, «pour des motifs de sûreté». Faut-il y voir une ingérence hexagonale dans les affaires suisses? L'impuissance du renseignement helvétique? Deux experts en sécurité donnent leur point de vue.

Pour le directeur de l'Observatoire universitaire genevois de la sécurité, Frédéric Esposito, «ce qui est positif, c'est que l'échange d'informations fonctionne. Aujourd'hui, la collaboration entre la Suisse et la France est très bonne.»

Il juge «absolument vraisemblable» que les autorités genevoises, comme elles l'affirment, ignorent ce que recouvre le terme «renseignements défavorables». «On sait que les services de renseignement marchandent leurs informations, et sont souvent prêts à donner le résultat, pas le back office, afin de garder la main.» Selon lui, la Suisse a cependant raison de faire confiance à la qualité des informations des Français, «eux-mêmes ayant intérêt à ce qu'elles soient exactes.»

La sécurité comme l'environnement

Il note enfin que même si cette décision genevoise prise sur la base de renseignements étrangers «titille notre souveraineté, il faut accepter qu'aujourd'hui, les gouvernements n'aient pas la maîtrise totale de leur renseignement. Il en va de la sécurité comme de l'environnement: on ne peut plus faire face à un enjeu dorénavant global sans collaborer avec d'autres pays.»

Alexandre Vautravers, expert en sécurité au Global Studies Institute de l'Université de Genève, juge pour sa part que cette collaboration avec la France s'explique par le fait que l'aéroport de Cointrin est international. «Vu sa localisation et son importance, nous sommes naturellement partenaires de manière très étroite avec le gouvernement français. Le cas est particulier.»

«Services suisses bridés par des lois archaïques»

Il estime par ailleurs que cette affaire illustre à merveille les enjeux de la future votation sur la loi sur le renseignement. «Les services suisses font essentiellement un travail de police. Ils sont actuellement bridés par une série de lois d'un autre temps qui les force à utiliser des outils archaïques. Ils ne peuvent travailler sous couverture, intercepter des mails ou des conversations de téléphonie mobile. Par conséquent, s'ils ne peuvent opérer, ils sont tributaires des services étrangers et de leur bon vouloir. Et s'ils ne disposent pas des moyens de vérifier, ils sont obligés de faire confiance.»

«Dix ou vingt ans de retard»

L'expert relève enfin que la Suisse «prend le train avec 10 ou 20 ans de retard sur les anglo-saxons, qui se sont posés depuis longtemps la question de l'adaptation du niveau de contrôle applicable aux vigies et aux employés de sécurité.»

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