Salaire minimumLes Suisses veulent au moins 4000 fr.
Une grande majorité des Suisses veulent un salaire minimum de 4000 francs.

Un salaire minimal de 4000 fr. est encore une hypothèse de travail.
Une large majorité de la population (85%) soutient l'idée de fixer un salaire minimal, selon un sondage mandaté par l'Union syndicale suisse (USS). Ancrer dans la loi un salaire minimal équivalent à 4000 francs est le but de l'initiative populaire de l'USS.
La population semble même vouloir aller plus loin que l'initiative, «puisque le niveau moyen du salaire minimal souhaité par les personnes interrogées atteint 4487 francs», a indiqué mardi le président de l'USS, Paul Rechtsteiner, devant les médias à Berne.
Un résultat qui n'étonne guère l'organisation syndicale, «car les sondés sont près de 70% à estimer que les salariés suisses ne pouvant vivre de leur travail sont nombreux».
Le sondage, réalisé en mai par l'institut Link auprès de 1002 personnes, «démontre qu'il n'y a pas de grande différence d'opinion entre Romands et Alémaniques sur la question du salaire minimal, ni entre hommes et femmes», a souligné M. Rechtsteiner. Il met en outre en exergue «la nécessité d'agir de tout urgence», selon le syndicaliste.
60% des travailleurs sans protection
«Environ 60% des travailleurs suisses ne sont en effet pas protégés par des salaires minimums», a expliqué Daniel Lampart, économiste en chef de l'USS et co-auteur d'un rapport d'experts sur le sujet. «Et un salarié sur dix, soit 300'000 femmes et 100'000 hommes, touche un salaire de moins de 22 francs de l'heure», s'est- il alarmé.
Selon M. Lampart, «les bas et moyens salaires sont sous pression. Ils n'ont augmenté que de 0,2 à 0,4% par an entre 1998 et 2008, alors que la productivité grimpait de 0,9% annuellement». «Les hauts et très hauts salaires ont eux profité de cette situation», puisqu'ils représentaient 5,9% des salaires versés en Suisse en 1997 contre 9,4% à l'heure actuelle, a-t-il relevé.
L'économiste conclut que la fixation de salaires minimums est un instrument indispensable pour parvenir à une répartition plus équilibrée des revenus, lutter contre la sous-enchère salariale et éviter que la main-d'oeuvre indigène ne se fasse évincer par celle venue de l'étranger.
«Il est totalement faux de penser que les salaires minimums ont un effet négatif sur l'emploi ou les prix. Il s'agit simplement d'encadrer le marché de l'emploi afin d'assurer de meilleures conditions», a-t-il assuré.
Encourager les CCT
Ainsi, l'USS prône un introduction des salaires minimums à travers un renforcement des conventions collectives de travail (CCT), puis via la loi. Elle exige une paie minimale de 22 francs de l'heure, soit 4000 francs pour les personnes qui travaillent 42 heures par semaine ou 3800 francs pour 40 heures hebdomadaires.
«Il faut encourager encore plus les conventions collectives car les CCT et la loi ne s'excluent pas. Avec la loi, l'Etat fixe la valeur qu'il entend accorder aux CCT. Ici de même, une avancée est nécessaire, pas seulement avec le salaire minimum légal», a fait observer Paul Rechsteiner.
«Des salaires de qualité sont la condition pour que l'économie suisse, performante, connaisse une évolution positive», a conclu le président de l'USS.
Lancée il y a cinq mois, l'initiative de l'USS a déjà récolté 80'000 signatures, annonce l'organisation. Elle a jusqu'au 25 juin 2012 pour atteindre la barre des 100'000. L'USS prévoit d'accélérer encore la récolte de paraphes avec des journées d'action menées dans toute la Suisse entre fin juin et début juillet. (ats)