Les sushis font la peau au thon rouge
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Les sushis font la peau au thon rouge

Victime de son succès sous forme de sushis japonais, le thon rouge atlantique est aujourd'hui une espèce gravement menacée, selon les scientifiques.

Ceux-ci dénoncent les surcapacités de pêche et l'opacité des données sur les quantités capturées.

«L'espèce est exploitée de façon non durable», déclare Philippe Gros, directeur de la recherche halieutique à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). «L'engouement pour le sushi» a provoqué un emballement du marché, ajoute-t-il.

Le prix de base du thon rouge sur le marché du sushi-sashimi est de 30 à 40 dollars le kilo mais il peut atteindre 100 dollars le kilo (77,7 euros), voire 500 dollars pour des thons de qualité exceptionnelle.

Espèce «fortement surexploitée»

L'espèce est aujourd'hui «fortement surexploitée», souligne l'Ifremer, alors même que sa valeur marchande aurait pu en rendre l'exploitation économiquement viable avec de petites quantités.

Ainsi, le total des captures officiellement déclarées a plus que doublé en quinze ans, pour atteindre 53 000 tonnes en 1996, en Méditerranée et dans l'Atlantique Nord. Or «la production annuelle- la quantité de thons rouges pêchables - est estimée à seulement 25 000 tonnes», indique Philippe Gros, soulignant qu'il s'agit d'une espèce à faible productivité.

Le thon rouge est aujourd'hui pêché par une vingtaine de pays, principalement la France, l'Espagne, l'Italie, et le Japon.

Quotas pas respectés

La Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Cicta/Iccat) a imposé des quotas de 32 000 tonnes par an depuis 1998.

Encore faudrait-il que ces quotas soient respectés. «La capacité de la flotte des pays concernés était déjà supérieure à ces 32 000 tonnes par an en 1998. Depuis, elle s'est modernisée et d'autres pays ont créé leur flotte», cherchant à rentabiliser cet outil de production, souligne Philippe Gros.

«Le stock est exploité par des pays aux intérêts souvent concurrents dans un contexte de surcapacité et de forte attractivité commerciale», explique une étude de l'Ifremer.

Cette situation a entraîné «une surexploitation difficile à contrecarrer par un sytème de gestion fondé sur le contingentement des prises, système qui incite de surcroît à sous-déclarer ces dernières», ajoute cette étude.

«Fermes à thons»

De plus, les thons, qui sont capturés vivants et remorqués en cage pour être ensuite engraissés pendant plusieurs mois dans des «fermes à thons», ne sont pas déclarés.

Or cette activité d'embouche s'est considérablement developpée en Méditerranée car elle permet d'obtenir une qualité de chair du poisson conforme aux critères des importateurs japonais. La Cicta ignore quelles quantités sont réellement capturées et ne dispose donc pas des informations de base nécessaires à une bonne gestion de la ressource, souligne l'Ifremer.

Espèce traquée partout

Les experts estiment qu'en dépit de la baisse des captures officiellement déclarées depuis 1996, les prises continuent de se situer autour de 53 000 tonnes par an dans l'Atlantique Nord et le bassin méditerranéen.

Et la Méditerranée, zone de reproduction des thons, représente désormais l'essentiel (43 000 tonnes) de cette pêche. «Le thon rouge est poursuivi partout, il n'y a plus de zones de refuge de l'espèce», indique Philippe Gros.

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) s'est récemment prononcé pour la fermeture immédiate de la pêche au thon rouge dans l'Atlantique Est et la Méditerranée, craignant «une extinction totale» de l'espèce dans ces zones. (ats)

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