Salaire minimum: Les syndicats risquent de subir une déconvenue
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Salaire minimumLes syndicats risquent de subir une déconvenue

Si Neuchâtel et le Jura ont déjà franchi le pas, les chances de la proposition de l'Union syndicale suisse d'introduire un minimum de 4000 francs en Suisse semblent restreintes.

Pour le Conseil fédéral et la droite, instaurer un salaire minimum n'est pas le bon moyen pour soutenir les moins nantis.

Pour le Conseil fédéral et la droite, instaurer un salaire minimum n'est pas le bon moyen pour soutenir les moins nantis.

La Suisse devra décider le 18 mai si elle veut introduire un salaire minimum de 4000 francs par mois. Mais l'ombre de l'initiative 1:12 visant à plafonner les rémunérations des managers, refusée en novembre, plane encore. Les milieux économiques ont sorti à nouveau l'artillerie lourde pour contrer l'initiative mettant en péril leurs intérêts. Pourtant, les sondages ne donnent pas cher du texte de l'Union syndicale suisse (USS).

Aujourd'hui, en Suisse, près d'un salarié sur dix gagne moins de 22 francs par heure, soit moins de 4000 francs par mois. Pour le camp rose-vert et les syndicats, le fait que 330'000 personnes travaillent dur pour gagner aussi peu est «indigne, une véritable honte pour un pays riche».

L'initiative «pour la protection des salaires équitables» veut encourager les conventions collectives de travail (CCT). Mais pour les secteurs où cela n'est pas possible, un salaire minimum de 4000 francs devrait être introduit (pour 42 heures hebdomadaires, sans 13e salaire). Cette somme devrait être régulièrement indexée.

Cette mesure n'est pas utopique. L'an dernier, les citoyens jurassiens ont adopté une initiative réclamant un revenu minimum (non défini) pour les employés de firmes n'ayant pas conclu de CCT.

Le canton de Neuchâtel en est même au stade ultérieur, puisqu'il prévoit de l'appliquer dès 2015. En discussion: un plancher de 20 francs par heure, correspondant un montant mensuel brut de 3640 francs pour 42 heures de travail hebdomadaires.

Autogoal?

Pour le Conseil fédéral et la droite, instaurer un salaire minimum n'est pas le bon moyen pour soutenir les moins nantis. Le revenu minimum requis serait le plus élevé au monde et menacerait les emplois, martèle le ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann.

Le camp bourgeois estime que la flexibilité dans la fixation des salaires, selon les branches et les régions, est l'un des secrets de la prospérité de la Suisse. Un revenu minimal pourrait menacer les petites entreprises, voire certaines branches comme le commerce de détail, le tourisme, l'agriculture ou la restauration.

L'exemple du SMIC

Autre problème évoqué, certains jeunes risquent de renoncer à un apprentissage s'ils peuvent gagner 4000 francs par mois d'emblée. Quant à la situation des pays pratiquant les revenus minimums, elle est loin d'être meilleure. En France, le SMIC atteint 9,56 euros ou 11,63 francs par heure. En Allemagne, on envisage un salaire de 8,50 euros, soit environ 10,37 francs.

Pour l'USS, ces comparaisons ne sont pas probantes. En fait, 22 francs correspondent à 61% du salaire horaire médian helvétique, alors que le SMIC équivaut à 64% du français. Cette somme n'est pas surévaluée, elle est adaptée au niveau des prix, des loyers et des primes maladie que doivent affronter les Suisses.

Aux yeux des syndicats et de la gauche, toute personne travaillant à plein temps devrait pouvoir vivre de son revenu. Or, les «working poors», obligés de recourir à l'aide sociale pour tourner, coûtent actuellement quelque 100 millions par an à la collectivité. Les contribuables subventionnent donc les entreprises sous-payant leurs travailleurs.

Pas de délocalisation

L'économie ne périclitera pas non plus, assurent les partisans du salaire minimum. Passer à au moins 22 francs de l'heure ferait augmenter la masse salariale d'environ 1,6 milliard de francs. Cette hausse de 0,4% représente nettement moins que les augmentations de salaires annuelles en Suisse.

Une progression des revenus entraîne un accroissement du pouvoir d'achat et donc de la croissance et du nombre d'emplois. Quant au risque de délocalisation, il est quasiment nul, assure le camp rose-vert. Les salaires les plus bas sont le fait de secteurs tourné vers le marché interne comme le commerce de détail, la coiffure, le nettoyage et l'agriculture.

Tous les représentants des travailleurs ne soutiennent pas l'idée. Employés Suisse, faîtière regroupant 70 associations d'employés des machines ou de la pharma, appelle à voter non, mettant en garde contre une pression sur les salaires moyens.

Victoire dans l'échec

Même si l'initiative est refusée, les syndicats peuvent se féliciter d'avoir remporté un succès. Nombre d'entreprises, en particulier dans le domaine de la vente, se sont empressées d'annoncer ces derniers temps des hausses de salaires pour se conformer aux 4000 francs par mois. (ats)

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