Virus Ebola: Les systèmes de santé africains pas à la hauteur
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Virus EbolaLes systèmes de santé africains pas à la hauteur

Les pays d'Afrique subsaharienne sont inégalement armés face à la menace d'Ebola. Pratiquement aucun ne tiendrait le choc face à une épidémie d'ampleur. Ils manquent d'infrastructures et de personnel sanitaire de base.

A côté de quelques pôles régionaux pourvus en hôpitaux et laboratoires spécialisés - Afrique du Sud, Kenya, Côte d'Ivoire, Nigeria ou Sénégal -, des régions entières sont des déserts médicaux. Les deux derniers Etats cités ont d'ailleurs circonscrit des contaminations provenant des pays touchés.

L'épidémie met cruellement à nu les «inégalités» de développement, a souligné mercredi le président de la Banque mondiale, le médecin Jim Yong Kim.

«Les infrastructures et le savoir-faire nécessaires pour traiter les malades et enrayer le virus existent dans les pays à haut et moyen revenu», a-t-il relevé. Il a déploré qu'au Liberia, en Guinée et en Sierra Leone, «des milliers de personnes meurent parce qu'elles sont nées au mauvais endroit».

Pénurie de personnel

Selon le Dr Tom Kenyon, expert des Centres fédéraux américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), ce ne sont pas tant des bataillons de «spécialistes ou de médecins expatriés» dont manquent ces trois pays, mais de «personnel pouvant fournir des soins élémentaires».

L'exode des étudiants en médecine et des élèves infirmiers des pays en développement, dont environ un tiers comptent travailler à l'étranger, aggrave la situation, selon une étude publiée mercredi par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ce document rappelle que «les pénuries de personnel de santé ont été un facteur majeur de l'épidémie actuelle d'Ebola».

Aux antipodes des pays les plus touchés par Ebola disposant à peine d'un médecin pour 100'000 habitants, l'Afrique du Sud, avec une proportion 80 fois supérieure, «est relativement bien préparée», indique le Pr Lucille Blumberg, directrice adjointe de l'Institut national pour les maladies contagieuses.

Le pays, prisé des patients africains fortunés, compte onze hôpitaux publics pouvant accueillir des malades d'Ebola, outre les cliniques privées, souligne cette responsable. Il est l'unique établissement du continent comprenant un laboratoire antivirus de haute sécurité.

Centres de santé menacés

Limitrophe du Liberia et de la Guinée, la Côte d'Ivoire a préparé 16 centres Ebola, dont 14 en province, et plusieurs centaines d'agents de santé. Frontalier du Nigeria, le Bénin se contentera lui d'un centre d'isolement de 12 lits.

Mais Ebola submerge rapidement les infrastructures, notamment sanitaires, remarquait récemment la présidente de Médecins sans Frontières, Joanne Liu: «C'est une crise beaucoup plus grande parce qu'elle s'attaque aux centres de santé», avait-elle noté.

Le maillage territorial représente un des points les plus faibles, et pas seulement pour des raisons financières. En Côte d'Ivoire, les autorités ont renoncé à installer des centres provisoires locaux. «Quand on a vu ce qui se passait en Guinée ou au Liberia, on a décidé de mettre ces centres de traitement dans nos hôpitaux», dit le Dr Daouda Coulibaly, de l'Institut national d'hygiène publique.

Des habitants ont attaqué personnel et structures de santé dans ces pays, comme en Guinée forestière (sud), où huit membres d'une mission de sensibilisation ont été massacrés par des villageois, mi-septembre.

Populations sensibilisées

De l'autre côté du continent, en Ouganda, frappé par Ebola en 2012 et doté d'un personnel bien formé, la population prête, au contraire, main forte à la lutte, indique Trevor Shoemaker, responsable des programmes de fièvres hémorragiques des CDC dans le pays. «Il n'y a pas beaucoup de crainte du système médical, les gens sont demandeurs de soins», précise-t-il.

En Afrique centrale, l'expérience antérieure d'Ebola pallie les carences des systèmes de santé. En République démocratique du Congo, «les gens sont très réceptifs, ils vous disent si dans leur village quelqu'un est mort», selon une source médicale internationale, «ils savent que c'est une maladie dangereuse, que pour la contenir il faut être transparent».

Au Gabon, «les précédentes épidémies ont contribué à sensibiliser les gens, qu'il s'agisse des politiques, du personnel de santé ou de la population», se félicite Eric Leroy, directeur du Centre international de recherches médicales de Franceville, en pointe sur les virus émergents. (ats)

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