Afghanistan: Les talibans font un pas historique vers la paix
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AfghanistanLes talibans font un pas historique vers la paix

Les rebelles talibans se sont dits mardi prêts à avoir un bureau politique hors d'Afghanistan pour entamer des négociations de paix.

Il s'agit d'un premier pas historique de leur part dans cette direction après dix ans de conflit avec le gouvernement de Kaboul et ses alliés de l'OTAN.

Les talibans ont annoncé avoir trouvé un accord initial sur l'établissement d'un bureau de représentation à l'étranger avec plusieurs interlocuteurs, dont le Qatar. Ils s'exprimaient dans un communiqué publié sur le site «Voix du djihad», un de leurs canaux de diffusion habituels.

«Alors que nous avons une forte présence à l'intérieur (de l'Afghanistan), nous sommes prêts à disposer d'un bureau politique à l'extérieur pour (participer à) des négociations», ont-ils fait savoir.

Ils demandent toutefois en échange la libération des prisonniers talibans détenus à la base américaine de Guantanamo. Les talibans renvoient ainsi la balle dans le camp de Washington, qui dirige la force de l'OTAN en Afghanistan et plaide avec insistance depuis plus d'un an pour des négociations.

Deuxième groupe rebelle

Autre signe encourageant en vue d'éventuelles discussions de paix, des responsables afghans ont annoncé mardi qu'une délégation du Hezb-i-Islami avait rencontré dimanche à Kaboul le président afghan Hamid Karzaï et des diplomates américains, et parlé de paix. Le Hezb-i-Islami est la deuxième composante de la rébellion afghane, après les talibans.

Mené par le célèbre chef de guerre et ancien Premier ministre Gulbuddin Hekmatyar, le Hezb-i-Islami combat lui aussi depuis dix ans le gouvernement de Kaboul et l'OTAN. Très influent politiquement, il a affiché des positions plus conciliantes que les talibans, notamment à propos d'éventuelles négociations de paix. Mais il leur a en revanche cédé du terrain militairement ces dernières années, même s'il tient toujours des bastions dans l'est.

Contacts à Doha

Le communiqué des talibans n'indique pas explicitement où leur bureau de représentation pourrait être installé. Si la Turquie ou l'Arabie Saoudite ont un temps été évoquées, le Qatar est cité dans le texte. Sa capitale Doha, mentionnée avec insistance à ce sujet récemment, part donc favorite.

Jusqu'ici, les talibans avaient toujours officiellement refusé de négocier tant que l'ensemble des soldats de l'OTAN n'auraient pas quitté l'Afghanistan.

Selon une source proche des talibans, des contacts ont notamment eu lieu à l'automne dernier à Doha «entre des diplomates américains et une petite délégation de talibans menée par Tayyeb Agha», l'ancien secrétaire du chef taliban, le mollah Omar, avec qui il est toujours en contact.

Changement de cap

Au sein de la communauté internationale, l'idée de doter les talibans d'un bureau de liaison dans un pays neutre afin de faciliter d'éventuels pourparlers de paix a été évoquée à plusieurs reprises en 2011.

Pour éviter un enlisement total, la coalition a commencé l'an dernier à retirer de premières troupes de combat, avec l'objectif d'un retrait total à la fin 2014. Pressés par cette échéance, et pour éviter une guerre civile après leur retrait, les Occidentaux ont changé leur fusil d'épaule et plaidé ces deux dernières années pour des négociations de paix avec les talibans.

Quant au président afghan Hamid Karzaï, au départ hostile à tout bureau afghan à l'étranger, il s'est finalement rangé à l'avis de ses alliés.

Encore deux attentats: 12 morts

Dans le pays, les violences se sont malgré tout poursuivies dans la journée. La ville de Kandahar, bastion des rebelles, a été ensanglantée par deux attentats suicide, dont au moins un revendiqué par les talibans. Ces attaques ont fait douze morts, dont quatre enfants et quatre policiers, selon des bilans provisoires.

Pas de décision sur des libérations à Guantanamo

Les Etats-Unis n'ont pas pris la décision de libérer des détenus de la prison de Guantanamo pour accélérer des négociations de paix avec les talibans afghans, a indiqué mercredi à Washington la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland.

«Au sujet de Guantanamo, il faut simplement dire qu'aucune décision n'a été prise en ce qui concerne des libérations», a déclaré la porte-parole, interrogée sur des informations indiquant que Washington avait donné son accord à ce sujet.

(ats)

Deux Britanniques arrêtés à Kaboul

Deux Britanniques en possession d'une trentaine de fusils d'assaut AK-47 dont le numéro de série avait été effacé ont été arrêtés mardi à Kaboul, a annoncé un responsable du gouvernement afghan.

«Deux Britanniques ainsi que leurs deux compagnons afghans, un chauffeur et un interprète, ont été arrêtés aujourd'hui alors qu'ils transportaient 30 AK. Les numéros de série des armes avaient été effacés», a déclaré à l'AFP ce responsable, qui a requis l'anonymat car n'étant pas autorisé à parler aux médias.

Le chef de la police de Kaboul Mohammad Ayoub Salangi a confirmé l'arrestation de quatre personnes en train de transporter des armes, mais sans révéler leur nationalité. Il s'est contenté de dire que cette affaire faisait l'objet d'une enquête.

Les Britanniques ont été arrêtés dans un secteur de Kaboul où se trouvent des bases et des installations des forces internationales.

Les talibans doivent d'abord abandonner la violence

Les talibans doivent abandonner la violence en préalable au lancement d'un processus de paix en Afghanistan, des critères qui n'ont «pas changé», a affirmé mardi la Maison Blanche après un apparent premier pas des rebelles vers le lancement de négociations.

«Nous accueillons favorablement tout progrès dans le processus de réconciliation organisé par les Afghans, en prenant en compte le fait que les critères de la réconciliation n'ont pas changé», a réagi le porte-parole du président Barack Obama, Jay Carney.

«Le président a été très clair sur le fait que nous soutiendrions et participerions aux efforts de réconciliation» inter-afghans, a ajouté M. Carney lors de son point de presse quotidien.

«Nous avons toujours dit que la réconciliation avec les talibans n'aurait lieu que s'ils rompaient avec Al-Qaïda, renonçaient à la violence et respectaient la Constitution afghane, et c'est toujours le cas», a précisé le porte-parole.

Les rebelles talibans se sont dits mardi «prêts» à installer un bureau politique hors d'Afghanistan pour des négociations de paix, un premier pas historique de leur part dans cette direction après dix ans de conflit avec le gouvernement de Kaboul et ses alliés de l'Otan.

Ils ont toutefois réclamé «en échange» la libération des prisonniers talibans détenus sur la base américaine de Guantanamo (Cuba).

M. Carney n'a pas répondu formellement à cette demande, affirmant ne «pas être en mesure de discuter des négociations en cours ou des détenus à titre individuel». «Mais notre but de fermer Guantanamo est bien connu et compris de tous», a-t-il ajouté.

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