Afghanistan: Les talibans progressent sur tous les fronts
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AfghanistanLes talibans progressent sur tous les fronts

Les talibans afghans avaient clairement dessiné en mars les contours de leur nouvelle stratégie: commettre plus d'attentats suicide, isoler Kaboul et toucher en plein coeur les forces de la coalition.

Pour l'instant, les insurgés tiennent ce programme.

Avec à leurs trousses plus de 70 000 soldats étrangers et près de 130 000 militaires afghans, les talibans ne reviendront probablement pas de si tôt dans les rues de Kaboul, où ils régnaient en maîtres avant l'invasion du pays à l'automne 2001.

Qu'importe, les combattants islamistes ne souhaitent qu'une seule chose: que leurs ennemis craquent. S'ouvrirait alors une ère de triomphe qu'ils ne devraient qu'au renoncement des forces de la coalition, synonyme de défaite. Les talibans attendent patiemment cette heure.

Encerclement

«Afin d'assiéger les forces étrangères et afghanes à Kaboul, nous avons commencé à lancer des opérations sur les principales routes qui mènent à la capitale, et ce dans quatre directions», expliquait au printemps l'un des chefs talibans les plus importants du pays, le mollah Brother.

Cinq mois plus tard, la stratégie des insurgés semble être en passe de réussir puisque trois des quatres routes principales menant à la capitale afghane sont devenues des lieux plus que dangereux pour n'importe quel soldat ou travailleur humanitaire.

Les talibans semblent aujourd'hui trop peu nombreux pour avoir une assise sur l'ensemble du territoire afghan.Mais la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) ne semble pas non plus en mesure de contrôler un Afghanistan aussi vaste que montagneux.

Les Etats-Unis n'ont eu de cesse ces derniers mois de réclamer aux membre de l'OTAN de consentir plus d'efforts dans la lutte contre les insurgés, en dépêchant notamment des troupes supplémentaires sur place, en vain. Seule la France a répondu à l'appel de Washington en envoyant 700 soldats dans la région.

La carte de l'enlisement

Les violences commises contre les soldats étrangers n'ont jamais été aussi importantes depuis l'opération militaire de 2001, puisque pour le seul mois de juin, 45 militaires de l'Alliance sont morts en Afghanistan.

En août, 42 soldats ont perdu la vie jusqu'à ce jour, dont dix Français, tués le 18 août près de Surobi, à l'est de Kaboul. Depuis 2001 et l'invasion du pays, les insurgés n'étaient jamais parvenus à tuer autant de soldats étrangers dans une même opération.

Cette embuscade meurtrière a attiré d'autant plus l'attention qu'elle intervenait près d'un mois après la tentative des talibans de reprendre une base militaire isolée des mains de la coalition. Au cours de ces combats, neuf soldats américains avaient trouvé la mort.

«Deux événements n'entraînent pas nécessairement un changement de stratégie mais il s'agit forcément de quelque chose auquel nous allons prêter particulièrement attention», a déclaré récemment le porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman.

Cibles symboliques

Peu découragés par les pertes causées au sein de leurs propres rangs, qui se comptent certainement en milliers, les talibans se sont rapprochés petit à petit de Kaboul depuis un an, dans un schéma tactique similaire à celui qui avait été utilisé à la fin des années 1980 pour déloger les troupes soviétiques.

Par ailleurs si le nombre d'attentats suicide a considérablement baissé à Kaboul, les cibles sont devenues en revanche plus symboliques. L'attentat contre l'ambassade de l'Inde, qui a fait 58 morts en juin, est l'exemple parfait de cette nouvelle stratégie.

Si la tactique utilisée par les talibans semble être efficace sur le plan militaire, le même raisonnement peut également se vérifier d'un point de vue politique.

En continuant à causer des pertes au sein de l'ISAF et en jouant la carte de l'enlisement du conflit, les insurgés contribuent en effet à jeter le discrédit sur le président Hamid Karzaï et sur ses alliés occidentaux aux yeux de la population afghane. En clair, les talibans progressent sur tous les fronts. (ats)

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