Genève: Les taxis officiels genevois traînent Uber en justice
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GenèveLes taxis officiels genevois traînent Uber en justice

Trois mois après son lancement à Genève, l'application de voiturage est la cible des taxis jaunes. Ils réclament la fin des activités du géant américain au bout du lac.

par
Julien Culet
De gauche à droite, Me Jacques Roulet, accompagné de son associé Me Guillaume Etier et du président de Taxiphone Cédric Bouchard.

De gauche à droite, Me Jacques Roulet, accompagné de son associé Me Guillaume Etier et du président de Taxiphone Cédric Bouchard.

«Le chaos, la jungle», une situation «comme à Ferguson», ville américaine déchirée par des émeutes. C'est ce qui est promis par Me Jacques Roulet, avocat des milieux professionnels genevois du taxis. En cause? La concurrence déloyale qu'exercerait le géant américain Uber sur le marché du transport de personnes à Genève et, à terme, le risque de dérégulation de l'activité. L'application, qui met en relation chauffeurs et clients, est arrivée au bout du lac en septembre, non sans susciter la polémique.

Les taxis jaunes veulent donc faire interdire les activités de l'entreprise californienne dans la Cité de Calvin. Le 25 novembre, ils ont déposé à la Cour de justice genevoise une requête de mesures provisionnelles urgentes. En clair, si la demande est satisfaite, la start-up ne pourra plus exercer à Genève, le temps qu'un jugement définitif soit rendu.

Taxis jaunes en danger

Le catastrophisme est de mise, pour les taximen genevois. «Uber a le pouvoir de tuer le marché en quelques mois», s'alarme Me Guillaume Etier, associé de Me Roulet. L'entreprise est accusée de faire du dumping. «Elle subventionne les courses des chauffeurs pour tirer les prix vers le bas. Uber travaille à perte à Genève», poursuit le conseil.

Paradoxalement, les taxis jaunes, qui peuvent utiliser les voies de bus, se disent tout de même moins chers, car moins influencés par la congestion du trafic. De plus, ils contestent la fiabilité du service Uber. «Quand il commande une course, le client ne sait pas sur quoi il va tomber. Il peut s'agir aussi bien d'un taxi jaune mouton noir que d'un véhicule non professionnel», soutient Me Etier. Plus cher, moins fiable, en quoi Uber est une menace pour les officiels? «Le consommateur s'en rendra compte mais il sera déjà trop tard», répond l'avocat.

Chauffeurs affiliés à Uber amendés

Les taximen reprochent à la société d'avoir débarqué au bout du lac sans respecter les règles auxquelles les autres chauffeurs sont soumis. Ils réclament «une concurrence saine». Ils en appellent donc aux autorités pour sévir. Après trois mois de courriers à l'État, Pierre Maudet leur a répondu ce vendredi matin. Le conseiller d'État responsable de la sécurité et de l'économie confirme le caractère illicite de l'activité d'Uber, comme cela avait été annoncé lors du lancement. Le magistrat informe qu'une vingtaine de contrôles ont été effectués en septembre. «Les sanctions infligées, de plusieurs milliers de francs pour certaines, se sont accompagnées d'une menace de retrait de la licence professionnelle», écrit-il.

Pour les chauffeurs officiels, il faut aller plus loin. «Nous sommes satisfaits, le shérif Maudet a sorti un pistolet, nous attendons de lui qu'il sorte le deuxième», a lancé Me Guillaume Etier. La loi sur la concurrence prévoit des amendes pouvant aller jusqu'à 100'000 francs par infraction constatée. Ils espèrent que le montant suffira à remettre en question la présence du géant, valorisée en bourse à un peu moins de 25 milliards de dollars. A noter qu'il bénéficie notamment du soutien de Google et de Goldmann Sachs.

Les anti-Uber ont fait part de tensions avec les chauffeurs qui sont passés du côté du Californien. Accusés de participer à la mort de la profession, ils sont la cibles de menaces. «L'ambiance est vraiment délétère. Une paranoïa s'est installée», a expliqué Pascale Rechignac, présidente de l'association des taxis de service public.

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