Actualisé 19.10.2009 à 15:18

Italie

Les tractations entre l'Etat et la mafia provoquent un tollé

Le ministre italien de la Justice, Angelino Alfano, a promis lundi de faire toute la lumière sur les conditions dans lesquelles l'Etat a secrètement négocié avec la mafia au début des années 1990.

Ces tractations ont été révélées dimanche par le principal procureur anti-mafia du pays, Paolo Grasso.

C'est la première haute autorité à confirmer officiellement les bruits qui couraient sur de tels contacts secrets.

En visite à Palerme, Angelino Alfano a promis une enquête complète et la mise en oeuvre «de tous les moyens pour établir la vérité» sur cet épisode qui a soulevé une vague d'indignation dans la Péninsule.

«Je suis mortifié», s'est exclamé Antonio di Pietro, un ancien procureur à la réputation d'incorruptible qui dirige désormais le parti Italie des valeurs. «L'Etat traitait avec la mafia pour obtenir la paix publique alors que ses fidèles serviteurs se faisaient tuer.»

Desiderata de Toto Riina

Les révélations de Paolo Grasso font suite à la publication depuis plusieurs semaines d'articles de presse sur la découverte récente d'une «liste de desiderata» émanant du Toto Riina, le «parrain des parrains», avant qu'il ne soit arrêté en 1993.

Cette liste en douze points écrite de la main du fils de Riina sur un bout de papier alors que son père était encore en fuite énumérait les exigences de la mafia pour accepter de cesser de s'en prendre à l'Etat italien.

Il semble que cette note ait été écrite en 1992, année lors de laquelle ces tractations ont eu lieu et deux juges anti-mafia, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, ont été tués dans des attentats à la bombe à Palerme.

A l'époque, les autorités craignaient d'autres attentats de la mafia mais Riina a finalement été arrêté en 1993 et les perspectives d'un marché entre l'Etat et se sont du même coup évanouies.

«Mon frère a été sacrifié»

Pourtant, 17 ans après, que l'Etat ait pu traiter avec Cosa Nostra fait encore bondir d'indignation les familles des victimes des exactions mafieuses.

«Ce que Grasso a dit me choque. Pourquoi ne parle-t-on qu'aujourd'hui de ces négociations avec la mafia, 17 ans plus tôt?», s'interroge Salvatore Borsellino, frère du magistrat assassiné.

On pense que les contacts entre les autorités et la mafia ont été engagés à la suite de l'assassinat de son prédécesseur, Giovanni Falcone, en mars 1992, et que la mafia a tué Borsellino quatre mois plus tard pour faire monter les enchères dans la négociation.

Selon Paolo Grasso, les parrains de la mafia avaient à l'époque abandonné l'idée de s'en prendre à des personnalités politiques pour éviter de s'aliéner ceux-là mêmes dont ils attendaient des faveurs.

«Je suis outré à l'idée que mon frère a été sacrifié dans les tractations entre la mafia et l'Etat en vue de sauver des hommes politiques», s'indigne Salvatore Borsellino.

Atténuations de peines

Une partie de la classe politique a réclamé une audition de Grasso par la commission parlementaire anti-mafia.

Selon la presse italienne, la mafia réclamait notamment l'atténuation des peines de prison infligées à quelque 400 mafiosi lors d'un procès de masse en 1987 et l'assouplissement du régime carcéral auxquels ils étaient soumis.

Mais les négociations entre l'Etat et la mafia n'ont jamais abouti. Après l'arrestation de Riina, l'organisation criminelle a commis des attentats à la bombe à Rome, Florence et Milan pour montrer qu'elle conservait tout sa force de frappe.

(ats)

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