Actualisé 09.01.2009 à 06:29

Libre circulation

Les travailleurs frontaliers ont bien profité de l'aubaine

A Genève, la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne (UE) n'est pas passée inaperçue.

Les travailleurs frontaliers ont afflué dans la région, générant du même coup certaines tensions.

Le nombre de permis frontaliers, de l'ordre de 35 000 en 2002, a grimpé à près de 65 000 en novembre 2008, selon les statistiques du canton. Cette arrivée spectaculaire de main d'oeuvre n'a cependant pas entraîné au bout du Léman la hausse du chômage crainte a priori. Le chômage a au contraire reculé.

L'économie genevoise dopée

Le phénomène s'explique par la croissance économique du canton, due à une bonne conjoncture mais également à la libre circulation des travailleurs. «Il y a eu une création massive d'emplois», a expliqué le secrétaire adjoint du Département de la solidarité et de l'emploi (DSE) Bernard Favre.

Les entreprises ont pu par exemple engager et faire venir à Genève les spécialistes qu'elles ne trouvaient pas sur le marché local. Ce développement économique rapide ne va pas sans poser problème. Les infrastructures en matière de transports et de logements peinent à suivre.

Circulation difficile

Les matins de semaine, Genève se donne souvent des airs de grandes métropoles, avec des embouteillages monstres. La situation n'est pas meilleure à la sortie des bureaux le soir. Il faut dire que les travailleurs frontaliers n'ont guère le choix de leur moyen de transport. Ils sont souvent contraints de privilégier la voiture.

A plusieurs reprises ces dernières années, les habitants de la petite commune de Soral (GE) ont manifesté leur ras-le-bol face à ce trafic incessant. Des opérations escargot ont été organisées en 2007. Deux années plus tôt, la route empruntée par les pendulaires avait même été bloquée par des troncs d'arbre.

Le sentiment antifrontalier était palpable en 2004, juste après l'extension des accords de libre circulation. Il s'est atténué depuis. Mais le Mouvement citoyens genevois (MCG) a bâti une partie de son succès sur ce terreau, dénonçant sans relâche l'invasion des voitures portant des plaques françaises.

Pénurie de logements

Au niveau du logement, la situation est critique dans le canton. Trouver un appartement à un loyer abordable à Genève relève de la mission impossible. La pression se fait également ressentir en France voisine, où les prix de l'immobilier ont pris l'ascenceur pour tendre à s'aligner sur ceux pratiqués en Suisse.

D'après les données de l'administration fiscale genevoise, le nombre de personnes travaillant à Genève mais habitant en France est d'environ 80 000. La région frontalière entourant le canton connaît d'ailleurs une croissance démographique bien supérieure à celle enregistrée dans le reste de l'Hexagone.

Pour les communes françaises, il est aussi difficile de rivaliser avec l'attractivité des salaires genevois quand il s'agit de trouver de la main d'oeuvre qualifiée. Le problème est particulièrement aigu dans les hôpitaux, avec des infirmières qui préfèrent sans hésitation tenter leur chance en Suisse.

Un non serait catastrophique

Les milieux politiques genevois prônent presque unanimement un oui le 8 février. Le Conseil d'Etat prend l'affaire très au sérieux. A ses yeux, un refus ferait s'effondrer tout l'édifice des bilatérales et mettrait en péril l'économie genevoise qui a un besoin vital des travailleurs frontaliers.

Selon le conseiller d'Etat François Longchamp, l'extension de la libre circulation à la Roumanie et à la Bulgarie n'aura presque aucune incidence à Genève. «Nous nous attendons à quelques dizaines d'arrivées en provenance de ces pays», a déclaré le responsable du DSE.

Parmi les adversaires à l'extension, des militants d'extrême gauche qui disent craindre un dumping salarial et une précarisation des salariés. Le MCG, de son côté, refuse cette libre circulation qu'il considère à sens unique. L'UDC, pour sa part, s'est alignée sur la position du parti national et recommande le non.

(ats)

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