Actualisé 26.10.2014 à 09:07

Ukraine

Les Ukrainiens aux urnes, Porochenko dans l'Est

Le président ukrainien Petro Porochenko s'est rendu dimanche dans l'Est séparatiste prorusse alors que le pays élit un nouveau Parlement, un scrutin boycotté dans les territoires contrôlés par les rebelles.

«Arrivé dans le Donbass», bassin minier qui comprend les régions rebelles de Donetsk et de Lougansk, a écrit le président sur son compte Twitter en y publiant une photo de lui à bord d'un hélicoptère, en tenue de camouflage.

L'épouse du président Marina Porochenko a voté, seule, dans un bureau du centre de Kiev. Elle avait expliqué à la presse que son mari était dans le Donbass «pour contrôler le déroulement du vote» organisé dans les territoires contrôlés par les forces ukrainiennes, selon un communiqué de la présidence. Interrogé par l'AFP, un porte-parole du président a indiqué que M. Porochenko voterait à Kiev dans l'après-midi.

Un scrutin crucial

L'Ukraine a commencé à voter dimanche pour des législatives anticipées qui devraient donner une forte majorité aux forces pro-occidentales, cruciale pour ramener la paix dans l'Est et consacrer l'orientation européenne de l'ex-république soviétique.

«J'espère qu'après les élections la guerre se terminera», a souligné Valéri Antonenko, dans un bureau de vote du nord de Kiev, où se pressaient déjà une cinquantaine d'électeurs dès l'ouverture à 06H00 GMT.

«Je veux du changement: notre problème, c'est qu'en politique ce sont toujours les mêmes qui se partagent tout», a estimé de son côté Evguen, un informaticien de 27 ans.

Tourner la page

Ces législatives anticipées ont été convoquées par le président Petro Porochenko, élu en mai dès le premier tour, pour tourner définitivement la page du régime du président prorusse Viktor Ianoukovitch, renversé par des mois de contestation pro-occidentale sur le Maïdan de Kiev.

Mais elles sont assombries par le conflit entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses dans le bassin minier du Donbass, qui a fait selon l'ONU plus de 3700 morts depuis avril et contraint plus de 800'000 personnes à fuir leur foyer.

Environ cinq millions d'électeurs, sur 36 millions dans le pays, ne pourront pas voter dimanche, en Crimée, rattachée à la Russie en mars, et dans les zones contrôlées par les séparatistes dans l'Est. 27 sièges de députés resteront ainsi vides.

Porochenko favori

Le président Porochenko part grand favori, crédité, selon les sondages, d'environ 30% des voix. Il devra probablement former une coalition avec une ou plusieurs formations pro-occidentales dont certaines, comme le Front populaire du Premier ministre Arseni Iatseniouk, sont favorables à une offensive plus décisive face aux séparatistes, appuyés selon Kiev et l'Otan par des troupes régulières russes.

En tête à l'issue des législatives de 2012, les anciens alliés de M. Ianoukovitch, représentés essentiellement dans les listes Ukraine Forte et Bloc d'Opposition, sont devancés et devraient n'être que très faiblement représentés. Les communistes pourraient disparaître de l'Assemblée.

Résultats officiels dans la nuit

Des sondages sortie des urnes doivent être publiées dès la fermeture des bureaux de vote à 18H00 GMT, avant la diffusion des résultats officiels au fil de la nuit. Ils donneront rapidement une idée des rapports de force dans l'opinion mais pas de la répartition des 450 sièges de la Verkhovna Rada (Parlement) en raison d'un mode de scrutin complexe.

La moitié des députés sont élus au scrutin proportionnel sur des listes nationales, l'autre moitié au scrutin majoritaire à un tour dans des circonscriptions.

Arrivée d'une nouvelle génération

La forte majorité pro-occidentale attendue -- une première depuis l'indépendance de l'ex-république soviétique -- devrait se traduire par l'arrivée de jeunes représentants de la société civile engagés dans la contestation du Maïdan, ainsi que de combattants de retour du front.

Le nouveau Parlement devra adopter des réformes radicales destinées à sortir l'Ukraine d'une profonde récession, aggravée par le conflit dans l'Est industriel, à lutter contre une corruption endémique et à la rapprocher de l'Union européenne, avec qui elle a récemment signé l'accord d'association rejeté l'an dernier par M. Ianoukovitch.

Douloureuses mesures de rigueur

Il devra accentuer les douloureuses mesures de rigueur exigées par les bailleurs de fonds occidentaux de Kiev, notamment le FMI, pour sauver le pays de la faillite après le retrait du soutien financier russe. La situation est encore aggravée par le conflit gazier avec la Russie, qui prive l'Ukraine de gaz. La tâche semble herculéenne face à un conflit très coûteux et destructeur, et qui s'enlise.

L'instauration d'un cessez-le-feu le 5 septembre a permis un apaisement de la confrontation entre forces ukrainiennes et insurgés prorusses dans l'Est du pays mais des points de tension persistent, notamment à l'aéroport de Donetsk.

Elections en novembre chez les séparatistes

Les séparatistes ont refusé de participer aux législatives et prévoient de tenir leurs propres élections le 2 novembre.

Le chef de l'État a défendu samedi le fragile processus de paix engagé avec la participation de la Russie: «Aucune critique (...) ne m'empêchera de rechercher une issue pacifique».

(ats/afp)

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