Actualisé 03.04.2020 à 08:31

Coronavirus

Les urgences classiques, l'autre défi des hôpitaux

Dans de nombreuses régions en France, les capacités sont saturées en raison du coronavirus. Des opérations non urgentes sont désormais déprogrammées.

Les hôpitaux font un compte très strict de leurs lits et de leur occupation.

Les hôpitaux font un compte très strict de leurs lits et de leur occupation.

AFP

«Il y a le coronavirus et puis il y a tout le reste»: submergés par la vague du Covid-19, les services de réanimation luttent aussi au quotidien contre les pathologies «classiques». La fréquentation des urgences a toutefois diminué.

Crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, intoxications aiguës ou formes graves de cancers: «Le quotidien des services de réanimation ne s'est pas arrêté avec le coronavirus», rappelle Sébastien Gette, chef du service réanimation du CHR Metz-Thionville.

Ces derniers jours, ce médecin anesthésiste a vu ses lits de réanimation se remplir à une vitesse folle en raison de l'afflux de malades du coronavirus. «Cela implique de s'adapter en permanence pour assurer nos prises en charge habituelles», confie le praticien.

«Il y a le coronavirus et puis il y a tout le reste», abonde Etienne Gayat, chef de service et directeur médical de crise à l'hôpital Lariboisière, à Paris. «On est sur la ligne de crête, mais il n'est pas question que les pathologies standard restent à la porte de l'hôpital».

Depuis la mi-mars, toutes les opérations non urgentes ont été déprogrammées, à la demande des agences régionales de santé. Cela représente l'équivalent de 100'000 interventions en moins chaque semaine pour le seul secteur privé. Les autres opérations, en revanche, ont été maintenues.

Impensable de refuser une urgence

«Avec les équipes médicales, on discute au cas par cas de la situation des patients pour voir si on peut retarder l'intervention», raconte Souhayl Dahmani, chef de service à l'hôpital Robert Debré à Paris. «Il est impensable de refuser une urgence parce qu'elle ne serait pas liée au coronavirus».

Cet objectif, en pleine crise épidémique, est loin d'être évident. Selon la direction générale de la santé, 6399 patients étaient soignés en réanimation mercredi soir en France, pour un total de près de 10'000 lits. Mais dans de nombreuses régions, les capacités sont saturées. «La situation n'est pas simple, car les moyens sont limités», reconnaît Souhayl Dahmani. «Mais on n'a pas le choix, donc on s'organise, quitte à pousser les murs», ajoute le médecin.

Dans la plupart des établissements, des lits voire des unités de réanimation ont été sanctuarisés pour prendre en charge les problèmes «classiques». Avec, à chaque fois, le souci d'isoler les patients «Covid» des autres pour éviter toute contamination.

Ajuster les lits aux besoins

En Ile-de-France, 500 lits sont ainsi réservés aux pathologies standard, sur un total de 2700 lits de réanimation, selon l'Agence régionale de santé. Dans le Grand-Est, la proportion de lits «non Covid» atteint quant à elle 20%.

«Les hôpitaux font un compte très strict de leurs lits et de leur occupation. L'objectif, c'est d'ajuster les lits aux besoins, tout en maintenant une marge de sécurité pour les pathologies classiques», explique Pierre Gayat.

Cette stratégie permettra-t-elle d'assurer la continuité des soins jusqu'à la fin de la crise? «Pour l'instant, il n'y a pas de surcharge, parce que les admissions aux urgences sont beaucoup plus faibles que d'ordinaire», souligne Sébastien Gette.

Moins d'accidents

Une situation confirmée par le président de la Fédération des hôpitaux privés, Lamine Gharbi. «Les services d'urgences tournent aujourd'hui à 30 ou 40% seulement. Du coup, les lits dédiés aux pathologies classiques ne sont pas saturés», souligne-t-il.

En cause: une «accidentologie» plus faible que d'ordinaire, en raison des mesures de confinement, qui ont fait baisser les accidents de la route et les accidents du travail. Mais la peur de l'épidémie pourrait également jouer un rôle. «On voit moins de malades chroniques, moins de victimes d'AVC... Il est donc possible que des patients renoncent à venir, peut-être par peur d'être contaminés», avance le professeur Gayat.

Une situation qui fait craindre des «lendemains difficiles» pour les services de réanimation, mais aussi et surtout pour les malades, qui risquent des complications. «A un certain moment, il va y avoir un contre-coup» avec potentiellement «des situations très graves», s'alarme Sébastien Gette, qui met en garde les patients tentés de repousser leur venue à l'hôpital.

Un message relayé par Lamine Gharbi, de la FHP: «S'il y a une urgence, il faut continuer d'aller à l'hôpital et ne pas se dire, j'irai plus tard. Les hôpitaux sont là pour ça». (nxp/ats)

(NewsXpress)
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