Actualisé 08.04.2017 à 10:53

GuerreLes USA prêts à frapper de nouveau en Syrie

Les Etats-Unis ont averti qu'ils étaient prêts à lancer de nouvelles frappes contre le régime syrien au lendemain du bombardement inopiné d'une base de l'armée syrienne.

Nikki Haley.

Nikki Haley.

AFP

«Nous sommes prêts à en faire plus, mais nous espérons que cela ne sera pas nécessaire», a prévenu l'ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, devant le Conseil de sécurité.

La diplomate américaine s'exprimait lors d'une réunion d'urgence du Conseil consacrée à la première action militaire de Washington contre le régime de Bachar el-Assad en six ans de guerre.

La frappe a eu lieu trois jours après une attaque chimique présumée contre une ville rebelle du nord-ouest du pays qui a choqué le monde et pour laquelle le pouvoir syrien a été pointé du doigt.

Le Pentagone soupçonne les Syriens d'avoir été aidés pour mener à bien l'opération, mais les militaires américains ne sont pas allés jusqu'à accuser la Russie.

La salve de missiles de croisière américains a provoqué la colère de la Russie, l'alliée indéfectible de Bachar el-Assad, avec l'Iran.

Réaction russe décevante

«Les Etats-Unis ont attaqué le territoire souverain de la Syrie. Nous qualifions cette attaque de violation flagrante de la loi internationale et d'acte d'agression», a déclaré le représentant de Moscou à l'ONU, Vladimir Safronkov, lors de cette réunion.

La réaction russe «est très décevante», a regretté le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson. Mais malgré l'ire de la Russie, sa visite à Moscou la semaine prochaine n'a pas été annulée pour le moment.

Une source militaire syrienne a cependant indiqué à l'AFP que l'armée avait eu vent de l'action américaine et avait «pris des précautions». La Russie a aussi souligné que la frappe n'avait guère été efficace, moins de la moitié seulement des missiles explosant sur la base visée, selon elle.

La piste épargnée

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a semblé accréditer cette thèse et a noté que deux avions de chasse syriens avaient pu redécoller de la base dès vendredi pour mener de nouvelles frappes, près de Palmyre.

Face à ces critiques sur l'inefficacité de la frappe, Rex Tillerson a précisé que les Américains avaient délibérément épargné la piste de décollage elle-même, sans expliquer pourquoi. Les missiles Tomahawk ne sont pas assez puissants pour créer des dommages suffisants, a toutefois expliqué vendredi un haut responsable militaire américain.

Ces missiles Tomahawk visaient notamment des avions, «des hangars aériens renforcés», des stockages de pétrole, de munitions, des défenses anti-aériennes et des radars, selon le Pentagone. Une vingtaine d'avions ont été détruits ou endommagés, indique une source militaire.

«Idiot et irresponsable»

La présidence syrienne a elle qualifié les frappes d'«acte idiot et irresponsable». Le chef de l'ONU, la France et le Royaume-Uni ont plaidé pour leur part en faveur d'une solution «politique» en Syrie.

Peu avant la réunion du Conseil, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres avait appelé à la «retenue» et souligné qu'il n'y avait d'autre solution que «politique» à la guerre qui déchire la Syrie.

Les frappes ont été ordonnées jeudi soir par Donald Trump, qui s'était pourtant toujours prononcé contre une intervention directe contre le régime syrien. Il n'a pas non plus cherché à obtenir d'autorisation du Conseil de sécurité avant cette action.

Navires américains

Vers 3h40 locales vendredi (2h40 en Suisse), 59 missiles de croisière Tomahawk ont été tirés par deux navires américains en Méditerranée vers la base aérienne d'al-Chaayrate (centre).

Quelques heures plus tard, l'armée syrienne a fait état de «six morts, des blessés et d'importants dégâts matériels». L'agence de presse officielle Sana a annoncé ensuite la mort de neuf civils, dont des enfants, dans des villages environnants.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a pour sa part indiqué que huit militaires avaient été tués, dont un médecin, et que l'aéroport militaire avait été «presque totalement détruit: les avions, le tarmac, le dépôt de fuel et le bâtiment de la défense aérienne ont été pulvérisés».

Dans une déclaration solennelle à la télévision, Donald Trump a expliqué que ces frappes étaient «directement liées» au raid aérien imputé mardi à l'armée syrienne contre la localité rebelle de Khan Cheikhoun. Ce bombardement a fait au moins 86 morts, dont 27 enfants.

Punir le criminel

Les services de renseignement américains ont établi que les avions ayant mené l'attaque étaient partis de la base d'al-Chaayrate, connue comme un lieu de stockage d'armes chimiques avant 2013.

«Les Etats-Unis n'attendront plus qu'Assad utilise des armes chimiques sans conséquences. Ces jours sont révolus», a repris Nikki Haley.

En difficulté depuis des mois face au régime, la coalition de l'opposition politique syrienne a applaudi l'opération américaine, même si «frapper un seul aéroport n'est pas suffisant», a dit Mohammad Allouche, membre du Haut comité des négociations (HCN).

Les forces du régime cherchent à reprendre les derniers bastions des rebelles, notamment dans la province d'Idleb (nord-ouest), et des groupes djihadistes.

Un précédent décevant

La décision de M. Trump a été bien accueillie par les autres pays impliqués dans la crise syrienne, comme la Turquie et les Etats européens.

A l'été 2013, Barack Obama, avait déçu les pays arabes soutenant l'opposition syrienne en renonçant à frapper le régime après une attaque aux armes chimiques près de Damas qui avait fait plus de 1400 morts selon le renseignement américain.

A l'époque, Donald Trump avait exhorté M. Obama à ne pas intervenir.

Trois jours après l'attaque de mardi, certains survivants affichaient une certaine reconnaissance envers les Etats-Unis mais attendaient davantage.

«On ne veut pas une seule frappe pour qu'après les crimes se poursuivent», a affirmé Abou Chahid, 30 ans.

«Il faut punir le criminel et pas l'instrument du crime», a abondé Abou Mouhib, un déserteur de l'armée de 37 ans en référence au président Assad. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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