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Sortie du nucléaire«Les Verts ont voulu viser trop haut»

Le rejet de l'initiative n'est pas une surprise pour le politologue Thomas Milic. Selon lui, la donne serait différente en cas de vote sur la stratégie énergétique 2050. Interview.

par
D. Waldmeier/mst

Le peuple a rejeté l'initiative sur la sortie programmée du nucléaire. Pourquoi?

Le résultat est conforme à ce que l'on pouvait attendre d'une initiative des Verts. Même au Parlement, une sortie si rapide du nucléaire n'a pas obtenu de majorité. En 1990 déjà, le résultat était similaire, même si les enjeux à cette époque étaient différents. Cette fois, l'alternative n'était pas «nous continuons comme avant», mais une sortie progressive avec la stratégie énergétique 2050. On peut donc évoquer un petit succès pour les opposants au nucléaire.

Les Verts n'ont-ils pas visé trop haut en voulant fermer trois réacteurs l'année prochaine déjà? N'auraient-ils pas dû rallonger ce délai?

Oui, une échéance plus longue aurait probablement mieux servi leur cause. Les électeurs des partis bourgeois, qui sont en principe favorables à une sortie du nucléaire, auraient ainsi pu soutenir l'initiative. Quant à savoir si ce soutien aurait été suffisant pour le oui, c'est discutable. Les enquêtes post-votation révéleront les motivations des électeurs. L'initiative a toutefois servi à ouvrir le débat sur la stratégie énergétique au Parlement.

Pourquoi les opposants à l'atome ont-ils échoué à mobiliser davantage?

Dans les années 80 et 90, les activistes allaient s'enchaîner devant les centrales nucléaires. De nos jours, la protection de l'environnement et les technologies à risque sont les thèmes qui polarisent le plus dans la population. Entre temps tous les partis ont commencé à s'intéresser à l'écologie. Bien que les initiants disposaient de gros moyens pour leur campagne, ce thème a bien moins électrisé les gens que les questions de migration, par exemple.

Le résultat du vote constitue-t-il un revers pour la sortie du nucléaire?

Non, je ne pense pas. Les autorités et le gouvernement sont maintenant sous pression pour respecter les promesses de la campagne électorale. Mais il est clair que les partisans du nucléaire vont essayer d'interpréter le résultat en leur faveur.

L'UDC veut faire basculer la sortie du nucléaire. Le résultat clair du vote peut-il être étendu au référendum sur la stratégie énergétique?

La situation sera tout à fait différente. Dans le camp bourgeois, des opposants à l'atome souhaitaient une sortie ordonnée. Ils ont refusé l'initiative des Verts alors qu'ils soutiennent la stratégie énergétique 2050 de la conseillère fédérale Doris Leuthard.

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