Syrie: Les violences continuent en plein référendum
Actualisé

SyrieLes violences continuent en plein référendum

Les Syriens se sont rendus aux urnes dimanche pour voter sur le projet de nouvelle Constitution, alors que les heurts entre forces de l'ordre et insurgés ont fait au moins 57 morts.

Le référendum était organisé dans plus de 14'000 bureaux de vote à travers le pays comme ici à Aleppo

Le référendum était organisé dans plus de 14'000 bureaux de vote à travers le pays comme ici à Aleppo

Les Syriens ont voté dimanche sur une nouvelle Constitution. Ce référendum a été raillé par l'opposition et l'Occident au moment où le régime accentuait sa répression sanglante de la révolte. Le CICR, lui, n'est pas parvenu à obtenir un accord pour évacuer les blessés.

Plus de quatorze millions de Syriens étaient appelés à se prononcer sur le projet de nouvelle Constitution qui instaure le «pluralisme politique» et supprime l'article 8 sur la prééminence au parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle, mais maintient de larges prérogatives au chef de l'Etat Bachar al-Assad.

Ce texte stipule que le président choisit le premier ministre, indépendamment de la majorité parlementaire, et qu'il peut dans certains cas rejeter des lois. Il prévoit un maximum de deux septennats présidentiels, mais précise que cela s'appliquera à partir de la prochaine présidentielle prévue en 2014, ce qui permet en théorie à M. Assad de rester au pouvoir encore seize ans.

Appel au boycott

Le président s'est engagé à organiser des élections législatives dans un délai de trois mois. Mais l'opposition et les militants pro- démocratie, qui exigent son départ, ont appelé à boycotter ce scrutin, qualifié de «plaisanterie» par Washington et de «rien de plus qu'une farce» par Berlin.

«Pourquoi devrions-nous voter? Pour choisir entre la mort sous les bombardements ou la mort par balles? Voilà le seul choix qui se présente à nous», a déclaré un insurgé retranché dans le quartier de Khalidiah, à Homs. «Il y a des explosions partout. Des snipers qui tirent sur tout ce qui bouge», a renchéri Abou Bakr, un autre militant dans le quartier de Baba Amr, à Homs.

Le ministre syrien de l'Intérieur Mohammad Ibrahim al-Chaar a reconnu indirectement que les violences perturbaient le déroulement du référendum. «Le référendum se déroule normalement dans la majeure partie des provinces jusqu'à présent, avec une forte participation, excepté dans certaines régions», a-t-il assuré.

A Damas, un journaliste de Reuters a vu des dizaines de personnes attendant dans une file d'attente devant deux bureaux de vote. Des groupes de défense des droits de l'homme ont pour leur part rapporté que des explosions ont retenti à Homs, Hama, Deir al Zor, Deraa et plusieurs autres villes plus petites du pays avant l'ouverture des bureaux de vote.

Echec des négociations

Les violences ont fait au moins 57 morts dimanche - 34 civils et 23 membres des forces de l'ordre -, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui estime que le référendum était une réussite uniquement «dans les médias gouvernementaux».

Le CICR et le Croissant-rouge syrien (CRAS) avaient réussi vendredi pour la première fois à évacuer sept blessés et vingt femmes et enfants malades de Baba Amr, un quartier anti-régime de Homs pilonné depuis plus de trois semaines par l'armée.

Mais de nouvelles négociations avec les autorités et les opposants syriens ont abouti à un échec ce week-end, même si une «ouverture» a été évoquée pour lundi matin. «L'évacuation n'aura pas lieu dimanche. Nous avons besoin de l'accord de toutes les parties pour mener à bien notre rôle humanitaire impartial et pouvoir évacuer les blessés», a dit le porte-parole du CICR à Damas Saleh Dabbakeh.

Samedi, les discussions avaient déjà duré douze heures. Parmi les blessés à évacuer figurent les journalistes occidentaux Edith Bouvier et Paul Conroy.

Ambulances bloquées

Une journaliste étrangère impliquée dans les négociations a affirmé samedi qu'à deux reprises des ambulances du CRAS étaient arrivées à Baba Amr. Mais elles ont été bloquées par des déserteurs membres de l'Armée syrienne libre (ASL). L'ASL a accusé le régime d'avoir arrêté neuf blessés évacués la veille mais le CICR a enquêté et «cela s'est avéré totalement faux», a dit cette journaliste.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a exhorté dimanche l'armée syrienne à placer «l'intérêt du pays» avant la défense du régime. Elle a en revanche mis en garde dimanche contre les limites d'une intervention étrangère. Celle-ci n'»empêcherait pas» une guerre civile. «Au contraire, elle l'attiserait sans doute», a-t-elle dit à la BBC.

(ap)

Ton opinion