Actualisé 28.01.2009 à 16:36

Madagascar

Les violences politiques font 46 morts

Les violences politiques de ces derniers jours à Madagascar ont fait au moins 46 morts, selon un nouveau bilan donné mercredi par la directrice du principal hôpital du pays.

Le président malgache Marc Ravalomanana a accusé mercredi le maire d'Antananarivo d'être «l'initiateur des troubles» qui ont fait au moins 46 morts depuis lundi dans la capitale. Des milliers de partisans d'Andry Rajoelina s'y étaient rassemblés dans le calme.

«C'était lui (le maire) le leader, l'initiateur de ces troubles», a déclaré M. Ravalomanana. Ce dernier a visité les locaux de la radio nationale malgache, incendiés par des émeutiers lundi.

Interrogé sur l'absence d'intervention des forces de l'ordre lundi contre les émeutiers et pillards, M. Ravalomanana a répondu: «C'est moi qui ai donné l'ordre aux militaires de ne pas intervenir. Il faut bien gérer la crise, sinon cela aurait été un bain de sang».

Au moins 46 personnes sont mortes depuis lundi à Antananarivo à la suite des pillages et émeutes en marge d'un grand rassemblement organisé par le maire de la capitale et dirigé contre le président. Trente-sept d'entre elles ont péri brûlées dans l'incendie d'une galerie marchande du centre-ville.

Certains observateurs craignent que cette flambée de violence ne débouche sur une nouvelle crise majeure dans un pays réputé pour son instabilité politique.

Dix mille personnes manifestent

A la mi-journée mercredi, une foule d'au moins 10 000 personnes s'est réunie sur la place du 13 mai, haut lieu de la contestation malgache en plein coeur de la capitale. Arborant la couleur orange du mouvement lancé par le maire, devenu le principal opposant au régime, la foule a observé une minute de silence à la mémoire d'un adolescent tué par balle lundi.

Après s'être recueilli devant la dépouille de l'adolescent, le maire a affirmé à la foule lancer «un ultimatum à l'Etat pour que d'ici demain (jeudi) il condamne aux travaux forcés celui qui a donné l'ordre et celui qui a exécuté» la victime.

«Demain (jeudi), nous allons attendre chez nous pour voir si la demande a été acceptée», a ajouté le maire, selon qui «dans l'attente de la réponse de l'Etat, on va faire d'Antananarivo une ville morte: pas d'école, bureaux et magasins fermés». Par ailleurs, des pillages ont été signalé à Mahajanga (côte ouest) et Toamasina (ex-Tamatave, côte est).

«Désavoué nationalement»

Mardi, M. Rajoelina, surnommé «TGV» pour son caractère fonceur, avait annoncé la suspension du mouvement. L'adjoint du maire, Andriamahazo Nirhy-Lanto, a déclaré qu'il n'y avait pour le moment pas de discussions directes avec M. Ravalomanana, estimant que ce dernier était «désavoué nationalement».

M. Rajoelina entretient des rapports tendus avec le régime de M. Ravalomanana depuis son élection à la mairie en décembre 2007 comme candidat indépendant.

Le bras de fer s'est nettement durci depuis la fermeture par le gouvernement le 13 décembre 2008 de la télévision privée du maire, Viva. Cette décision avait été pris après la diffusion par la chaîne d'une interview de l'ex-président en exil Didier Ratsiraka.

«TGV» fustige aussi l'absence de liberté d'expression et de démocratie dans la Grande Ile et la «spoliation» des terres malgaches dans un colossal projet agricole mené par le Sud-Coréen Daewoo. L'opposition a aussi dénoncé les accords avantageux accordés récemment par le gouvernement à des sociétés étrangères, notamment dans le secteur minier.

(ap)

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