Actualisé 02.08.2012 à 16:58

France

Les voisins de Merah veulent obtenir réparation

Les voisins de l'auteur présumé des fusillades de Toulouse se battent pour obtenir des dédommagements à la suite des dégâts causés par l'intervention musclée des forces de l'ordre.

Plus de quatre mois après l'assaut du RAID dans l'appartement toulousain de Mohamed Merah, les voisins de l'auteur présumé des fusillades de Toulouse et Montauban se sont constitués en collectif pour obtenir réparations des dommages causés lors de l'intervention des forces de police.

La quinzaine de locataires de l'immeuble s'est rassemblée au sein du «Comité 17», du nom de l'ancienne adresse du «tueur au scooter» qui résidait au 17, rue du Sergent-Vigné. Ils se battent pour obtenir le remboursement des réparations qu'ils ont effectuées, à leur frais: colmatage des impacts de balles dans les murs ou dans les véhicules garés devant la résidence, fenêtres cassées par la déflagration des grenades utilisées par le RAID, ou prise en charge des soins psychologiques.

Aujourd'hui, aucune trace des nombreux impacts de balles ne subsiste sur la façade de l'immeuble. Tout a été refait à neuf. Quelques habitations voisines, situées en face du bâtiment, portent cependant encore les stigmates de l'assaut.

Voiture criblée de balles

Léonie, serveuse de 22 ans, n'a pas de dégâts dans son logement, mais sa voiture, garée à côté de l'entrée de l'immeuble, a été criblée de balles. «L'assureur m'a dit que c'était une épave», raconte-t-elle expliquant qu'il lui a assuré qu'elle n'en tirerait que 500 euros alors que l'expert l'avait évaluée à 2800 euros.

«Durant un mois, je n'ai pas pu aller travailler, faute de moyen de locomotion. Du coup, j'ai contracté un prêt à taux zéro de 2000 euros auprès du Centre communal d'action sociale (CCAS) de Toulouse pour me racheter une voiture», explique la jeune femme. «On veut tirer un trait sur cette histoire mais en bataillant pour les réparations, on ne peut jamais tourner définitivement la page», souligne-t-elle.

Fenêtres et ordinateurs endommagés

Mabilla, une quadragénaire, habite à côté de l'ancien logement de Mohamed Merah. Lors de l'assaut, ses fenêtres, sa télévision et ses deux ordinateurs professionnels ont été endommagés. Ses volets ont été touchés par deux balles, ainsi que son mur. Elle a dépensé près de 800 euros en réparations. «Je travaille à domicile pour ma société d'informatique et à cause de ces événements, je n'ai pas pu travailler durant un mois», témoigne-t-elle. «J'ai envoyé à mon assurance la liste des dégâts mais il me dit d'attendre, que l'Etat va le prendre en charge, mais je ne vois toujours rien venir. Après le traumatisme psychologique, c'est inadmissible de batailler avec l'administration pour faire valoir nos droits».

Le «Comité 17» réclame un interlocuteur unique, lassé que l'Etat et les assurances se renvoient la balle.

Une famille est partie

Selon le concierge de l'immeuble, une famille a quitté le bâtiment à la suite des événements de mars. «Mais tous les jours, des curieux passent devant le logement de Merah, pour prendre des photos ou voir s'il y a encore des traces de balles», confie le concierge.

Dans un communiqué, le préfet de la Haute-Garonne se défend d'abandonner à leur sort les voisins de Merah. Il rappelle que, «dès le 21 mars, une cellule d'accueil pour les personnes habitant le quartier a été mise en place». «Cette cellule était composée de la préfecture, la mairie de Toulouse, de l'association de service d'aide aux victimes (SAVIM), de la psychologue de la police, des représentants des mutuelles d'assurance et du syndic de la copropriété du 17, rue du Sergent-Vigné», précise la préfecture.

Le 26 mars, la préfecture et la mairie de Toulouse ont tenu une réunion pour informer les habitants de la rue du Sergent-Vigné du dispositif de soutien mis en place. Une fiche d'information a été distribuée le 27 mars dans toutes les boîtes aux lettres du quartier.

21 demandes d'indemnisation

Selon la préfecture, 21 demandes d'indemnisation ont été adressées à ce jour au ministère de la Justice: 2 ont été rejetées, 4 ont été accordées, 15 sont en cours de traitement. Sur ces 15 dossiers en cours, 8 ont été présentés par des assurances, dont 4 pour des véhicules. Le SAVIM a quant à lui constitué à ce jour 8 dossiers dont 4 sont toujours en attente d'envoi au ministère suite à la demande des habitants les ayant déposés.

Mohammed Merah est tombé sous les balles des hommes du RAID (Recherche, assistance, intervention, dissuasion), la force d'élite de la police nationale, le 22 mars dernier après un siège de 32 heures.

Il est l'auteur présumé de la tuerie devant le collège-lycée juif d'Ozar Hatorah à Toulouse qui avait fait quatre morts dont trois enfants, le 19 mars dernier, ainsi que des meurtres d'un militaire à Toulouse (Haute-Garonne) le 11 mars et de deux autres à Montauban (Tarn-et-Garonne) le 15 mars. (ap)

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