Genève - L’Etat accusé de «harceler» les cyclistes de la Critical Mass
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GenèveL’État accusé de «harceler» les cyclistes de la Critical Mass

Des participants à un défilé de deux-roues en 2020 ont contesté des amendes injustifiées, selon eux, et dénoncé une action «disproportionnée» des forces de l’ordre.

par
David Ramseyer
Avant le début de l’audience, des dizaines d’habitués de la Critical Mass ont manifesté devant le Palais de justice, à Genève.

Avant le début de l’audience, des dizaines d’habitués de la Critical Mass ont manifesté devant le Palais de justice, à Genève.

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De 300 à 1140 francs: tels sont les montants des amendes pour infractions à la circulation, principalement, que contestaient lundi devant le Tribunal de police cinq participants à la Critical Mass du 26 juin 2020. Pour les soutenir, plusieurs dizaines d’habitués du traditionnel cortège informel pour la mobilité douce se sont réunis devant le Palais de justice. Ils ont revendiqué «le droit à manifester» des participants aux défilés, et dénoncé le «harcèlement» ainsi que les sanctions «politiques» qui les frapperaient. Des arguments qu’ont repris en audience quatre prévenus (ndlr: une personne ne s’est pas présentée).

Les cyclistes se justifient

Âgés de 19 à 60 ans, les activistes assis sur le banc des accusés ont fustigé la «disproportion» des peines reçues. Amendée pour «entrave à la circulation, avec mise en danger», la benjamine du groupe a admis qu’elle s’était arrêtée avec son vélo à un croisement. «Mais c’était pour empêcher les voitures de traverser le cortège et éviter ainsi un accident.»

Quid de la double ligne de sécurité franchie par un autre prévenu, lors d’un événement qui a réuni environ 1000 personnes? «Le principe d’une manifestation, c’est de défiler. Alors oui, j’ai peut-être traversé une double ligne; mais sans intention de bloquer la circulation qui venait en sens inverse», a-t-il assuré. Avant d’ironiser: «Je n’ai pas non plus respecté les Stop sur la route durant le cortège…»

Mise en danger des usagers

Appelés comme témoins, des policiers en service lors de la manifestation de juin 2020 ont cependant estimé que l’attitude des prévenus justifiait leurs sanctions. «Lors d’une Critical Mass, on peut parfois laisser aller. Ma limite, c’est lorsqu’il y a mise en danger d’un participant ou d’autres usagers de la route», a expliqué un agent en désignant un des prévenus, qui aurait «zigzagué à contresens» (ce que ce dernier conteste).

Si un des gendarmes a avoué «ne pas avoir vu» l’infraction qui figure sur le rapport dans lequel il apparaît pourtant, un de ses collègues a contesté le harcèlement dont les forces de l’ordre sont accusées. «Notre intention n’est pas de dissuader les gens de prendre part à une telle manifestation. Mais nous devons assurer l’ordre ainsi que la sécurité, et éviter les conflits entre usagers.»

Mauro Poggia critiqué

Selon les militants, la Critical Mass se veut pacifique. «Elle n’a pas pour but d’entraver le trafic automobile, mais de prôner, une fois par mois pendant trois heures, la mobilité douce et la décarbonisation de nos moyens de locomotion.» Un objectif qui rejoint ceux des autorités, ont-ils affirmé. D’où leur indignation face aux sanctions et à une récente montée en puissance de la répression policière, selon eux.

Pour leur défenseur, Me Olivier Peter, le conseiller d’État chargé de la sécurité, Mauro Poggia, a durci le ton l’an passé, «vexé» par un autre défilé à succès de deux-roues à la suite de la pose de nouvelles pistes cyclables, peu avant la Critical Mass incriminée. Les effectifs policiers ont grimpé. Quant aux infractions facturées à plusieurs centaines de francs, elles seraient «un prétexte pour mettre fin aux Critical Mass, qui se déroulent pourtant depuis 1998 tous les mois. Soit plus d’un millier de cortèges sans dommage particulier, sans accident, sans blessé.»

Acquittement demandé

L’avocat a invoqué le droit européen, qui garantit la participation à une manifestation même non autorisée. Les sanctions, vu comme une ingérence dans des droits fondamentaux, sont néanmoins possibles «si elles sont proportionnelles et nécessaires dans une société démocratique». Mais ce n’est pas le cas dans ces affaires, a plaidé Me Peter. «Mes clients n’ont pas été interpellés parce qu’ils étaient dangereux, mais par hasard, parce qu’ils étaient esseulés du reste du cortège. Et ils ont été punis pour des infractions non réalisées, voire inexistantes, basées sur des rapports de police vagues, le tout pour des faits de très faible gravité, durant un cortège pacifique.» Il a demandé l’acquittement des prévenus. Le verdict sera rendu ultérieurement.

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