10.10.2020 à 02:07

EspagneL’état d’urgence sanitaire décrété dans la région de Madrid

La décision du gouvernement espagnol de gauche a été prise malgré l’opposition farouche des autorités régionales de Madrid, dirigé par l’opposition.

L’Espagne, avec quelque 850’000 cas et près de 33’000 morts depuis jeudi soir, est l’un des mauvais élèves de l’Europe en ce qui concerne la lutte contre la pandémie, et Madrid est, de très loin, la ville où la situation est la plus mauvaise.

L’Espagne, avec quelque 850’000 cas et près de 33’000 morts depuis jeudi soir, est l’un des mauvais élèves de l’Europe en ce qui concerne la lutte contre la pandémie, et Madrid est, de très loin, la ville où la situation est la plus mauvaise.

AFP

Confronté à une explosion du nombre des cas de coronavirus dans la région de Madrid, le gouvernement espagnol a décrété un «état d’alerte» dans la capitale et dans plusieurs villes voisines, afin de rétablir leur bouclage partiel, annulé la veille par une décision de justice.

Cet état d’alerte – qui équivaut à un état d’urgence sanitaire – est entré en vigueur avec effet immédiat et pour une durée de quinze jours, a indiqué le ministre de la Santé, Salvador Illa, à l’issue d’une réunion extraordinaire de deux heures du Conseil des ministres.

«Protéger la santé des Madrilènes»

«Il faut prendre des mesures pour protéger la santé des Madrilènes» et éviter que l’explosion des cas de coronavirus ne gagne le reste du pays, a-t-il déclaré. Des forces de police et de la Guardia Civil (équivalent de la gendarmerie) devaient se déployer sans tarder sur les grands axes routiers pour contrôler les entrées et les sorties de la capitale.

L’Espagne, avec quelque 850’000 cas et près de 33’000 morts depuis jeudi soir, est l’un des mauvais élèves de l’Europe en ce qui concerne la lutte contre la pandémie, et Madrid est, de très loin, la ville où la situation est la plus mauvaise. La décision du gouvernement de gauche du socialiste Pedro Sánchez a été prise malgré l’opposition farouche des autorités régionales de Madrid, dirigée par le Parti populaire (opposition conservatrice).

Le gouvernement a dû agir, car «la présidente de la communauté autonome de Madrid a décidé de ne rien faire», a déclaré Salvador Illa à propos d’Isabel Díaz Ayuso, qui a tenté jusqu’au bout de convaincre le gouvernement de ne pas proclamer l’état d’alerte. Le but principal de cette décision était de rétablir le bouclage partiel de Madrid et de plusieurs municipalités voisines, en vigueur depuis le 2 octobre mais qui avait été invalidé jeudi à la surprise générale par un tribunal madrilène.

Quatre millions de personnes

Depuis le 2 octobre au soir, un bouclage partiel de la capitale et de neuf localités limitrophes était en place, imposé par le ministère de la Santé – donc par le gouvernement central – aux autorités régionales de Madrid, qui n’en veulent pas, car elles estiment cette mesure à la fois contre-productive et néfaste pour l’économie.

Depuis cette date, les plus de 4 millions de personnes concernées n’avaient plus le droit de sortir de leur municipalité, sauf pour aller travailler ou étudier, se rendre chez un docteur ou dans un tribunal ou pour une urgence humanitaire. Mais la police ne pouvait pas infliger d’amende aux contrevenants sans validation par la justice.

C’est cette validation qui avait été refusée jeudi par le Tribunal supérieur de Madrid. Celui-ci, sans se prononcer sur le bien-fondé du bouclage partiel pour combattre la propagation du coronavirus, avait estimé qu’il ne reposait sur aucun socle légal, puisque résultant d’un décret du gouvernement. En vertu de la Constitution espagnole, les régions sont seules compétentes en matière de santé. Cette décision constituait un revers terrible pour Pedro Sánchez, qui accuse le gouvernement régional de ne pas prendre les mesures nécessaires pour contrôler l’épidémie.

«Un jour on nous dit une chose, le lendemain une autre»

L’approche d’un long week-end de trois jours en raison de la fête nationale, qui sera célébrée lundi, rendait la situation encore plus délicate, le gouvernement voulant à tout prix éviter que les Madrilènes se déplacent en masse hors de la capitale. Salvador Illa a affirmé que la présidente de la région de Madrid avait essayé de gagner du temps, forçant le gouvernement central à brusquer les choses et à agir de manière unilatérale.

«Quelle que soit la vérité, un jour on nous dit une chose, le lendemain une autre, on nous met tous dans la confusion», a expliqué à l’AFP Cofira Peralta, 25 ans, étudiante. Son université se trouvant hors de Madrid, la jeune femme doit demander des justificatifs pour se déplacer. «Cela me paraît justifié de donner un fondement légal (au bouclage), pour que la population madrilène ne s’éparpille pas dans d’autres villes ou régions», estime de son côté Carlos Cachafeiro, journaliste de 38 ans.

Le responsable de la Santé au sein du gouvernement régional madrilène, Enrique Ruiz Escudero, a répété vendredi que les mesures plus ciblées prises le mois dernier par le gouvernement régional, et qui visaient essentiellement des quartiers populaires du sud de la ville où le nombre de cas dépasse parfois le niveau vertigineux de 1000 pour 100’000 personnes sur quatorze jours, avaient commencé à porter leurs fruits. Selon des chiffres officiels, le taux de contamination dans la région de Madrid s’établit actuellement à 564 cas pour 100’000 personnes sur les quatorze derniers jours, contre 257 pour l’ensemble du pays, un taux bien supérieur à la moyenne de l’UE.

(AFP/NXP)

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