16.09.2020 à 04:06

CoronavirusL’étrange quarantaine du «personnel indispensable»

Certains employés du domaine médical ne peuvent pas cesser de travailler s’ils sont placés en quarantaine. En découlent des situations absurdes, et un mécontentement de ceux qui ont déjà beaucoup donné.

de
Pauline Rumpf
Médecins et infirmiers n’ont pas pu quitter leur poste, même face à des patients à risque.

Médecins et infirmiers n’ont pas pu quitter leur poste, même face à des patients à risque.

Keystone

Difficile d’être complètement cohérent avec des mesures d’une telle ampleur et une situation qui évolue aussi vite. Mais la situation vécue par une quinzaine de médecins et d’infirmiers du CHUV au début du mois laisse tout de même perplexe.

En effet, fin août, un patient hospitalisé pour une autre raison s’est révélé positif au Covid-19. Toutes les personnes ayant été en contact avec lui ont été interrogées, et pour treize d’entre eux, une quarantaine a dû être décrétée. Sauf qu’il est difficile de se passer d’autant de personnel médical à la fois, surtout aux soins intensifs.

«Nous avons donc été placés en «quarantaine sociale», raconte une collaboratrice. C’est-à-dire que nous devions continuer à travailler, donc à prendre les transports publics, mais de retour chez nous, on ne pouvait pas aller faire les courses ou sortir se promener.» Trois employés non essentiels ont cependant été mis en quarantaine stricte.

Nécessaires pour faire tourner le système

Pour cette employée du CHUV, outre la frustration de se voir refuser une vie privée tout en restant «un bon soldat», la sécurité des patients était également en question. «Nous avons évidemment dû prendre des précautions supplémentaires, mais il est étrange de travailler avec des personnes ultravulnérables alors qu’on est potentiellement infecté par le coronavirus…»

La base légale permet en effet au médecin cantonal d’accorder des dérogations à la quarantaine pour les personnes dont l’activité est absolument nécessaire au maintien des capacités du système de santé, rappelle Catherine Cossy, porte-parole du Département de la santé. Qui ajoute: «Ces collaborateurs n’ont pas été contraints d’aller travailler en raison d’un manque de remplaçants. Ils sont retournés au travail car leur sécurité était garantie dans le respect des mesures définies par l’OFSP et le médecin cantonal.»

Surchauffe et menace de grève

Fortement mobilisé ce printemps, une partie du personnel médical exprimait déjà un risque de surchauffe avant la pandémie. Aujourd’hui, il demande des actions, notamment par la voix du syndicat SSP. «Les budgets sont tellement limités que la seule marge de manœuvre restante s’obtient en rognant sur les droits des travailleurs, dénonce David Gygax, secrétaire syndical. Il y a une énorme fatigue chez ces travailleurs, qui est structurelle et pas conjoncturelle.» Le syndicat exige une revalorisation salariale, une hausse des effectifs ainsi qu’une prime Covid, «au moins symbolique»; et brandit la menace d’une grève.

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338 commentaires
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Absurde

17.09.2020 à 13:17

Je n’arrive pas à comprendre Pour quelle raison les petits hôpitaux, les petites institutions ou il y à des soignants ont reçu une prime et le Chuv qui lui a beaucoup plus de moyens que toutes ces autres institutions ne donne rien à leurs soignant à part le droit de travailler en sous-effectif et ainsi d’accepter la souffrance des soignants… Expliquez-nous comment cela est possible ?

Sofia

17.09.2020 à 10:26

Depuis le temps que je dis que cette histoire de Covid vire à la farce politique et économique. Même les médecins cantonaux sont complices de cette mascarade. Il est laissé entrer des personnes à risques des zones frontières en rouge pour l'économie et de l'autre, il est culpabilisé le bon peuple qui se détend le week-end et les boîtes de nuit se voient interdites d'exercer, alors que de l'autre côté il est laissé le droit à la contamination.

Faire plus avec beaucoup

17.09.2020 à 09:33

Le mécontentement est tout à fait entendable et doit être entendu par la direction du CHUV qui a un budget annuel de 1,7 milliards de francs pour 11'575 collaborateurs. Il DOIT y avoir moyen pour la direction de faire qqchose avec de tels moyens, non ? Peut-être moins d'administrateurs et plus de soignants ?