Actualisé 27.11.2009 à 07:48

Future présidenteLeuthard rajeunit l'image de la Confédération

Troisième femme à accéder à la présidence de la Confédération, Doris Leuthard va donner un coup de jeune à la fonction.

A 46 ans, la démocrate-chrétienne, populaire et battante, a plus d'un atout pour plaire. Mais aussi une série de défis à relever. Et ses opposants lui mènent la vie dure.

En endossant les habits de présidente, la ministre de l'économie hérite d'un dossier difficile. Les démarches entreprises par son prédécesseur Hans-Rudolf Merz dans l'affaire Kadhafi font figure de cadeau empoisonné.

Affronter la crise

L'Argovienne aurait certainement souhaité affronter son année présidentielle sous de meilleurs auspices. D'autant qu'en pleine crise économique, elle ne pourra pas faire l'impasse sur les sujets relevant de son département.

A peine élue en 2006 au Conseil fédéral, Doris Leuthard a réussi à maîtriser ses nouveaux dossiers - parmi lesquels la politique agricole dont elle n'était pas une experte en tant que conseillère nationale. Mais, après un long état de grâce, elle a dû affronter des réalités très terre-à-terre.

Son profil politique - un centrisme libéral ni chrétien social ni catholique conservateur - ne l'a en outre pas toujours servie. Elle s'est attirée les foudres de la gauche qui souhaite des plans de relance beaucoup plus ambitieux alors que la droite freine des quatre fers. Son projet d'assainir l'assurance chômage ne plaît non plus à personne.

Face aux critiques

Les détracteurs de Doris Leuthard ont souvent la dent dure. Lors de la campagne sur l'initiative demandant d'interdire les exportations du matériel de guerre, la Jeunesse socialiste l'a fait apparaître les mains ensanglantées sur une affiche. Récemment, des agriculteurs l'ont accueillie par des lancers de bottes à Saignelégier (JU).

La ministre de l'économie a régulièrement affaire au lobby paysan, bien résolu à défendre son pré carré face à toute velléité de libéralisation aussi bien par rapport à l'Union européenne (UE) qu'à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle peut respirer concernant l'introduction du principe du Cassis de Dijon.

Le référendum a échoué contre cette loi portée à bout de bras par l'Argovienne et qui permettra de vendre directement en Suisse les produits commercialisés dans l'UE. Mais la fronde est déjà organisée contre le projet d'accord de libre-échange agricole avec les 27. Le National est même allé jusqu'à refuser en juin d'entrer en matière sur le financement de mesures d'accompagnement.

Ironie du sort, la Chambre du peuple avait rejeté la veille l'accord obtenu à l'arraché fin 2007 par la conseillère fédérale auprès des représentants des propriétaires et des locataires dans le but de faire dépendre les loyers de l'inflation. Le Conseil des Etats pourrait tenter de repêcher le dossier.

Excellente carte de visite

La benjamine du Conseil fédéral ne se laisse toutefois pas démonter. A l'aise devant ses anciens collègues du Parlement, elle s'adresse à eux souvent sans détour ni notes écrites. Et n'hésite pas à leur rappeler leur responsabilité lorsqu'ils rabotent dans les programmes de relance ou refusent de durcir la législation sur les biens à double usage civil et militaire.

Toujours souriante, la conseillère fédérale est une excellente carte de visite pour la Suisse à l'étranger. En plus du français, elle s'exprime volontiers en italien ou en anglais.

La conseillère fédérale peut compter sur son charisme auprès des électeurs. Mais celui-ci ne va pas sans provoquer quelques grincements de dents chez ses collègues du gouvernement. Lorsque Doris Leuthard a annoncé être prête à renoncer à 10% de son salaire annuel de 400 000 francs pour fournir un emploi à un chômeur, certains n'ont pas manqué de critiquer un coup médiatique populiste.

La ministre de l'économie s'était déjà fait taper sur les doigts par le Conseil fédéral en voulant se profiler avec l'introduction du congé paternité dans son département. Le gouvernement lui a cependant donné raison quelques mois plus tard, en acceptant d'améliorer quelque peu la condition des pères de toute l'administration fédérale. (ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!