Birmanie: Libération prochaine d'Aung San Suu Kyi ?
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BirmanieLibération prochaine d'Aung San Suu Kyi ?

Des partisans de l'opposante birmane ont affirmé que son ordre de libération avait été signé par la junte au pouvoir. Elle devrait donc être libérée prochainement.

Plusieurs centaines de partisans d'Aung San Suu Kyi étaient réunis vendredi près de sa résidence et au siège de son parti, la Ligue nationale pour la Démocratie (LND), un des responsables de la formation ayant affirmé que l'ordre de libération de l'opposante birmane avait été signé par la junte au pouvoir.

La résidence surveillée de la lauréate du prix Nobel de la paix prend légalement fin samedi, mais des rumeurs circulaient dans Rangoon sur une possible libération dès ce vendredi. La police anti-émeutes armée de fusils d'assaut s'est déployée près de la maison d'Aung San Suu Kyi, alors qu'environ 200 personnes s'étaient rassemblées derrière une barricade de fils barbelés tout près de sa résidence.

Agée de 65 ans, Aung San Suu Kyi a passé 15 de ces 21 dernières années en prison ou en résidence surveillée. «Mes sources me disent que l'ordre de libération a été signé», a affirmé Tin Oo, vice-président de la LND. «J'espère qu'elle sera libérée.»

Au siège de la LND, environ 300 personnes attendaient dans l'excitation la nouvelle, revêtus de T-shirts «Nous sommes avec vous». «Aucune loi ne peut prolonger sa détention un jour de plus. La peine expire samedi et elle sera libérée», a assuré son avocat Nyan Win.

Aung San Suu Kyi devrait rencontrer le comité central de la LND, la presse et le public après sa libération. Nyan Win a aussi signalé qu'elle pourrait, comme elle l'a toujours fait après avoir purgé de précédentes peines, se rendre à la pagode Shwedagon.

Plus de 25 membres de la LND parmi les plus jeunes envisageaient de donner leur sang en geste de bienvenue.

La résidence surveillée en cours avait débuté en mai 2003, après que son véhicule a été pris dans une embuscade dans le nord de la Birmanie par une foule manipulée par le gouvernement. Sa détention, qui devait se terminer en mai 2009, avait été prolongée sur décision de justice.

Elle avait alors été condamnée à trois ans de réclusion et de travaux forcés pour avoir enfreint les termes de son assignation à résidence, après qu'un Américain avait tenté de pénétrer dans sa maison sans y avoir été invité. Sa peine avait été commuée en une prolongation de 18 mois de sa résidence surveillée, jusqu'en novembre de cette année.

Surnommée «The Lady» (la Dame) par ses fidèles, elle est devenue l'une des plus célèbres dissidentes du monde en refusant d'accepter la liberté contre l'exil. Elle a ainsi préféré ne pas se rendre en 1999 aux obsèques de son époux britannique par peur de ne pouvoir être autorisée à rentrer dans son pays.

Née à Rangoon le 19 juin 1945, celle dont le nom «Suu Kyi» veut dire «une collection éclatante d'étranges victoires» est la fille du héros nationaliste Aung San qui a combattu les troupes d'occupation japonaises et arraché l'indépendance au colonisateur britannique. Alors qu'elle n'avait que deux ans, son père était assassiné en juillet 1947, soit six mois avant la proclamation de l'indépendance.

Elevée en Birmanie et en Inde, où sa mère fut ambassadrice dans les années 60, Aung San Suu Kyi a ensuite décroché des diplômes de philosophie, de sciences politiques et d'économie à Oxford en 1967, où elle rencontre son mari, le tibétologue britannique Michael Aris, qui lui donnera deux garçons. Elle travaille alors pour les Nations unies à New York, puis au Bhoutan.

En 1988, elle rentre à Rangoon pour s'occuper de sa mère mourante au moment même où des manifestations estudiantines secouent le pays. «Il m'était impossible, en tant que fille de mon père, de rester indifférente à tout ce qui se passait. Cette crise nationale, en réalité, pouvait être considérée comme la seconde lutte pour l'indépendance», avait-elle dit à l'époque.

Aung San Suu Kyi ne se renoncera jamais à sa politique de non-violence inspirée de Gandhi. C'est en résidence surveillée qu'elle se verra décerner le Prix Nobel de la paix en 1991 en tant que «l'un des exemples les plus extraordinaires de courage civique en Asie» de ces dernières décennies. AP

ljg/pyr/v0304/st (ap)

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