Actualisé 14.12.2009 à 19:56

sexualitéLibido féminine: faut-il croire à la pilule rose?

La pilule censée stimuler le désir sexuel de la femme sera commercialisée en 2010. Aubaine? Les spécialistes réagissent.

de
Caroline Goldschmid

Alors qu'à la fin du XXe siècle, le Viagra a sauvé la sexualité des hommes, voilà que s'annonce pour l'an prochain la solution miracle pour les femmes en panne de désir, dont on estime qu'elles représentent 10% de la population. Un formidable marché, bien sûr, mais que faut-il penser de cette pilule rose qui a déjà fait couler beaucoup d'encre?

A base de flibansérine, cette nouvelle «pilule du désir» est fabriquée par la firme allemande Boehringer Ingelheim. Pas moins de 2000 Européennes, Américaines et Canadiennes souffrant de désir sexuel hypoactif l'ont testée. Celles qui se sont vu administrer une dose quotidienne de 100 mg durant six mois «ont vu la fréquence des «événements sexuels satisfaisants», passer de 2,8 à 4,5 par mois». Des résultats qui pourraient à eux seuls réduire le pourcentage de divorces dus à des dysfonctions sexuelles en Suisse (actuellement 10%).

Voilà pour les statistiques. Mais du côté des sexologues, la prudence est de mise. «Ce médicament est un espoir, mais il faut savoir que la pilule miracle n'existe pas. Si on la prend sans faire d'apprentis­sage en parallèle, elle n'aura aucune efficacité», prévient le Dr Jeffrey Pedrazzoli, sexologue à Lugano.

Mêmes réponses nuancées du côté des organisateurs de la première Journée de sexologie clinique, le 28 novembre dernier à Lausanne, journée qui a réuni quelque 200 ­experts sur le thème de l'absence de désir sexuel. «Cette pilule est un outil de plus, mais cela ne sera probablement pas la panacée», annonce le Dr Marc Wisard, urologue à Lausanne. Et de poursuivre: «Il ne faut pas oublier que ce genre de médicaments sont extrêmement chers et qu'ils ne sont pas pris en ­charge par les caisses maladie. Ceux qui soignent les problèmes d'érection et d'éjaculation précoce coûtent 25 fr. la pilule!»

Selon le Dr Dominique Chatton, s'il y a des «déficits dans le fonctionnement de sa propre sexualité, ce n'est pas une pilule qui va l'améliorer». Il craint même qu'elle soit prescrite à tout-va. «On risque de passer par une période de déception, comme on l'avait déjà vécu lors du lancement du Viagra.»

«Une maladie de la non-normalité»

A partir de quand doit-on estimer que l’on est atteint de troubles du désir sexuel? «Le problème se pose si cela ne concerne que l’un des deux partenaires et que cela engendre un déséquilibre au sein du couple», répond le Dr Marc Wisard.

Considéré comme l’une des maladies du XXIe siècle, le désir sexuel hypoactif est le trouble dont l’incidence augmente année après année. «C’est le motif de consultation dont l’augmentation est le plus frappante durant ces dix dernières années», indique l’urologue.

Mais c’est aussi un «complexe face à une norme imaginaire, une maladie de la non-normalité», estime Denise Medico, psychologue FSP et sexologue.

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