Actualisé 20.09.2018 à 15:33

GenèveLigne anti-abus à l'école: 33 cas recensés en 2018

La conseillère d'Etat Anne Emery-Torracinta a fait ce jeudi un point de situation sur le plan d'action du DIP.

de
Jérôme Faas
La conseillère d'Etat socialiste chargée du DIP Anne Emery-Torracinta.

La conseillère d'Etat socialiste chargée du DIP Anne Emery-Torracinta.

Keystone

Mise en place en janvier 2018, la ligne téléphonique «Abus Ecoute» a reçu 80 appels, dont 33 entrant dans le périmètre LAVI (Loi sur l'aide aux victimes): agressions, abus sexuels, harcèlements, viols. La cheffe du Département de l'instruction publique (DIP), Anne Emery-Torracinta, a annoncé ce jeudi que ce dispositif serait prolongé «au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire».

Les chiffres détaillés de cette offre mise sur pied par le DIP en partenariat avec le centre LAVI sont les suivants. La majorité des appels LAVI (23) concerne des faits survenus en 2018. Neuf se rapportent à des événements compris entre 2005 et 2017. Un seul a trait à un épisode datant d'avant 2004.

Huit enseignants concernés

Directeur du centre LAVI, Vasco Dumartheray indique que dix-neuf situations mettent aux prises des élèves entre eux. «Il s'agit à la fois de lésions corporelles, d'atteinte à l'intégrité sexuelle, d'un ou deux cas de viol entre mineurs et de harcèlement obsessionnel avec menaces de mort», détaille-t-il. Les quatorze autres situations ont pour objet des rapports entre adultes et élèves. Parmi elles, huit appels ont mis en cause des enseignants. Six de ces situations concernent des atteintes à l'intégrité sexuelle.

Anonymat complet

La particularité de cette ligne gérée par des psychologues du centre LAVI est l'anonymat complet qu'elle garantit à ceux qui l'utilisent, et donc son étanchéité totale avec le DIP. Autrement dit, «si la victime potentielle ne souhaite pas entamer une démarche pénale ou au niveau du DIP, ni le Ministère public ni le DIP ne sont mis au courant», précise Vasco Dumartheray. Et ce même si les faits communiqués sont lourds, comme par exemple des viols. «C'est aux victimes de faire cette démarche. Nous nous limitons à peser le pour et le contre avec elles. »

Interdit de fermer les yeux

Anne Emery-Torracinta a par ailleurs expliqué que cette ligne avait d'abord pour vocation d'essayer de «récupérer les personnes passées entre les mailles du filet». Car le DIP, rappelle-t-elle, a un principe de tolérance zéro et oblige dorénavant ses collaborateurs, s'ils ont vent d'un quelconque abus, à en référer à leur hiérarchie. «Aujourd'hui, on ne peut plus dire, ah oui, c'est de notoriété publique, tel enseignant couchait avec x ou y.»

Révocations

Depuis 2013, soit son arrivée à la tête du DIP, Anne Emery-Torracinta explique que trois enquêtes administratives visant des employés du département ont été ouvertes par le Conseil d'Etat "pour des affaires de moeurs au sens large, qui englobent des propos". Deux se sont terminées par une révocation (dont celle récemment médiatisée visant un enseignant du collège de Saussure). La troisième est encore en cours. La conseillère d'Etat indique par ailleurs qu'il y a eu "au moins une autre résiliation des rapports de service" sans ouverture d'enquête administrative.

Victimes moins seules

Le DIP vient de déposer au Parlement, dans le cadre de son plan d'action contre les abus à l'école, un projet de loi visant à mieux protéger les victimes potentielles. Anne Emery-Torracinta désire que, lorsqu'elles seront entendues dans le cadre d'une procédure administrative, elles puissent être accompagnées par une personne de confiance, ce qui était jusqu'alors impossible. "Je trouvais extrêmement choquant que des personnes agressées dans leur intégrité se retrouvent seules en face de celui qu'elles dénoncent et de son avocat. Cela pouvait donner à la victime l'impression d'être au tribunal et que les rôles étaient inversés."

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