Cultures en Suisse: «L’image est peut-être féerique, mais la réalité est tout autre»
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Cultures en Suisse«L’image est peut-être féerique, mais la réalité est tout autre»

Les nuits glaciales donnent des sueurs froides aux acteurs de l’arboriculture, qui usent de tous les moyens pour sauver leur raison de vivre. Au point de ne pas fermer l’œil de la nuit.

par
Sophie Zuber

Glaciale. Tel est le terme que MétéoSuisse a employé pour qualifier la nuit de mercredi à jeudi. Et ce n’est de loin pas une exagération: avec des minima de –2 à –5°C, les températures n’ont clairement pas été au contact des normales saisonnières. «Mercredi, la moyenne suisse était de 8°C au-dessous de la norme», explique Olivier Duding, prévisionniste chez MétéoSuisse.

Pour exemple, jeudi matin, les Genevois se sont réveillés par –4°C, alors que les températures minimales ne devraient pas descendre en dessous de 3°C en cette période de l’année.

Un état de fait qui jure avec le temps particulièrement doux que le pays a connu fin mars. «Là, nous étions à 7°C au-dessus de la norme.»

Février et mars trop doux

Mais s’il n’est pas rare de connaître des épisodes de gel en avril, c’est ce grand écart des températures qui fait le plus de dégâts, et surtout sur la végétation. «La seconde moitié de février ainsi qu’une bonne partie du mois de mars ont été très douces», continue le prévisionniste.

«Avec les 20°C que nous avons connus en plaine, la végétation a explosé. Et c’est à ce moment-là que la fleur est la plus vulnérable.»

Les geler pour les protéger

Ce sont donc les maraîchers, arboriculteurs et autres vignerons qui dorment mal depuis quelques jours.

À pied d’œuvre pour limiter les dégâts, ceux-ci usent de tous les moyens pour protéger leurs cultures durant la nuit.

La première, qui consiste à asperger la plante en continu, est la plus répandue. «En gelant sur la plante, l’eau va dégager de la chaleur, ce qui permet de maintenir les organes sensibles à une température de 0°C», explique Sébastien Besse, responsable à l’Office valaisan de l’arboriculture.

Retour possible du gel

Benoît Leemann, arboriculteur à Leytron (VS), utilise ce moyen sur une bonne partie de son domaine. «Je n’ai pas dormi de la nuit. Nous devons être tout le temps opérationnels. Imaginez qu’une pompe tombe en panne!»

Mais lorsqu’il n’est pas en mesure d’utiliser cette technique d’aspersion, le Valaisan doit se résoudre au plan B, trois fois plus coûteux: «Sur une parcelle, nous avons réparti des bougies un peu partout. L’image est peut-être féerique, mais la réalité est tout autre.» Il insiste: «Les frais engendrés par ces opérations n’ont aucune répercussion sur les prix.»

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Les bougies ont permis à ce champ de poiriers de Leytron de survivre au gel, le 8 avril 2021.

Les bougies ont permis à ce champ de poiriers de Leytron de survivre au gel, le 8 avril 2021.

20min/François Melillo
Les bougies ont permis à ce champ de poiriers de Leytron de survivre au gel, le 8 avril 2021.

Les bougies ont permis à ce champ de poiriers de Leytron de survivre au gel, le 8 avril 2021.

20min/François Melillo
Les bougies ont permis à ce champ de poiriers de Leytron de survivre au gel, le 8 avril 2021.

Les bougies ont permis à ce champ de poiriers de Leytron de survivre au gel, le 8 avril 2021.

20min/François Melillo

À ces moyens s’ajoute encore la technique des ventilateurs à gaz, qui propulsent de l’air chaud. Tous seront encore utiles durant la nuit de jeudi à vendredi, qui s’annonce tout aussi délicate, annonce MétéoSuisse. «Mais une couverture nuageuse rendra le risque de gel nettement plus faible durant le week-end, continue Olivier Duding. Avant un retour possible du froid en milieu de semaine prochaine.»

Un combo qui ne pardonne pas

Si la nuit de mercredi à jeudi a été l’une des plus froides de cet épisode glacial, c’est celle de mardi à mercredi qui aura été la plus compliquée à gérer pour les acteurs de l’arboriculture. «Les fortes rafales qui se sont invitées ne nous ont pas permis d’utiliser les divers moyens de lutte pour protéger les cultures», se désole Sébastien Besse. Les abricots, qui sont en début de nouaison, sont particulièrement sensibles. Ils ne supportent pas d’être en dessous de 0°C.» Les poiriers, qui sont en fleur, peuvent quant à eux, supporter le froid jusqu’à –2°C. L’estimation des pertes ne pourra se faire que la semaine prochaine.

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