Suisse: L’impossible contrôle de la véracité des tests PCR
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SuisseL’impossible contrôle de la véracité des tests PCR

Viser les attestations permettant de voyager échoit aux transporteurs, qui ne peuvent s’assurer de leur authenticité.

par
Jérôme Faas
Les compagnies aériennes sont chargées de s’assurer (si le pays de provenance du passager le nécessite), de l’existence d’une attestation PCR.

Les compagnies aériennes sont chargées de s’assurer (si le pays de provenance du passager le nécessite), de l’existence d’une attestation PCR.

Getty Images/iStockphoto

Le 1er février, un communiqué d’Europol alertait: des cas de tests PCR falsifiés avaient été détectés dans plusieurs pays européens (lire l’encadré). L’existence de trafics de ces sésames permettant de voyager malgré l’épidémie de Covid-19 pose la question de leur contrôle. Il apparaît compliqué, si ce n’est lacunaire. Ce sont en effet les compagnies aériennes qui en sont chargées à l’embarquement.

Pas de modèle universel

Or, souligne Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise, «leurs agents ne sont pas formés à la détection de faux documents. Il s’avère qu’il n’existe pas un modèle universel mais que chaque médecin, chaque laboratoire émet son propre résultat manuscrit ou dactylographié et ceci est valable pour tous les pays.» En l’absence de base de donnée centralisée et standardisée, s’assurer de la véracité de ces documents ce révèle un casse-tête.

Les limites de Swiss

De fait, Swiss, via sa porte-parole Meike Fuhlrott, indique qu’elle s’assure que chaque passager embarquant dans l’un de ses appareils dispose d’un test négatif si nécessaire, «conformément aux exigences du gouvernement fédéral», mais précise: «il n’incombe pas aux compagnies aériennes de vérifier l’authenticité des documents d’entrée. Une obligation de contrôle plus étendue ne serait ni raisonnable, ni proportionnée.»

Les douanes seules compétentes

Cette authenticité n’est pas plus contrôlée par la police au débarquement: cette tâche ne figure pas à son cahier des charges. Seuls les gardes-frontières s’en chargent, mais de manière non systématique. Ils expliquent, par l’intermédiaire de leur porte-parole Donatella Delvecchio, qu’ils interviennent de manière ponctuelle, «sur la base du risque». L’administration fédérale des douanes (AFD) assure cependant «effectuer des contrôles à l’entrée en Suisse», disposer d’agents «spécifiquement formés à la reconnaissance de faux documents», et «être renseignée via des réseaux internationaux qui lui fournissent des informations utiles.»

Un seul cas en Suisse

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP), questionné quant à l’apparente porosité du système vu les limites des compagnies aériennes, se borne à expliquer qu’il se repose sur les douanes, dont il répète presque au mot près les réponses. L’AFD déclare avoir détecté un seul cas de «présumé de test Covid falsifié» depuis le 8 février, sans préciser dans quelle région il a été identifié. Pas à Genève en tous les cas: la police cantonale, qui se verrait remettre les éventuels contrevenants, assure ne pas avoir été sollicitée jusqu’à présent.

La peine encourue

Si un passager muni d’un test PCR falsifié était attrapé à Genève, il serait remis à la police. Celle-ci explique que, s’étant rendu coupable d’un faux dans les certificats, il serait dénoncé au Ministère public. Si l’infraction était jugée suffisamment grave, il serait mis à disposition d’un procureur afin d’être entendu. Dans le cas contraire, les forces de l’ordre contacteraient le service du médecin cantonal qui déciderait qu’en faire, lui imposant par exemple une quarantaine. Le faux dans les certificats est puni d’une peine pécuniaire ou d’une peine privative de liberté d’au maximum trois ans. Le Parquet n’a pas souhaité préciser le barème qu’il appliquerait dans un tel cas.

Faussaires sans frontières

Europol a fait état, début février, de nombreux cas de trafics de faux certificats. L’agence européenne cite notamment: des tests falsifiés vendus à l’aéroport de Luton (GB); de faux tests munis du nom d’un laboratoire authentique saisis au Royaume-Uni; l’arrestation d’un réseau de faussaires à l’aéroport Charles-de-Gaulle à Paris; un fraudeur pincé en Espagne; des escrocs hollandais vendant de faux documents via une application de messagerie et l’utilisation présumée d’une application smartphone développée par un groupe de criminels irlandais permettant de falsifier manuellement des résultats de tests. Il a aussi été rapporté à «20 Minutes» l’existence de cybercafés marocains fournissant des attestations bidon à leurs clients.

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