04.11.2020 à 06:36

TaïwanL’inquiétude croît avec le bruit des bottes chinoises

Les intimidations de Pékin, qui considère que Taïwan fait partie de la République populaire de Chine, ne datent pas d’hier sur l’île, mais le risque d’une invasion n’a jamais été aussi grand.

Ces trois dernières années, les États-Unis ont conclu pour au moins 15 milliards de dollars d’accords avec Taïwan, notamment pour l’acquisition d’avions de chasse F16 et de systèmes portatifs de défense aérienne. (Photo Sam Yeh / AFP)

Ces trois dernières années, les États-Unis ont conclu pour au moins 15 milliards de dollars d’accords avec Taïwan, notamment pour l’acquisition d’avions de chasse F16 et de systèmes portatifs de défense aérienne. (Photo Sam Yeh / AFP)

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Sur les plages de l’île taïwanaise de Kinmen, à quelques encablures des côtes chinoises, des obstacles antichars viennent rappeler la menace d’une invasion chinoise, un risque qui n’a jamais été aussi important depuis des décennies.

Taïwan a appris à vivre avec les intimidations des dirigeants chinois désireux de s’emparer de cette île qu’ils considèrent comme faisant partie intégrante de leur territoire.

Jamais, depuis le milieu des années 1990, quand la Chine continentale avait tiré des missiles dans le détroit la séparant de Taïwan, le bruit des bottes n’avait retenti aussi fort.

Un sentiment largement partagé par Wang Jui-sheng, un jeune étudiant de l’Université nationale de Quemoy, sur la petite île de Kinmen, 140'000 habitants.

«Je m’inquiète du risque d’un conflit militaire entre les deux parties, peut-être même dans un avenir proche», reconnait-il auprès de l’AFP.

L’île de Kinmen, à 3,2 km de la Chine, est aux mains des nationalistes depuis 1949, date de la fin la guerre civile chinoise. Si l’armée chinoise traversait le détroit de Taïwan, elle serait certainement sa première cible.

Flashpoint

Ian Easton, auteur d’un ouvrage sur un éventuel conflit, regrette que le monde ignore, à ses risques et périls, l’escalade des tensions autour du détroit de Taïwan.

«C’est le point le plus dangereux, le plus instable et le plus important de la planète», estime le directeur de l’Institut Project 2049, un groupe de réflexion spécialisé dans les affaires sino-taïwanaises.

Historiquement, Pékin a régulièrement manié la carotte et le bâton envers Taïwan, en vue d’obtenir sa réunification au continent.

Mais depuis l’élection en 2016 de la présidente Tsai Ing-wen, qui rejette fermement la vision chinoise d’une «Chine unique», la carotte a presque disparu.

Pékin a coupé les communications officielles avec l’île, intensifié les pressions économiques, diplomatiques et militaires afin d’inciter les électeurs à voter, à l’avenir, pour un candidat plus favorable à Pékin.

Mais cela n’a pas empêché Tsai Ing-wen de remporter un second mandat en janvier et, selon des sondages, de plus en plus d’électeurs se considèrent désormais comme Taïwanais et non Chinois.

«Se préparer à la guerre»

Tout ceci pourrait en partie expliquer les raisons de la position belliqueuse du président chinois Xi Jinping qui ne cache pas ses objectifs. Début octobre, en visitant une base militaire, il a demandé à l’armée de «se préparer à la guerre».

Le capitaine James Fanell, ex-directeur du renseignement de la flotte américaine du Pacifique, pense que ces dix prochaines années, la Chine va se rapprocher de Taïwan sous une forme ou une autre.

Au cours de sa carrière, James Fanell a assisté à la transformation de l’armée chinoise et de sa flotte, désormais capable d’intervenir dans le monde entier et qui compte plus de navires que les États-Unis.

La Chine serait désormais dotée d’une puissance militaire suffisante pour s’emparer de cette île de 23 millions d’habitants.

Il est impossible de prédire si les États-Unis voleraient à son secours. Taïwan n’est pas liée aux États-Unis par un traité de défense, mais Washington est tenu par le Congrès de vendre des armes à Taïwan.

Une politique conçue pour parer à une invasion sans affronter directement la Chine. Mais aux États-Unis, un débat se fait jour pour savoir si un changement de stratégie n’est pas nécessaire.

«Si Taïwan était conquise et occupée par la (Chine), le système d’alliance américain en Asie serait dévasté», pointe Ian Easton.

L’administration de Donald Trump s’est rapprochée de Taïwan dans un contexte de tensions croissantes avec Pékin.

Ces trois dernières années, les États-Unis ont conclu pour au moins 15 milliards de dollars d’accords, notamment pour l’acquisition d’avions de chasse F16 et de systèmes portatifs de défense aérienne.

Les habitants de Kinmen espèrent que de telles armes ne seront jamais nécessaires. «Je ne veux pas voir une guerre éclater», explique Tsai Yan-mei, une Chinoise mariée à un Taïwanais et qui vit à Kinmen.

«J’espère continuer à profiter de la démocratie et de la liberté à Taïwan».

(AFP/NXP)

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