Lionel Baier signe «son film le plus pédé»
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Lionel Baier signe «son film le plus pédé»

Le Vaudois Lionel Baier dévoile samedi «Un autre homme», seul film suisse en lice pour le Léopard d'or du Festival de Locarno.

Dans ce conte cruel, dit-il, un prétendu critique de cinéma devient l'objet du désir pervers d'une femme.

«Me retrouver dans la compétition, c'est démesuré par rapport à qui je suis», dit le réalisateur lors d'un entretien avec l'ATS. «C'est une bonne surprise mais en bon protestant je me dis pourquoi moi, de qui ai-je pris la place ?»

A 32 ans, Lionel Baier livre déjà son sixième long métrage. Il en a écrit le scénario et assuré la mise en scène ainsi que les prises de vue. Dans «Un autre homme», il dirige notamment Robin Harsch, Natacha Koutchoumov et Bulle Ogier.

Réalisé en noir-blanc, «Comme un homme» suit le jeune François. Ignorant tout du cinéma, il accepte de chroniquer des films pour un journal de la Vallée de Joux. Il rencontre Rosa, critique établie. Se noue alors une relation perverse entre eux.

Un imposteur

C'est l'histoire d'un imposteur, trait de caractère qui taraude le cinéaste. «C'est mon film le plus personnel. Je n'ai jamais autant eu l'impression de parler de moi, même si je n'apparais pas à l'image ou que l'on ne m'entend pas en voix off. J'ai le sentiment très profond de tricher, d'être un imposteur.»

Volubile, il enchaîne. «J'ai été nommé à 26 ans directeur du département cinéma à l'Ecole cantonale d'art de Lausanne. Je vis d'une passion très coûteuse, le cinéma. Est-ce que j'ai droit à tout ça ? Ce doit être mon côté protestant qui ressort», dit ce fils de pasteur en riant.

«Mon film le plus pédé !»

Cinéaste et gay, Lionel Baier précise: «Il n'y a pas d'homo, on n'en parle pas mais j'ai l'impression que c'est mon film le plus pédé !». Il s'en explique.

«Je voulais filmer un homme comme on le faisait des femmes dans les films noirs des années 50-60. Il y avait une sorte de violence érotique dans la façon dont on les filmait. J'ai voulu montrer un homme de façon lascive, un homme ballotté dans le désir des femmes qui l'entourent, utilisé comme objet.»

Il y a donc des scènes de sexe? «Oui, à la fin du film François se retrouve enfermé dans une chambre avec la journaliste durant plusieurs jours. Il y a une longue scène durant laquelle elle l'humilie. Ce n'est pas codifié mais il y a un jeu érotique entre eux. Il se trouve à devoir ramper...»

«Sensuel et brutal»

Lionel Baier admet deux influences sur son film. «La Sirène du Mississippi» de François Truffaut dans lequel l'icône virile Belmondo se fait maltraiter par Deneuve. Et puis il y a les gravures de Félix Vallotton, «d'où l'utilisation du noir et blanc. J'ai essayé de faire quelque chose de sensuel et brutal, comme ses vignettes.»

En plus des mécanismes du désir, et de la relation au corps, le film questionne les rapports entre les critiques de cinéma et les spectateurs. «Nous avons réalisé de fausses bandes sonores de films mais il y a aussi de vraies citations dont une de 'Signé Renard' de Michel Soutter.»

Pas assez de public

Le Vaudois assume que ses films ne rencontrent pas assez de public en Suisse. «Garçon stupide» (2004) par exemple, totalise 9213 entrées. «Comme des voleurs (à l'Est) sorti en 2006 n'en a fait que 3115 en Suisse romande mais devrait sortir en Suisse alémanique et au Tessin en 2009.

Lionel Baier reste confiant. «J'espère un jour faire un film que les gens de mon village iront voir en masse ! Je me console en voyant la carrière de mes deux films à l'étranger.» (ats)

Nouveau projet pour Lionel Baier

Après son passage au Festival de Locarno (TI), Lionel Baier se remettra à l'écriture du scénario de son prochain film. «Il s'agit d'un road-movie traitant du sentiment maternel.»

En filigrane, il y aura l'histoire d'un tueur en série d'adolescents mais rien à voir avec le sadique de Romont (FR), a expliqué le réalisateur vaudois. Cette coproduction pourrait ne pas être tournée en français.

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