Football – L’itinéraire sans déviation de Kastriot Imeri
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FootballL’itinéraire sans déviation de Kastriot Imeri

Le Genevois de 21 ans est arrivé en équipe de Suisse après un parcours linéaire. Mais il doit encore gagner en constance.

par
Valentin Schnorhk
(Lugano)
Kastriot Imeri a découvert l’équipe de Suisse à Lugano cette semaine. Il ne s’attendait pas à ce que cela vienne si vite.

Kastriot Imeri a découvert l’équipe de Suisse à Lugano cette semaine. Il ne s’attendait pas à ce que cela vienne si vite.

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À voir passer des dizaines et des dizaines de talents, on peut parfois se méprendre sur l’un ou sur l’autre. Même sur un international A en devenir. Même quand on s’appelle Yves Débonnaire. «Je suis content, Kastriot Imeri prouve que je me suis un peu trompé sur lui.» Paroles d’un ancien sélectionneur M17, qui n’avait pas retenu le Servettien pour des qualifications au championnat d’Europe il y a cinq ans. Et qui est bien obligé de reconnaître qu’il n’avait pas vu tout juste en lui à l’époque. «J’aimais bien sa vivacité de geste, sa technique, mais je trouvais qu’il manquait de clarté et de justesse dans les idées, se souvient le technicien. Je ne l’ai peut-être pas bien senti à ce moment-là.»

«J’ai fait beaucoup de sacrifices. Je ne regrette rien: tous mes choix se sont avérés corrects. Le football, c’est un métier et cela a toujours été mon plan A»

Kastriot Imeri, néointernational suisse

Ou peut-être que cela raconte très bien la progression du Genevois, appelé en équipe de Suisse A par Murat Yakin pour les rencontres contre l’Italie (vendredi) et la Bulgarie (lundi). À 21 ans, Kastriot Imeri s’est depuis fait une place en 1re équipe de Servette (qu’il a intégré à l’été 2017), en y devenant un joueur important, et a brillé avec les M21 de Mauro Lustrinelli. «Je ne pensais pas être convoqué aussi vite, sourit-il. Être de piquet, c’était déjà énorme. C’est pour ça que je suis assez ému quand j’en parle. Mais au final, c’est une progression normale. J’ai fait beaucoup de sacrifices en termes de nutrition, de sommeil, de travail musculaire. Je ne regrette rien: tous mes choix se sont avérés corrects. Le football, c’est un métier et cela a toujours été mon plan A. Je m’y suis toujours dédié le plus possible.» Et ce, depuis très jeune.

«Une force de volonté incroyable»

Retracer le parcours d’Imeri, c’est dessiner un chemin sans déviation, linéaire. «Kastriot est quelqu’un qui a une force de volonté incroyable, salue Matteo Vanetta, qui l’a entraîné en M18 à Servette. Par exemple, quand on remarque sa capacité à tirer aussi bien des coups francs malgré son jeune âge, moi, je ne suis pas étonné. Déjà à l’époque, il s’entraînait chaque semaine pour perfectionner son geste. Et un gamin qui investit 15 minutes après l’entraînement quatre fois par semaine, cela représente 40 heures supplémentaires sur une année. Ce n’est pas un hasard.» Le fruit d’une humilité qui lui était déjà reconnue à l’époque. D’une maturité, aussi.

Imeri n’était pourtant pas tout de suite le meilleur. Arrivé en M14 à Servette en provenance de Meyrin, il a plus tard eu Anthony Braizat comme entraîneur. L’actuel coach du Stade Nyonnais se rappelle un joueur «bon techniquement, mais freluquet. Il était très travailleur et à l’écoute. Et il était déjà décisif. C’est un joueur qui a toujours fait des choses qui n’étaient pas communes. Et année après année, il s’imposait un peu plus. Dès les M16, il est devenu très bon, avec un gros volume de jeu.» Pourtant, Imeri n’était pas forcément le garçon que l’on remarquait en premier à Servette: dans la génération des 2000, il y avait – entre autres – Alexis Antunes (également à Servette) ou Christopher Lungoyi (parti tôt à Porto, aujourd’hui à Lugano). «À la différence d’autres, lui n’avait qu’un objectif: celui de jouer en première équipe de Servette, relève Braizat. En cela, c’est un exemple: il voulait réussir dans son club, dans un contexte qu’il connaissait.»

À quel poste?

Encore fallait-il continuer à progresser. Imeri y est parvenu. «Il a une facilité physique naturelle, note Vanetta. Mais il a beaucoup développé son adaptabilité tactique dans le jeu. Au début, il jouait dans l’axe, puis nous l’avions placé sur un côté, pour lui offrir plus de temps. Aujourd’hui, il a la facilité et la flexibilité de jouer un peu partout.» Ce qui questionne sur son meilleur poste, lui qui évoluait même sur le côté d’un 3-4-3 en M18: «Il s’agit certainement d’un joueur offensif, qui aime pouvoir bouger entre l’aile et l’axe, poursuit l’actuel entraîneur-assistant de Young Boys. Après, cela dépend de l’animation et des coéquipiers qui peuvent mettre en valeur ses qualités.» Braizat le préfère «proche de la surface». Débonnaire, quant à lui, ne l’enferme pas: «Il doit bien sûr avoir une tendance offensive. Il a le geste pour créer, même s’il doit améliorer ses choix. Mais il faut accepter sa part de déchet, jusqu’à un certain point.» En équipe de Suisse, et avec la confrontation au plus haut niveau, celle-ci devra se réduire.

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Cela fait partie de l’adaptation. Pour Imeri, l’enjeu intervient peut-être plus précocement que prévu. Sa convocation résulte d’un certain concours de circonstances. Qu’il s’agit de faire fructifier. «Plein de joueurs ont une sélection en équipe nationale sans qu’on s’en souvienne, rappelle Vanetta. L’important, c’est d’y rester. Lui doit rester tranquille et trouver encore plus de minutes, de stabilité et de responsabilités dans son club. Mais il n’a jamais rechigné quant au travail à accomplir.»

Il y a quelques années, autour des terrains genevois, son avènement en première équipe de Servette n’étonnait personne. Mais le haut niveau suggère de la constance. «Il disparaît parfois dans le jeu, et il doit gommer ça, être plus important, sans ses moments d’égarement, avec de la continuité dans le jeu», avertit Braizat. Pour que, un jour, la Suisse en profite. Et que Débonnaire ait encore plus de remords.

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