Votations à Genève – Logement social: la droite veut prioriser les Genevois

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Votations à GenèveLogement social: la droite veut prioriser les Genevois

Le Grand Conseil veut conditionner l’accès aux biens subventionnés à une présence dans le canton de quatre ans. Contestée par référendum, la mesure sera soumise au peuple le 13 février.

par
Jérôme Faas
Le quartier des Libellules, à Vernier. Au total, près de 7000 personnes sont sur liste d’attente pour obtenir un logement social à Genève.

Le quartier des Libellules, à Vernier. Au total, près de 7000 personnes sont sur liste d’attente pour obtenir un logement social à Genève.

TDG

A Genève, les logements sont rares et chers. Cette crise (0,49% de taux de vacance) touche toutes les catégories de bien, appartements subventionnés compris: près de 7000 personnes patientent pour en obtenir un. Le délai entre l’inscription et l’attribution atteint souvent plusieurs années. Dans ce contexte, le MCG (soutenu par la droite) a fait voter au Grand Conseil une loi pour favoriser les demandeurs établis de longue date dans le canton. Alors qu’à ce jour, pour briguer un logement social, il faut justifier d’une présence continue de deux années durant les cinq dernières, le parti veut serrer la vis: il défend une présence continue de quatre ans au cours des huit dernières années. La gauche a contesté ce dispositif par référendum. Le peuple tranchera le 13 février.

«Extrême précarité»

«Le résident genevois doit être prioritaire», soutient Francisco Valentin, président du MCG. «Malgré les conditions favorables, il y a aussi ici des gens dans une extrême précarité, surtout des aînés. Nous ne disons pas que les autres ne doivent pas être logés. Ce n’est pas une loi anti-réfugiés ou anti-pauvres. Le message est: vous serez logés, mais pas avant les Genevois.» Marc Falquet (UDC) s’offusque ainsi que des migrants puissent, dans certains cas, obtenir un logement avant un local. «On ne doit pas avoir honte d’aider nos propres citoyens, il ne faut pas se culpabiliser. Au contraire, on doit être fiers.» Les deux députés admettent que cette loi seule ne résoudra pas la pénurie. «Ce n’est ni un remède miracle, ni une goutte d’eau dans l’océan, évalue Francisco Valentin. Il s’agit surtout d’un signal pour les locaux, d’une lanterne sur le chemin du bon sens.»

«Cela engorgera les hôtels sociaux»

A contrario, la gauche estime ce projet inefficace et profondément discriminatoire. Ainsi, le député d’Ensemble à Gauche Rémy Pagani y voit la preuve que «le fond de commerce du MCG, c’est la haine». Lui défend l’égalité de traitement «pour tous les salariés» indépendamment de leur temps de résidence, rappelant «le scandale des saisonniers qui payaient des impôts sans en profiter». Il refuse donc de transiger. «Tous ceux qui cotisent ont droit à des prestations». Caroline Marti (PS), elle, souligne que cette loi «ne réglera pas du tout le problème» des listes d’attente débordantes. D’autre part, elle observe que les personnes fraîchement installées à Genève ne vont pas disparaître par magie. «Leur mal-logement sera simplement prolongé. Cela engorgera les foyers, les hôtels sociaux, des solutions qui coûtent extrêmement cher à l’Etat.»

Sébastien Desfayes, député PDC, le conteste, dès lors que la loi contient la formule «en principe», permettant des dérogations en cas d’urgence. «Elles sont déjà possibles et appliquées aujourd’hui, elles le demeureront. 20% du parc des fondations immobilières de droit public est d’ailleurs réservé à ces cas.» Pour lui, il s’agit donc de «donner un coup de pouce» aux Genevois appauvris par «le chômage, la précarité, les petites retraites, le divorce. J’y vois un principe de solidarité et de bon sens.»

Contre «le tourisme social»

Il avance un autre objectif qui marque une ligne de fracture avec la gauche: la volonté de ne pas créer d’appel d’air pour «un tourisme social qu’il est impossible de nier», alors que «le territoire est exigu et les finances cantonales mal en point. Il ne faut donc pas construire que des logements sociaux au détriment de la campagne et de la mixité sociale.» A l’inverse, le député Vert Christian Bavarel juge le projet du MCG absurde en ce qu’il «ne libère ni ne crée aucun nouveau logement: on force les gens à vivre dans du trop petit, et on crée des frontaliers», que leurs petits moyens obligent à se loger en France voisine.

Le Conseil d’Etat défavorable

L’écologiste conteste donc le point de vue du PLR Cyril Aellen, qui note que «dans toutes les communes, les maires PLR souhaitent que les logements soient bâtis pour leurs administrés. Ce qui est valable pour les communes doit aussi l’être au plan cantonal. Il s’agit de construire pour nos enfants.» Or, pour Christian Bavarel, ce projet va justement entraver les Genevois désireux de revenir vivre dans le canton après un séjour à Nyon ou en Haute-Savoie après un divorce, par exemple. «Devoir attendre deux ans pour un logement, c’est déjà long. Alors quatre ans… C’est plus que la durée du cycle d’orientation pour un enfant.» Cet éventuel pensum n’émeut pas Marc Falquet. «Ils ont choisi d’habiter ailleurs, il faut assumer. On ne peut pas gagner sur tous les tableaux.»

Le Conseil d’Etat, lui, est défavorable à cette loi. Il juge qu’elle ne favorisera pas les Genevois, «puisque plus de 80% des personnes en attente d’un logement social sont déjà établies à Genève depuis plus de cinq ans». Et il avance qu’elle ne résoudra pas le déséquilibre actuel entre les besoins sociaux et l’offre. Il plaide pour «une politique sociale du logement (…) permettant d’édifier des logements de toutes les catégories».

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