Actualisé 06.07.2020 à 08:41

Philippines

Loi anti-terroriste: pour protéger ou opprimer la population?

La Cour suprême doit examiner lundi la nouvelle loi adoptée le mois dernier. Certains craignent qu’elle menace les droits humains et la liberté d'expression.

Des centaines de Philippins ont défilé le 12 juin pour manifester contre la législation anti-terroriste qui divise et dont les organisations craignent qu'elle ne donne au président Rodrigo Duterte des pouvoirs étendus pour étouffer la dissidence.

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La Cour suprême des Philippines doit examiner lundi la nouvelle loi anti-terroriste du président philippin Rodrigo Duterte qui, selon ses opposants, menace les droits humains et la liberté d'expression. Cette loi, approuvée vendredi par Rodrigo Duterte, donne aux forces de sécurité des pouvoirs étendus pour lutter contre le terrorisme. Ses détracteurs redoutent qu'elle ne serve surtout à réprimer toute opposition au gouvernement.

Des arrestations sans mandat

Approuvée le mois dernier par le parlement, elle permet au président Duterte de nommer un conseil qui pourrait ordonner des arrestations sans mandat de personnes soupçonnées de terrorisme.

Elle autorise également la détention des suspects jusqu'à 24 jours sans aucun chef d'accusation ce qui, selon les opposants, violerait la limite de trois jours fixée par la Constitution.

Le gouvernement estime ce texte nécessaire pour combattre le terrorisme dans le sud des Philippines, confronté à la rébellion communiste et à l'insurrection séparatiste musulmane.

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Dispositions anti-constitutionnelles

Des avocats, des professeurs et des membres du Congrès ont demandé que cette loi n'entre pas en vigueur comme prévu ce mois-ci, afin notamment de supprimer les dispositions jugées anti-constitutionnelles. «Dans une société démocratique, la sécurité ne doit jamais être obtenue et maintenue au détriment des droits humains et des libertés civiles», a souligné dans un recours le parlementaire d'opposition Edcel Lagman.

Les opposants à cette nouvelle loi affirment que la définition du terrorisme dans la loi est tellement floue que cela pourrait renforcer la campagne de Rodrigo Duterte à leur encontre.

Certains d'entre-eux sont déjà derrière les barreaux ou pourraient bientôt s'y trouver après avoir critiqué les politiques menées par le président, notamment sa campagne meurtrière contre les stupéfiants, qui a fait des milliers de morts.

Définition du terrorisme trop floue

«La définition du terrorisme... est si vague et si large qu'elle peut être interprétée comme comprenant les rassemblements et manifestations légales au cours desquelles les personnes exercent leur liberté d'expression», a souligné dans un recours un groupe de professeurs de droit.

Pour sa part, le gouvernement a estimé que la loi comprend suffisamment de garde-fous pour éviter tout abus. Le porte-parole de Rodrigo Duterte, Harry Roque, a déclaré dimanche que le gouvernement respecterait la décision de la cour.

La Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU Michelle Bachelet a fait part de ses inquiétudes, affirmant que la loi pourrait brouiller la distinction entre critique et criminalité.

(AFP)

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