Genève - Loi CO2: pourquoi les jeunes ne se sont pas mobilisés?
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GenèveLoi CO₂: pourquoi les jeunes ne se sont pas mobilisés?

On savait que les électeurs les moins âgés avaient rejeté la loi CO₂ comme leurs aînés. Il apparaît qu’ils ont également quelque peu boudé le scrutin.

par
Maria Pineiro
En 2019, des milliers de jeunes se sont mobilisés pour le climat.

En 2019, des milliers de jeunes se sont mobilisés pour le climat.

Lucien Fortunati/TDG

Des dizaines de milliers de jeunes dans les rues, vendredi après vendredi, ont appelé citoyens et autorités à prendre des décisions susceptibles d’infléchir le dérèglement climatique à l’œuvre. Portée par la vague verte, la loi CO₂ aurait pu, voire dû, concrétiser cette mobilisation. Or, les chiffres de participation au scrutin du 13 juin, à Genève, seul canton romand à se montrer aussi précis, montrent qu’il n’en a rien été. «Les jeunes n’ont pas plus voté que d’habitude. Ils auraient même eu tendance à bouder ce scrutin», précise Pascal Sciarini, professeur de science politique à l’Université de Genève.

Mobilisation plus faible que d’habitude

Le taux de participation s’était en effet élevé à 50,8% à Genève. La tranche d’âge des 18-39 ans, ne s’est, elle, mobilisée qu’à 36,3% (les 20-24 ont été 35,2% à voter). Plus les électeurs sont âgés, plus ils ont voté. Pire, une comparaison entre les scrutins du 13 juin et du 7 mars montre qu’en proportion, les jeunes se sont moins mobilisés lors du vote sur la loi CO₂ que lors du scrutin précédent. Pascal Sciarini se dit surpris, «non pas du différentiel entre les jeunes et les aînés, mais du manque de mobilisation. En particulier chez les jeunes femmes qui, désormais, participent en général plus que les jeunes hommes.»

Texte complexe

L’universitaire fait néanmoins remarquer que le nombre élevé d’objets au programme et la complexité de la loi CO₂ ont pu peser. «On sait que plus le niveau de formation est élevé, plus les citoyens participent à la vie démocratique. Une partie des jeunes a éventuellement été dépassée.» La campagne a également pu déstabiliser nombre de jeunes, notamment sur la question des coûts. «On peut imaginer que les habitants des régions périphériques, quel que soit leur âge, ont été touchés par l’argument du surcoût des transports. C’est un élément à mettre dans la balance», estime Pascal Sciarini.

Action non conventionnelle

De manière générale, les recherches sur la participation des jeunes aux votations et élections montrent que cette catégorie de la population se mobilise de manière non conventionnelle plutôt que conventionnelle. Traduisez, plutôt que voter, les jeunes préfèrent l’activisme. «Il y a un vrai problème de traduction de l’action non conventionnelle vers le vote à l’urne, analyse Pascal Sciarini. Chez les personnes plus âgées, on retrouve une corrélation entre l’activisme non conventionnel et la participation conventionnelle.»

Rejet de l’institutionnel

Son collègue Marco Giugni va plus loin. Pour lui, il y a «peut-être un certain rejet des procédures institutionnelles de participation, même si la démocratie directe permet une action à la première personne». Ce professeur de science politique confirme que les plus jeunes préfèrent l’action directe, par des manifestations, mais surtout l’action «dans leur quotidien pour préserver l’environnement». Les études ont montré que la participation démocratique obéit à des déterminants lourds, comme l’intégration sociale et professionnelle. À ce niveau, les jeunes sont encore en dehors des schémas majoritaires.

Grévistes représentatifs?

Pour Pascal Sciarini, il convient de se poser la question de la représentativité des grévistes du climat. «Il y a effectivement des dizaines de milliers de jeunes qui ont manifesté, mais peut-être qu’ils ne représentent pas la majorité de leur tranche d’âge», avance-t-il. Il est également possible qu’une large frange des manifestants n’a tout simplement pas eu l’âge pour voter, le 13 juin dernier, suppute Marco Giugni.

Quoi qu’il en soit, pour Pascal Sciarini, «ces chiffres font courir le risque que les responsables politiques écoutent moins les jeunes à l’avenir, malgré de larges mobilisations».

Votants bien formés

Des étudiants de l’Université de Zurich, sur mandat des autorités cantonales, ont sondé des jeunes de la ville, âgés jusqu’à 25 ans, sur leur participation à la votation du 7 mars sur l’identité numérique ou l’accord de libre-échange avec l’Indonésie. Les résultats publiés la semaine dernière montrent que le taux de participation varie fortement en fonction de la formation. Chez les jeunes qui ont suivi des études secondaires, elle se montait à 75%. En revanche, ceux qui ont opté pour des écoles professionnelles n’étaient que 25% à avoir participé au scrutin. Le genre n’a quant à lui pas d’impact: jeunes hommes et jeunes femmes ont un taux de participation similaire.

Grévistes sous la loupe

En mars et septembre 2019, deux enquêtes internationales ont été menées par des chercheurs auprès des participants aux grèves du climat afin d’en dresser un portrait. Les conclusions de ces rapports tendent à montrer que les participants sont plutôt jeunes et nouveaux dans le monde des manifestations. Une particularité qui fait dire aux chercheurs que l’on pourrait assister à l’émergence d’une nouvelle génération de militants pour le climat. Autres caractéristiques, les grévistes du climat ne sont pas membres d’associations établies de défense de l’environnement. A contrario, ils s’investissent dans la politisation des modes de vie, y voyant une possibilité de changement sociétal.

Le deuxième pointage a permis aux chercheurs d’affiner leurs observations. Ils ont constaté que le mouvement était très féminin et formé. Il apparaît également que les participants sont sceptiques quant à la capacité des gouvernements à s’attaquer au problème du climat. C’est pourquoi ils estiment important de maintenir la pression. Point négatif, l’espoir décline.

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