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SuisseLoin de tuer l’amour, Tinder attire les fans de vie à deux

Les applications de rencontre sont en plein essor. Une chercheuse de l’Université de Genève a démontré que, loin des clichés, leurs utilisateurs aspirent au couple et à la famille.

par
Jérôme Faas
Tinder ne draine pas que les amateurs de relations fugaces.

Tinder ne draine pas que les amateurs de relations fugaces.

Getty Images

Non, les applications de rencontre de type Tinder ne sont pas les fossoyeuses de l’amour véritable. Non, elles ne sont pas qu’un repaire de collectionneurs de conquêtes. Au contraire. Allant à contre-courant de certaines idées reçues, Gina Potarca, sociologue à l’Université de Genève, vient de publier une étude affirmant que leurs utilisateurs souhaitent davantage vivre en couple et fonder une famille que les célibataires n’y ayant pas recours. «Montrer que les scénarios alarmistes circulant dans les médias ne reposaient sur aucune base scientifique a motivé ma recherche. Quand une nouvelle technologie émerge, la population peut être saisie d’une forme de panique morale. Mais en réalité, les applications sont un moyen légitime et normal de rencontrer quelqu’un.»

Pour asseoir sa démonstration, la scientifique a utilisé les données d’une enquête sur la famille menée en 2018 par l’Office fédéral de la statistique à laquelle elle a pu se greffer, y introduisant ses propres questions. Son travail se base donc sur les réponses de 3235 personnes, majeures, en couple et ayant rencontré leur partenaire durant la dernière décennie, formant un échantillon représentatif à l’échelle nationale.

Moins de 40 ans séduits

Premier constat: les moyens digitaux constituent depuis 2016 la deuxième modalité de rencontre des couples suisses, derrière le cercle d’amis (lire l’encadré). Mais si les sites internet attirent principalement les plus de 40 ans, les applications fonctionnant sur le double principe géolocalisation-swiping (faire défiler des photos avec le doigt) ont les faveurs de la population plus jeune, ainsi débarrassée du remplissage préalable de formulaires.

Vie professionnelle remplie

Et c’est là qu’intervient la conclusion principale de Gina Potarca. Non seulement ces jeunes utilisateurs désirent tout autant se marier et fonder une famille que les autres catégories de la population; mais de plus, et surtout, ils souhaitent davantage que les autres cohabiter avant l’échange des vœux. «Mon hypothèse est qu’il s’agit de couples modernes et pragmatiques dans leur approche de la vie. S’étant connus hors des réseaux amicaux traditionnels, ils éprouvent plus que d’autres le besoin de faire un essai, donc de vivre sous le même toit, pour construire la relation.» Et s’ils ont recours aux rencontres digitales, c’est qu’en général il s’agit de personnes à la vie professionnelle envahissante, qui empiète sur leur vie privée et réduit leur temps libre.

La chercheuse relève aussi que si son étude a porté sur des gens déjà en couple (donc a priori attirés par cette vie-là), elle ne souffre pas de biais. «J’ai mené une analyse secondaire afin de déterminer si les célibataires actifs sur les applications de rencontre ont les mêmes intentions. La réponse est oui: eux aussi expriment l’envie de fonder une famille et d’avoir des enfants.»

Davantage de couples mixtes

Une seconde conclusion émerge du travail de la sociologue. Les applications de rencontre favorisent la création de couples mixtes en termes de niveaux d’éducation, surtout entre les femmes diplômées et les hommes moins diplômés – «probablement grâce aux moyens de sélection axés principalement sur le visuel». Ce constat n’entre pas en contradiction avec celui d’une autre sociologue connue, Marie Bergström, qui affirme que les couples issus du numérique sont peu mixtes. «Ses travaux se concentrent sur les sites de rencontre, où les détails socio-économiques des usagers sont mis en avant. Au contraire, les applications exercent un effet très fort sur l’exogamie», soit le fait de rechercher un partenaire hors de son groupe social. Gina Potarca ne sait en revanche rien de la durabilité des couples formés via les applications. «Le phénomène est trop récent pour disposer d’études à ce propos.»

Le boum des applis

En 2018, selon les données récoltées par Gina Potarca, presque 25% des couples suisses se forment sur internet en général: presque 11% à travers les applis, environ 7% via les sites de rencontre, et approximativement 7% sur les réseaux sociaux. Les rencontres en ligne sont depuis 2016 le deuxième moyen le plus utilisé pour se mettre en couple, derrière le cercle d’amis, mais devant, dans l’ordre, l’école et le travail, puis les bars, puis les associations et les hobbies, la famille fermant la marche. La sociologue ne doute par ailleurs pas que les applications monteront bientôt sur la première marche du podium, comme c’est déjà le cas aux États-Unis. «Le fait que ce ne soit pas encore le cas dit d’ailleurs quelque chose de la Suisse, et de l’attachement des Suisses à leurs réseaux d’amis.»

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266 commentaires
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Carole

31.12.2020 à 15:22

Luttez avec le plus grand des panaches contre le féminisme ! Bonne année 2021 !

Quel regard sur soi et les autres

31.12.2020 à 14:40

Je suis tombé amoureux de la vie, car c’est la seule qui ne me laissera pas avant que je ne l’ai fait. Les épousailles avec soi, dans le secret d’une solitude fertile, permettent une alliance avec l’autre qui ne portera pas atteinte à l’intégrité de chacun.

Oinotna

31.12.2020 à 14:32

Moi avec ce genre de site, j'ai eu une relation de plus de 7ans, avec une femme et son enfant...puis un jour, suite à une dispute, elle a mis un terme en notre relation en un claquement de doigts...trop facile. De nos jours il n'i a plus d'amour comme avant, ou tu te battais pour corriger un soucis dans le couple... de nos jours en un claquement de doigt tu met un terme à la relation et voilà! Et du coup l'enfant je n'ai plus pu le voir... donc tu t'investis plus de 7 ans... et du jour au lendemain c'est fini la relation avec ces deux êtres humains...