Actualisé 12.01.2010 à 14:55

Scandale en Irlande en Nord

Londres et Dublin calment le jeu

Londres et Dublin cherchaient mardi à éviter une implosion de la fragile coalition au gouvernement en Irlande du nord après le scandale qui a obligé le Premier ministre à se retirer provisoirement, espérant même que cette crise permettra de débloquer les pourparlers de paix.

Dès le lendemain de l'annonce-surprise du retrait pour six semaines de Peter Robinson, le ministre britannique à l'Irlande du Nord Shaun Woodward et le chef de la diplomatie irlandaise Micheal Martin, dont les deux pays parrainent le processus de paix, devaient se rencontrer en début de soirée à Dublin.

Avec un objectif simple: éviter que le gouvernement semi-autonome régional, où les protestants du DUP de M. Robinson et les catholiques du Sinn Féin de Martin McGuinness coopèrent tant bien que mal depuis 2007, ne s'effondre purement et simplement, ouvrant la voie à une crise institutionnelle.

Dirigeants irlandais et britanniques affichaient mardi un optimisme commun, appelant les responsables nord-irlandais à saisir l'occasion pour tenter de faire avancer le dossier du transfert des pouvoirs de Londres vers Belfast en matière de police et de justice, pierre d'achoppement des négociations.

«J'ai le sentiment... que de nombreux responsables politiques, notamment depuis 24 heures, se sont retrouvés au bord du précipice, qu'ils ont compris les conséquences à ne pas s'engager totalement, et sont désormais réellement impliqués dans ces questions», a estimé M. Woodward sur la BBC. Pour lui, cette crise offre une véritable occasion de faire des progrès substantiels».

Même son de cloche de la part du ministre irlandais des Affaires étrangères, pour qui cette parenthèse pourrait »faciliter un accord rapide». M. Robinson avait créé la surprise lundi en annonçant qu'il renonçait à ses fonctions pendant six semaines pour blanchir son nom dans ce scandale où se mêlent sexe, argent, famille et politique, baptisé »Irisgate» par la presse en référence au prénom de son épouse, Iris.

Le Premier ministre, qui clame son innocence, est notamment soupçonné de n'avoir pas déclaré aux autorités compétentes les malversations présumées de son épouse au profit de son jeune amant de 19 ans. Iris Robinson, 60 ans, aurait obtenu de deux promoteurs qu'ils investissent 55.000 euros pour aider le jeune homme à ouvrir un restaurant en 2008.

Après avoir révélé cette liaison extraconjugale à son mari l'an dernier, Mme Robinson avait tenté de se suicider. Cette chrétienne pratiquante, qui avait fait scandale en qualifiant l'homosexualité «d'abomination«, est restée silencieuse depuis que le scandale a éclaté. Elle suit actuellement un «traitement psychiatrique intensif» à Belfast, selon son mari.

Les analystes divergeaient mardi sur les chances de M. Robinson de revenir au pouvoir dans six semaines -le temps d'une enquête sur ses propres agissements- et au-delà sur l'avenir de l'actuel gouvernement.

Face à un Premier ministre affaibli, le Sinn Féin du vice-Premier ministre Martin McGuiness se retrouve en position de force pour obtenir des concessions sur le transfert des pouvoirs de police et de justice de la part du DUP, très réticent sur la question.

En cas d'implosion du gouvernement, de nouvelles élections régionales pourraient être nécessaires: or les divisions du camp unioniste pourraient cette fois donner la majorité au Sinn Féin. Ce qui pourrait alors faire de Martin McGuinness, ancien responsable de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), le futur Premier ministre d'Irlande du Nord. Une perspective insupportable pour la plupart des unionistes. (afp)

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