Actualisé 29.03.2017 à 17:31

Facture du Brexit

Londres va devoir payer près de 60 milliards à l'UE

Le montant de la «facture du divorce» que les Britanniques sont censés payer pour quitter l'Union européenne fait l'objet d'âpres négociations.

Les amarres sont larguées: le Royaume-Uni s'est embarqué mercredi pour un voyage historique et «sans retour» hors de l'Union européenne qui se retrouve fragilisée par un Brexit aux conséquences sismiques et imprévisibles.

«Pas de retour en arrière»

Mercredi à Londres, la Première ministre Theresa May annonçait devant les députés du Parlement de Westminster qu'il n'y aurait «pas de retour en arrière». Le Royaume-Uni est le premier pays à rompre les amarres avec l'Union, après 44 ans de mariage contrarié. Elle a appelé le peuple britannique, Ecossais en tête, à se «rassembler» pour obtenir «le meilleur accord possible». A l'extérieur des bâtiments du Parlement, Nigel Farage, ancien leader du parti europhobe Ukip et grand architecte du Brexit, pavoisait: «On est les premiers à sortir. C'est historique. L'Union européenne ne s'en remettra pas.»

Martin Spearing, 65 ans, vendeur sur un marché londonien, était d'accord: «C'est la meilleure chose qui puisse nous arriver. Nous reprenons les commandes des mains de ces bureaucrates non élus de Bruxelles». Le déclenchement du Brexit ouvre une période de deux ans de négociations, un délai ambitieux tellement les discussions s'annoncent complexes et acrimonieuses.

«Restons amis»

Ca ne sera «sûrement pas facile», a souligné le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, tout en lançant un «restons amis» à l'adresse de Londres. Le président français François Hollande a lui estimé que «ce sera douloureux pour les Britanniques» et que l'Europe sera «sans doute» amenée à avancer à «des vitesses différentes» désormais.

Dans sa lettre de divorce, longue de six pages, Mme May dit vouloir «travailler dur» pour arriver à un accord. Mais son appel à mener en parallèle des négociations sur le «futur partenariat» avec l'UE risque de déplaire à Bruxelles, où l'on cherche d'abord à régler le divorce avant de se pencher sur l'avenir.

L'Union européenne «agira de manière unie et préservera ses intérêts» dans les négociations, a indiqué le Conseil européen qui doit soumettre ses «orientations» pour les discussions aux dirigeants des 27 pays européens lors d'un sommet le 29 avril à Bruxelles. «Le chantier est si vaste que deux ans seront bien insuffisants», estime Catherine Barnard, professeur de droit européen à l'université de Cambridge, soulignant «qu'à chaque pierre soulevée, d'autres apparaissent».

D'autant qu'avant même leur démarrage «il y a déjà des blocages», constate Patricia Hogwood, professeur de politique européenne à l'université de Westminster, citant le dossier des citoyens européens au Royaume-Uni ou encore l'addition à payer pour la sortie ou l'accès au marché européen. Devant les députés, Mme May a assuré vouloir faire du sort des trois millions d'Européens vivant au Royaume-Uni une «priorité». Mais concernant la facture à payer, au titre notamment des programmes pour lesquels le Royaume-Uni s'est déjà engagé, les divergences persistent.

Désaccord sur la facture

Le gouvernement britannique «ne reconnaît pas les montants parfois très importants qui ont circulé à Bruxelles», a lancé le ministre des Finances Philip Hammond. Selon un haut responsable européen, la Commission européenne a évalué la note entre 55 et 60 milliards d'euros. Ces différends et la volonté de Bruxelles de signifier que le Royaume-Uni ne peut pas avoir de meilleur accord «en dehors qu'en dedans» de l'UE, pour éviter de donner des idées de sécession à d'autres pays, ouvre la perspective qu'il n'y ait pas d'accord du tout.

Mais pour les milieux économiques, ce serait le scénario du pire alors que le Royaume-Uni réalise la moitié de ses échanges avec l'UE. Pour le moment, l'économie se porte bien: la croissance du produit intérieur brut est restée solide à 1,8% en 2016 et pourrait atteindre 2% en 2017. Le déclenchement du Brexit mercredi, événement prévu, n'a pas ému les marchés. Mais les investissements pourraient se détourner du pays.

Au plan intérieur, Mme May devra gérer le mécontentement des Britanniques qui ont voté contre le Brexit et dont certains promenaient mercredi son effigie en carton-pâte devant le Parlement pour dénoncer son manque d'écoute à leur égard.

Plus au nord, l'Ecosse menace de faire sécession: son Parlement régional a voté mardi en faveur d'un nouveau référendum d'indépendance après celui de 2014, arguant que les Ecossais ont voté à 62% pour rester dans l'UE.

Mais selon un sondage YouGov publié mercredi, 44% des Britanniques interrogés ne regrettent pas le Brexit (contre 43% qui le regrettent) tandis que seuls 21% veulent que le gouvernement fasse machine arrière.

(20 minutes/afp)

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