Diplomatie - L’ONU réclame l’application du plan de l’Asean en Birmanie
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DiplomatieL’ONU réclame l’application du plan de l’Asean en Birmanie

Depuis le coup d’État militaire du 1er février en Birmanie, le Conseil de sécurité de l’ONU aura adopté quatre déclarations, avec celle de ce vendredi.

Près de 760 civils sont tombés sous les balles de la police et de l’armée ces trois derniers mois en Birmanie.

Près de 760 civils sont tombés sous les balles de la police et de l’armée ces trois derniers mois en Birmanie.

AFP

Le Conseil de sécurité de l’ONU a réclamé vendredi dans une déclaration unanime l’application du plan de l’Asean en cinq points en faveur notamment d’une «cessation immédiate de la violence en Birmanie», un texte adouci à la demande de la Chine et de la Russie.

Ce plan, qui prévoit aussi la nomination d’un émissaire de l’Association des nations d’Asie du sud-est (Asean), doit être appliqué «sans délai», précise le Conseil dans sa déclaration initiée par le Royaume-Uni. Faisant suite à une réunion à huis clos dans la matinée, ce texte a nécessité pour les Occidentaux de faire des concessions à l’égard de Pékin et Moscou.

Ces derniers ont réclamé et obtenu la suppression d’une mention dans un premier projet de texte obtenu par l’AFP, dans laquelle le Conseil condamnait «à nouveau fermement la violence contre des manifestants pacifiques» et exigeait des «militaires la plus grande retenue».

«Très progressif»

«Ce qu’il faut éviter, c’est de perdre l’unité du Conseil au point de le mettre hors-jeu. C’est de la dentelle, c’est très progressif», explique un diplomate sous couvert d’anonymat en reconnaissant l’obligation de plier devant la Chine, premier soutien de la Birmanie, pour la garder dans le consensus international.

Depuis le coup d’État militaire du 1er février, le Conseil de sécurité aura adopté quatre déclarations en incluant celle de ce vendredi, toutes amoindries lors des négociations par Pékin. La réunion vendredi avait été convoquée par le Vietnam afin de présenter les conclusions du récent sommet en Indonésie de l’Asean.

La déclaration adoptée encourage une visite en Birmanie de l’émissaire de l’ONU, la Suisse Christine Schraner Burgener, «aussitôt que possible». En tournée dans la région, cette dernière a répété au Conseil de sécurité son appel à une position internationale collective pour espérer peser sur l’évolution de la situation, selon des diplomates.

«Action urgente»

Christine Schraner Burgener a aussi rendu compte d’un long entretien tenu en marge du sommet de l’Asean avec le chef de la junte birmane, le général Min Aung Hlaing. Selon des diplomates, elle a alors essuyé un nouveau refus de l’officier pour pouvoir se rendre en Birmanie. Vendredi, elle a indiqué au Conseil avoir émis la veille une nouvelle requête pour aller dans le pays.

Lors de la réunion, le gouvernement de Bruneï, président en exercice de l’Asean, a envisagé l’idée d’une visite conjointe en Birmanie de l’émissaire de l’ONU avec son futur homologue de l’Asean, selon un diplomate. «Nous estimons qu’il y a eu depuis février environ 20’000 personnes déplacées et près de 10’000 ont fui vers les pays voisins. Les implications régionales nécessitent une action urgente», a déclaré l’émissaire, selon des extraits de son intervention obtenus par l’AFP.

«L’aspiration commune à la démocratie a uni le peuple de la Birmanie malgré ses divisions religieuses, ethniques et communautaires comme jamais auparavant. Une telle unité forte a créé des difficultés inattendues pour les militaires dans la consolidation du pouvoir et la stabilisation après le coup d’État», a-t-elle estimé.

Près de 760 civils sont tombés sous les balles de la police et de l’armée ces trois derniers mois, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). La junte ne reconnaît que 258 morts au 15 avril, qualifiant les manifestants d’«émeutiers» se livrant à «des actes de terrorisme».

Aung San Suu Kyi entame un 4e mois de détention

Assignée à résidence, coupée du monde et inculpée à de multiples reprises, l’ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi entame samedi son quatrième mois en détention. La lauréate du prix Nobel de la paix 1991, en bonne santé même si elle a perdu plusieurs kilos d’après ses avocats, n’a pas été vue en public depuis son arrestation lors du coup d’État du 1er février contre son gouvernement.

Pressentant le passage en force des généraux, Aung San Suu Kyi, 75 ans, avait exhorté la population à «ne pas accepter» le putsch. Derrière les murs de la résidence de la capitale Naypyidaw où elle est assignée, l’ex-dirigeante est tenue à l’écart des agitations et des violences.

La junte n’a cessé d’intensifier son offensive judiciaire contre Aung San Suu Kyi. Elle est poursuivie pour six chefs d’accusation. Ses avocats ne sont pas autorisés à la rencontrer, ne pouvant la voir que lors de rares et brèves audiences judiciaires, et uniquement en visioconférence, très surveillées par les forces de sécurité selon eux.

(AFP)

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