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MaliL’otage franco-suisse Sophie Pétronin a été libérée

La présidence malienne a annoncé la libération de la septuagénaire prise en otage par des djihadistes il y a 4 ans ainsi que celle de Soumaïla Cissé, une haute personnalité malienne.

Sophie Pétronin, dernière otage française dans le monde, a recouvré la liberté au Mali en même temps qu’un prêtre et un jeune italiens ainsi que l’homme politique malien Soumaïla Cissé, après des mois voire des années de détention aux mains présumées des djihadistes, ont annoncé les autorités maliennes jeudi.

Des images tournées à l’aéroport de Bamako et diffusées sur les réseaux sociaux montrent le fils de Sophie Pétronin, Sébastien Chadaud, arrivé mardi au Mali, tomber dans les bras de sa mère à la descente de l’avion, ainsi que Soumaïla Cissé faire de même avec des proches.

L’otage franco-suisse Sophie Pétronin a été libérée (archives).

L’otage franco-suisse Sophie Pétronin a été libérée (archives).

KEYSTONE/AP Militant Video

Leur libération qui met fin à une longue épreuve parachève une opération dont la genèse, le déroulement mais aussi les implications sont entourés de vastes zones d'ombre. Elle a été menée à bien sous un gouvernement malien de transition installé depuis seulement quelques jours par les nouveaux maîtres militaires de Bamako, sans qu’apparaisse clairement le rôle qu’aurait joué ce changement politique pour débloquer la situation après des années d’efforts.

Prisonniers libérés

Elle a coïncidé avec la libération de plusieurs dizaines de prisonnniers que des responsables maliens s’exprimant sous le couvert de l’anonymat ont présentés comme des djihadistes, mais dont l’identité et le profil n’ont pas été divulgués.

Après quatre jours d’informations, de rumeurs et de confusion, la présidence malienne a rompu en début de soirée le silence observé par les autorités de Bamako, mais aussi de Paris. Elle «confirme la libération de M. Soumaïla Cissé et Mme Sophie Pétronin. Les ex-otages sont en route pour Bamako», a-t-elle indiqué sur Twitter.

Sophie Pétronin et Soumaïla Cissé ont embarqué dans un avion à Tesssalit, ville du vaste nord proche de la frontière algérienne, avant de retrouver les leurs à Bamako.

Un roc

«Mon cœur de fils est comblé, il est rempli, il déborde», a dit Sébastien Chadaud à France 24 peu avant les retrouvailles. «Ma petite maman, dans quelques minutes, je vais pouvoir la serrer dans mes bras et pouvoir m’occuper d’elle enfin, après quatre ans». «J’avais des infos qu’elle était dans une santé, correcte on va dire, et ça m’a été confirmé. Donc, voilà, on est plus rassurés, maintenant on va pouvoir s’occuper d’elle et puis essayer de la retaper. Mais ma mère c’est un roc, je suis sûr qu’elle va se remettre», a-t-il ajouté.

Peu après le tweet de la présidence malienne, le gouvernement malien a annoncé dans un communiqué la libération des Italiens Nicola Chiacchio et Pier Luigi Maccalli. Singulièrement, le gouvernement a indiqué que la libération des quatre otages remontait à mardi. Jamais les noms de Nicola Chiacchio et Pier Luigi Maccalli n’étaient apparus jusqu’alors comme en passe de recouvrer la liberté.

Depuis mardi, jour où des informations non officielles sur une libération imminente de Sophie Pétronin et de Soumaïla Cissé avaient commencé à circuler, une multitude de questions restent en suspens. Entre dimanche et mardi, selon des responsables maliens, environ 200 prisonniers avaient été libérés des prisons maliennes, et certains acheminés en avion à Tessalit.

Tourmente sahélienne

En la personne des quatre otages, ce sont quatre trajectoires distinctes qui se sont retrouvées prises dans la tourmente sahélienne. Sophie Pétronin, 75 ans, avait été enlevée le 24 décembre 2016 à Gao (nord du Mali), où elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d’aide à l’enfance.

Pier Luigi Maccalli, installé depuis onze ans au Niger, avait été enlevé en 2018 à son domicile de Bamoanga (sud-ouest du Niger), proche du Burkina Faso. Il est apparu pour la première fois dans une vidéo tournée en mars 2020, en compagnie d’un compatriote, Nicola Chiacchio, a indiqué un journal privé nigérien. Nicola Chiacchio, jusqu’alors inconnu, a été présenté par les médias comme un jeune homme ayant disparu dans le nord du Mali en février 2019 alors qu’il voyageait à vélo.

Quant à Soumaïla Cissé, 70 ans, deuxième à trois reprises de l’élection présidentielle, il avait été enlevé le 25 mars alors qu’il faisait campagne pour les élections législatives dans la région de Tombouctou (nord-ouest).

Le combat continue

Tous étaient aux mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), alliance de groupes djihadistes affiliée à Al-Qaïda, selon le gouvernement malien.

Le président français Emmanuel Macron a indiqué avoir «appris avec un immense soulagement la libération» de Sophie Pétronin, selon un communiqué de l’Élysée. «À sa famille, à ses proches, j’adresse un message de sympathie. Aux autorités maliennes, merci. Le combat contre le terrorisme au Sahel se poursuit», a tweeté quelques minutes plus tard Emmanuel Macron.

Les proches de Sophie Pétronin, inquiets pour sa santé, n’ont cessé de presser Emmanuel Macron et le gouvernement français d’accepter de négocier avec les ravisseurs.

«Le père Pierluigi Maccalli et Nicola Chiacchio, kidnappés en Afrique entre 2018 et 2019, sont libres et rentrent en Italie», a tweeté le premier ministre Giuseppe Conte.

Soumaïla Cissé, ancien ministre et chef de l’opposition parlementaire, est quant à lui la personnalité nationale la plus éminente kidnappée au Mali depuis que les rébellions indépendantistes et djihadistes de 2012 ont plongé le pays dans une crise sécuritaire profonde.

La spirale des violences a causé, avec les tensions intercommunautaires, des milliers de morts civils et militaires, malgré le déploiement de forces françaises et internationales, et s’est propagée au Burkina Faso et au Niger voisins. Avec ces libérations, les nouvelles autorités de la transition peuvent se prévaloir d’une réussite spectaculaire, même si les détails de l’opération, l’identité des dizaines de prisonniers libérés et les répercussions sur les relations entre le pouvoir et le GSIM restent à établir.

De longues années au service des enfants du Mali

Sophie Pétronin, 75 ans était installée depuis près de 20 ans au Mali. Elle y dirigeait une ONG venant en aide aux enfants souffrant de malnutrition. Née à Bordeaux le 7 juillet 1945, Sophie Pétronin avait eu «un déclic» en 1996 en se rendant avec une amie à Gao, à 1200 km au nord-est de la capitale malienne Bamako, raconte son fils Sébastien Chadaud-Pétronin dans un article publié sur le site de son comité de soutien.

Là, elle «constate à quel point le peuple du nord est démuni», même s’il est «accueillant, très hospitalier, plein de générosité, de respect et de tolérance», ajoute le site internet de l’Association d’Aide à Gao (AAG) qu’elle avait fondée et dirigeait.

Après une jeunesse dans le Sud-Ouest, cette laborantine de profession était partie dans les années 1970 travailler à Annemasse (sud-est de la France) puis en Suisse. En 2000, elle suit une formation médicale, tout spécialement en médecine tropicale, avant de s’installer définitivement l’année suivante à Gao où elle dirige un centre d’accueil pour orphelins.

«C’était une femme très intégrée dans la population dont elle parle le dialecte», dit son neveu Lionel Granouillac. «Elle se sentait en sécurité, elle avait foi en ce qu’elle faisait», ajoute celui qui est trésorier du comité de soutien près de Bordeaux. Facilement repérée dans sa petite voiture rouge, «on l’appelait ‹maman Sophie’. Elle distribuait des denrées alimentaires. Les parents venaient la consulter. Elle a sauvé des centaines d’enfants», dit-il.

Sophie Pétronin était néanmoins consciente du danger. «Le risque d’attentat et d’enlèvement visant les Occidentaux est toujours très élevé dans tout le Mali. Nous devons redoubler de prudence», écrit-elle dans un rapport 2016 de son association. Alors que le nord du Mali tombe au printemps 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda, l’humanitaire échappe de justesse en avril à des islamistes armés qui avaient pris pendant plusieurs mois le contrôle de Gao. Elle est exfiltrée vers l’Algérie grâce à l’aide de rebelles touaregs, rentre quelques semaines en France dans une maison de famille du sud de la France puis repart au Mali.

«Elle disait que ce n’était pas simple sur place mais que ça allait», affirmait son époux Jean-Pierre Pétronin au lendemain de l’enlèvement de la septuagénaire par des hommes armés, le 24 décembre 2016. «C’est quand même dingue d’en arriver là, après tout ce qu’elle a fait ces dernières années à Gao pour les enfants de 0 à 4 ans. Mais les terroristes, eux, s’en moquent», ajoutait-il alors.

(ATS/NXP)

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