Actualisé 03.09.2019 à 12:51

Mort d'Anthoine HubertLouis Delétraz: «Cela nous remet les pieds sur terre»

Le Genevois se trouvait en piste lors du GP de Formule 2 de Spa lorsque Anthoine Hubert s'est tué juste derrière lui. Il n'est pas prêt d'oublier...

de
Christian Maillard

Louis Delétraz n'oubliera jamais ce week-end à Spa.

Louis Delétraz, comment avez-vous passé la nuit après ces grosses émotions?

Je pense que la pire des nuits, je l'ai passée samedi soir, car après les choses commencent à se poser. On commence à comprendre. Enfin quand je dis comprendre, pas vraiment. Maintenant, on pratique tous un sport dont on sait qu'il est dangereux. Mais c'est notre passion et on oublie qu'il peut y avoir des drames. Cela faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu d'accident mortel: depuis 2014 avec Jules Bianchi, en Formule 1.

Mais pour vous, c'était la première fois?

Oui, la première fois que je perdais, dans le sport, quelqu'un d'aussi proche. On était vingt au départ et nous ne serons plus que dix-neuf! Et cela aurait très bien pu être n'importe lequel de nous à sa place. Du coup, on cogite, on gamberge. J'ai mal dormi. Parce que, c'est vrai, j'ai eu beaucoup de chance. C'est d'autant plus dur qu'Anthoine je le connaissais bien. Mais également toute sa famille, sa maman, son frère. Pour eux j'ai vraiment de la peine à imaginer leur souffrance...

Et là, depuis samedi, y a-t-il encore des images qui passent dans votre tête?

Déjà, comme je me trouvais deuxième au moment du drame, je n'ai pas vu l'accident en direct. Mais je suis malheureusement tombé sur des vidéos que je regrette d'avoir vues sur les réseaux sociaux. Je ne souhaite d'ailleurs plus les revoir. La violence du crash était vraiment inouïe, on n'avait paraît-il plus connu un tel carnage depuis une bonne vingtaine d'années. Malgré la sécurité des voitures, c'était impossible qu'il s'en sorte. Voilà, les images qu'il me reste. Mais c'est quand je suis arrivé chez moi, dimanche, que j'ai eu un nouveau choc. Je me suis dit que lui n'était pas rentré, qu'il n'allait plus revoir sa maman. Cela nous remet les pieds sur terre, c'est une douche froide!

Votre maman, Anne, justement. Comment a-t-elle réagi lorsque vous l'avez retrouvée?

J'ai beaucoup de chance car elle m'a toujours soutenu dans ce que je voulais faire. Comme je disais, des accidents comme celui-là cela n'arrive pratiquement jamais. Il n'y en a pas tous les week-ends, mais maintenant on sait que cela peut se produire. Elle a forcément été choquée, car Anthoine elle le connaissait aussi depuis que nous avions commencé ensemble la compétition en Formule 4, en 2014. Mes parents s'étaient noué aussi d'amitié avec les siens et se voyaient régulièrement. C'est d'autant plus affreux pour ma mère que cela aurait très bien pu être moi qui ne rentre pas à la maison dimanche soir. Elle a certainement eu très peur...

La passion grâce aux victoires de papa

Objectif F1: épisode 2 - Avant le Grand Prix de Catalogne, notre «web série» plonge dans la relation très forte qui unit Louis et Jean-Denis Delétraz, ancien pilote de F1.

Votre père, Jean-Denis, qui a été pilote avant vous, sait lui aussi ce que vous vivez actuellement, n'est-ce pas?

Oui et il a dit quelque chose de fort. A l'époque des collègues du paddock lui disaient qu'ils arrêtaient la compétition car ils en avaient marre de perdre entre cinq et six amis par an. Car il est vrai que du temps où il courait, c'était une chose courante de mourir dans une voiture. Maintenant heureusement que ce n'est plus le cas, que cela n'arrive plus aussi fréquemment. Cela ne l'a pas empêché d'être triste pour Anthoine et ses parents, comme si ce drame, qui n'aurait jamais dû se passer, m'était arrivé à moi.

Le prochain Grand-Prix c'est déjà le week-end prochain à Monza. Comment allez-vous faire pour oublier et remonter dans un bolide?

On oublie pas, on ne va jamais l'oublier. Anthoine était un ami. Dimanche on a annulé la course car certains pilotes ne se sentaient pas assez forts pour se remettre en piste. C'est une décision que j'ai respectée, même si personnellement j'aurais pu m'élancer pour lui. C'est ce qu'il aurait voulu. On va reprendre le volant à Monza car Anthoine, qui se battait pour aller en F1, n'aurait pas voulu que le championnat s'arrête pour lui. Tout le monde va venir en Italie avec Anthoine dans la tête.

Il faut être fort mentalement pour repartir, non?

Je ne sais pas si tous les pilotes sont comme moi, mais ce drame nous a beaucoup rapprochés. On a passé passablement de temps ensemble sur le circuit, de quoi enlever tous les ego et la concurrence. Anthoine est mort en faisant quelque chose qu'il aimait, en pratiquant sa passion. C'est horrible à dire mais il faut continuer pour lui. C'est mon sentiment. Je ne suis pas le seul dans ce cas, on va tous vouloir gagner pour lui, ses proches et les autres.

Au-delà des émotions qui seront fortes, vous qui êtes 9e au classement des pilotes, avez besoin d'un bon résultat à Monza...

Oui mais je n'ai pas eu une saison facile en raison de gros problèmes techniques. Mais ai-je le droit de me plaindre de mes résultats avec ce qui s'est passé samedi? Encore une fois, il s'agit de remettre les pieds sur terre car parfois on a tendance à se prendre la tête pour des choses futiles. Je vais juste faire de mon mieux pour Anthoine.

Objectif F1

20 minutes suivra pendant toute la saison Louis Delétraz, pilote genevois de Formule 2 qui court pour l'écurie britannique Carlin Motorsport. Le sportif de 21 ans réalisera-t-il son objectif de monter dans une Formule 1 en 2020? Bilan en décembre. Retrouvez les moments forts de sa saison sur nos plateformes. Au menu: présentations du pilote, vidéos inédites, interviews, résultats des courses, etc.

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