Actualisé 17.05.2016 à 19:13

Yverdon-les-Bains (VD)«Ma chienne est devenue ma compagne»

Un quinquagénaire suisse est poursuivi depuis mardi pour viols et séquestrations sur son ex-compagne. L'homme se dit désormais dégoûté des femmes.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Le verdict du Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord Vaudois est attendu à la fin de cette semaine.

Le verdict du Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord Vaudois est attendu à la fin de cette semaine.

photo: Kein Anbieter/Christian Brun

Affaire délicate que celle traitée depuis mardi par le tribunal d'Yverdon et dont le verdict est attendu avant samedi. Un quinquagénaire suisse, déjà condamné à deux reprises pour des affaires de viol, est accusé par son ex-compagne pour des faits similaires et plusieurs cas de séquestration.

Les faits reprochés remontent à 2010. Le couple avait une relation sentimentale toxique où les ruptures violentes étaient suivies de retrouvailles torrides et de déclarations d'amour enflammées de la femme. Très empruntée et en larmes, la plaignante dit avoir été «violée, violentée, séquestrée et menacée de mort» à plusieurs reprises par son ex-compagnon. Mais pourquoi donc revenait-elle retrouver celui qu'elle accuse d'être son bourreau? La question est revenue plusieurs fois. «Il me présentait des excuses et promettait de changer», a-t-elle répondu, avec beaucoup de gêne. Entendue comme témoin, une psychologue a expliqué que ce fonctionnement d'apparence illogique est un classique: «Dans un cycle de violence, la victime retourne facilement chez l'auteur manipulateur en croyant que la situation va changer.» Boucle d'oreille et tatouages à la main, l'accusé conteste les déclarations de son ex-compagne.

«Si elle ment, sa place est au Festival de Cannes»

Mais, tout comme la psy, le procureur Patrick Galeuchet, qui a requis 4 ans de prison et un traitement psy en ambulatoire, ne doute pas de la crédibilité des accusations de la femme. «Elle est mal et va mal. Sa vie est suspendue à l'attente d'un jugement. Si ce qu'elle dit n'est pas vrai, sa place n'est pas ici mais au Festival de Cannes», a soutenu le magistrat. «Il y a de quoi s'interroger sur le fait qu'elle soit revenue au moins à trois reprises retrouver son agresseur sexuel sur les lieux où elle a été prétendument violée plusieurs fois. Une femme violée ne passe pas le reste de la nuit avec son agresseur dans le même lit», a plaidé Me Paul-Arthur Treyvaud. Pour lui, «l'intensité de l'amour que la femme avait pour son compagnon est à la mesure de sa déception et de son envie de vengeance».

«Il va détruire d'autres femmes»

Selon l'avocat yverdonnois, la plaignante profite des condamnations antérieures de son client pour tenter de l'enfoncer. Me Jean Lob rejette tout esprit revanchard. Il en veut pour preuve que sa cliente ne réclame même pas de pension alimentaire à l'accusé. Quant au comportement incohérent de la femme durant les faits, il l'explique par une sorte de relation de sujétion. «Elle était possédée et envoûtée. Elle n'arrivait pas à s'en détacher. Il en a profité et l'a détruite», a clamé le doyen des avocats vaudois. «Comme il a détruit d'autres femmes avant elle et comme il risque d'en détruire d'autres», a poursuivi Me Jean Lob. Avant d'ajouter que sa cliente est désormais «dans l'incapacité de nouer une nouvelle relation avec un homme».

Une enfance bousillée

Condamné à sept reprises, l'accusé dont l'enfance a été assombrie par des placements du SPJ marqués par des viols et des sévices corporels, ne fait pas dans la poésie. Interpellé sur le fait que son ex-compagne était maman d'un enfant dont il est le père, il a répondu avec aplomb que sa paternité était seulement «technique». Et pour signifier au Tribunal jusqu'à quel point les femmes le dégoûtent à présent, il a déclaré avec ironie: «Ma chienne est devenue ma compagne».

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!