«Ma mère se noyait dans la souffrance»

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«Ma mère se noyait dans la souffrance»

GENEVE. Le procès de la quinquagénaire russe qui a tué son mari va durer trois jours. Ses
avocats plaident son irresponsabilité.

Elle semble plus fragile que la «Jeune fille à la perle» de Vermeer. Le visage diaphane, Anna (prénom fictif), semble absente de son procès. Entend-elle seulement l'évocation de cette soirée de décembre 2003, lorsqu'elle a drogué son époux avant de lui planter 40 coups de couteau? Ses deux fils sont venus témoigner. L'aîné (30 ans) se souvient de sa mère, qui se «noyait dans la souffrance», ayant appris la relation extraconjugale de son mari et la naissance du futur enfant de sa jeune maîtresse moscovite. «Je lui avais conseillé d'entamer une procédure de divorce. Mon père ne voulait rien savoir. La seule chose qui l'intéressait, c'était son travail. Une véritable drogue.» Dépressive, sous l'influence des médicaments et de l'alcool, Anna restait seule la plupart du temps dans sa grande maison de Cologny, pendant que son époux partait en voyage d'affaires. «Lorsqu'il était absent, elle était comme une plante qui se laisse mourir. Quand il revenait, elle revivait, lui faisait la cuisine. Ils sortaient dîner au restaurant, allaient jouer au casino.» Anna ne relèvera le visage que trois fois. Pour tomber en pleurs dans les bras de ses enfants. Une fois aussi pour regarder la maîtresse de son mari. Tout l'enjeu du procès est de savoir si, au moment des faits, Anna se trouvait dans un état d'irresponsabilité totale ou non. La bataille des experts a commencé.

Valérie Duby

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