Elections en Ethiopie - Majorité écrasante pour le parti du Premier ministre 
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Elections en EthiopieMajorité écrasante pour le parti du Premier ministre

La formation d’Abiy Ahmed, le Parti de la Prospérité, a remporté 400 sièges sur 436 lors des élections parlementaires.

 Le Premier ministre se félicite des résultats d’élections «historiques».

Le Premier ministre se félicite des résultats d’élections «historiques».

REUTERS

Le parti au pouvoir en Ethiopie a remporté une majorité écrasante des sièges lors des récentes et cruciales élections parlementaires, a annoncé samedi la commission électorale, ouvrant la voie à un nouveau mandat pour le Premier ministre Abiy Ahmed.

Le Premier ministre Abiy Ahmed s’est félicité samedi soir des résultats des élections «historiques».

«Ces élections seront considérées comme historiques», a déclaré M. Abiy dans un communiqué publié sur Twitter, ajoutant que son parti était «heureux d’avoir été choisi par la volonté du peuple pour administrer le pays».

Obtenir l’onction populaire

Le 21 juin, M. Abiy s’est présenté pour la première fois devant les électeurs depuis sa nomination en 2018, à la suite d’une vague de manifestations antigouvernementales qui avait secoué le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.

Lauréat du prix Nobel de la paix en 2019, le Premier ministre souhaitait obtenir l’onction populaire qui lui faisait défaut pour mener les réformes politiques et économiques en cours, mais aussi les opérations militaires comme celle qui dure depuis huit mois au Tigré (Nord), où les massacres et le spectre grandissant de la famine ont terni son image réformatrice.

Selon des résultats annoncés samedi soir par la commission électorale au terme de plus de cinq heures de cérémonie officielle devant un parterre d’invités, le Parti de la Prospérité (PP) a obtenu plus de 400 des 436 sièges pour lesquels le vote a eu lieu.

Cependant, des documents transmis par la commission, et qui prêtaient à confusion, ont ensuite précisé qu’il faudra procéder à un nouveau vote pour 10 circonscriptions et à un recomptage pour 3 d’entre elles.

Avec ces élections, promises comme les plus démocratiques de l’histoire du pays, M. Abiy entendait trancher avec les précédents scrutins, marqués par la répression et par des scores soviétiques.

En 2010 et 2015, la coalition alors au pouvoir et ses alliés avaient ainsi raflé tous les sièges.

En 2005, un scrutin plus ouvert avait permis à l’opposition de progresser mais la contestation des résultats avait conduit à une sanglante répression contre les manifestants.

Cette fois, le vote a été reporté deux fois – en raison de la pandémie de coronavirus, puis pour accorder plus de temps à la commission électorale, confrontée à des défis logistiques.

Malgré ce délai, le vote n’a pas eu lieu dans environ un cinquième des 547 circonscriptions du pays, en raison de ces problèmes logistiques ou des violences à caractère ethniques, qui se sont aggravées sous M. Abiy.

La majorité des circonscriptions manquantes doivent voter le 6 septembre.

Mais aucune date n’a été fixée pour le Tigré, où l’opération de «maintien de l’ordre» lancée par M. Abiy en novembre pour destituer les autorités régionales dissidentes a dégénéré en un conflit dévastateur. Face à une contre-offensive des rebelles, le gouvernement y a cependant déclaré un cessez-le-feu fin juin.

Dans certaines régions, qui pourtant votaient, la campagne électorale a été presque invisible, étouffée par un environnement hostile.

En région Oromia, la plus peuplée du pays et où M. Abiy est né, d’importants partis d’opposition comme le Congrès fédéraliste oromo (OFC) et le Front de libération oromo (OLF) ont boycotté le scrutin, dénonçant l’arrestation de certains de leurs candidats ou la mise à sac de leurs bureaux.

La Commission éthiopienne des droits humains (EHRC), un organisme indépendant mais rattaché au gouvernement, a estimé dans un rapport préliminaire qu’il n’y avait pas eu de «violations massives, généralisées et systématiques» des droits lors des élections.

Mais elle a relevé dans certaines circonscriptions des «arrestations inappropriées», des intimidations et des «harcèlements» d’observateurs et de journalistes, avant et après le vote.

En région Oromia, l’EHRC a également constaté «plusieurs meurtres» dans «les jours précédant le vote».

Le Mouvement national pour l’Amhara, un parti d’opposition, a déposé plusieurs plaintes auprès de la commission électorale.

«Beaucoup de nos observateurs ont été frappés et chassés par des milices du parti au pouvoir», a déclaré à l’AFP Dessalegn Chanie, un membre du parti.

Pour Addisu Lashitew, analyste à la Brookings Institution à Washington, une représentation même faible de l’opposition au Parlement constituerait un progrès, qui pourrait diminuer les risques d’instabilité.

«Les gens, notamment la jeunesse, ont besoin d’être entendus donc ils devraient avoir voix au chapitre dans le processus politique», même si leur influence effective reste faible, dit-il.

Des opposants impliqués dans le jeu politique sont moins susceptibles de se «radicaliser» ou d’encourager un mouvement de manifestations de grande ampleur, a souligné cet expert.

(AFPE)

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