Le procès de la sous-traitance sauvage repoussé à Genève
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GenèveMaladie surprise, vidéo étrange et procès repoussé 

Le procès de la sous-traitance sauvage dans le bâtiment n’aura pas lieu. Le prévenu affirme avoir été hospitalisé en urgence, au Kosovo. 

par
Jérôme Faas
Sur le compte Facebook du prévenu a été postée, ce lundi matin, une vidéo d’un restaurant en Albanie.

Sur le compte Facebook du prévenu a été postée, ce lundi matin, une vidéo d’un restaurant en Albanie.

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Ce lundi matin, une vidéo a été postée sur le compte Facebook de A. Y figurent des images du «Swiss bar restorant newborn», avec cette phrase en albanais: «Bonjour de Rubik city» – une petite ville d’Albanie. La séquence est anodine, à ceci près que A. était attendu au même moment au Tribunal correctionnel de Genève, où il devait faire face à dix-neuf chefs d’accusation; et que pour justifier son absence, l’homme a argué avoir été victime, dimanche, d’une crise cardiaque nécessitant son hospitalisation à Pristina, au Kosovo. Sa femme a fait parvenir à ses avocats des documents censés l’attester.

Les syndicats voulaient en faire un exemple

Il faudra donc attendre l’automne, au mieux, pour que le procès se déroule: le tribunal a choisi de le repousser, contre l’avis du Ministère public, dans l’espoir de pouvoir entendre A. Ses explications sont très attendues, en particulier du syndicat SIT, qui traque l’homme depuis des années et l’a érigé en symbole de la sous-traitance sauvage qui vérole le secteur du bâtiment genevois. A. est ainsi accusé d’avoir - en sa qualité d’administrateur de la société Multisol chapes SA, en faillite depuis 2018 – multiplié les infractions, tout en continuant à obtenir des mandats de diverses entreprises générales de la place.

Vendredi, le syndicat diffusait ainsi un communiqué où il interrogeait: «Politiques des petits copains ou irresponsabilité totale des entreprises et des maîtres d’ouvrage public? Le SIT répond: les deux mon général!» Et de réclamer qu’«un verdict exemplaire» soit rendu contre celui que le parquet accuse notamment d’incitation au séjour illégal, d’emploi d’étrangers sans autorisation, de détournement de retenues sur salaire, de non-paiement de cotisations sociales, de gestion déloyale, de diminution effective de l’actif au préjudice des créanciers, de violation de l’obligation de tenir une comptabilité et d’infraction à la Loi de procédure fiscale.

Violences conjugales et armes

Le reste de l’acte d’accusation fait froid dans le dos et accrédite la thèse des «méthodes mafieuses» que n’a de cesse de dénoncer le SIT. A. est ainsi suspecté d’avoir orchestré le violent passage à tabac d’un compatriote par les videurs de la boîte de nuit qu’il gérait aux Pâquis; il aurait aussi frappé et menacé de mort à de multiples reprises sa compagne; et il possédait diverses armes sans autorisation, trouvées au fil des perquisitions: deux pistolets, des munitions, deux couteaux, un taser, un poing américain et une matraque télescopique.

«Il n’a aucune intention de se présenter»

Pour la procureure Sophie Brocco, remettre à des jours meilleurs le procès de A. ne se justifie pas. «Il ne se présente pas aux convocations du service de probation depuis des mois. Il a déjà servi l’excuse du Covid pour faire annuler l’audience prévue en mars. Le 2 juin, il a demandé un nouveau report des débats. Il n’a de cesse de jouer la montre et de disparaître. Il n’a rien à faire au Kosovo et en Albanie. A. n’a aucune intention de se présenter à la justice, ni aujourd’hui, ni jamais. Il attend simplement de voir s’il pourra être extradé.» Ses avocats, Mes Ioana Balas et Michael Lepper, affirment au contraire s’être entretenus avec lui en fin de semaine passée («il nous a assuré qu’il serait présent») et soulignent que l’on ignore si c’est bien lui qui gère ses réseaux sociaux. Le procès de la sous-traitance sauvage qu’espéraient tant les syndicats attendra.   

   

    

    

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