Actualisé 06.09.2019 à 14:33

Lausanne

Malaise au moment de signaler un cas de violence

Appeler la police parce qu'on entend des bruits inquiétants chez ses voisins peut provoquer des inquiétudes. Si l'anonymat est garanti en théorie, il l'est moins en pratique.

de
Pauline Rumpf
AFP

Les violences domestiques et féminicides trop fréquentes en Suisse font actuellement les Unes de la presse et font leur entrée dans l'agenda des autorités. Pourtant, au moment de signaler un cas aux forces de l'ordre, les témoins peuvent se sentir très mal à l'aise, voire insuffisamment protégés. C'est arrivé la semaine dernière à Lausanne.

«Dimanche, vers 10h du matin, j'entends des cris d'une femme hors d'elle, venant de l'immeuble en face, raconte Célia*. Les voisins se penchent à la fenêtre, alertés. J'entends des coups sourds, comme des objets lancés à travers l'appartement. C'est violent, impressionnant. J'attends 15 minutes, pour voir si ça diminue... mais non. J'appelle la police.» Cette jeune femme a bien réagi, selon les conseils de la police qui invite à signaler un cas dès que l'on a un doute. Mieux vaut appeler une fois de trop que l'inverse.

Anonymat accordé d'office, mais...

Mais l'inquiétude la prend. «Je ne veux pas que la situation se retourne contre moi, reprend Célia. Je ne veux pas être agressée par ceux que je signale, ni passer pour une curieuse qui ne supporte pas d'être dérangée. Je ne suis pas du tout à l'aise à l'idée de me mêler de l'intimité d'un couple que je ne connais pas. Je demande donc de rester anonyme. On me répond que ça ne pose aucun problème.» En effet, l'anonymat est accordé d'office par la police, confirme son porte-parole Raphaël Pomey. Il est assuré «en ne diffusant pas le nom des personnes en question».

Malgré cette assurance, Célia ne se sent pas protégée. Elle raconte par exemple que pour reconnaître les lieux, les agents ont passé de longues minutes sur son balcon, faisant des signes et se rendant largement visibles de tout le quartier, malgré ses demandes répétées de discrétion. «Pourtant, ils continuaient à m'assurer que les personnes concernées ne sauraient pas qui avait donné l'alerte.»

Un temps précieux

Sans entrer dans les détails de l'intervention, Raphaël Pomey rappelle que le temps est précieux dans ce genre de cas, et que cela dicte la marche à suivre des intervenants. Il ajoute que se rendre chez les gens pour un repérage n'est pas systématique non plus. Face au malaise de cette citoyenne, le porte-parole refuse de parler de désinvolture. Ce qui ressort de l'intervention reste confidentiel, mais il assure que les agents ont mené leur action jusqu'à son terme, selon la procédure habituelle, et avec sérieux.

Quant aux griefs visant le comportement des agents, la police lausannoise dispose d'un «officier déontologie et qualité», qui peut être sollicité par le public. Celui-ci peut mettre en discussion les différentes perceptions autour d'une intervention, quand les faits reprochés aux agents ne sont pas de nature pénale. «Nous sommes en quête constante d'amélioration et nous accueillons volontiers les avis et critiques constructifs», conclut Raphaël Pomey.

*Prénom d'emprunt

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