Genève – Malgré le choc du Covid, l’économie a tenu le coup
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GenèveMalgré le choc du Covid, l’économie a bien tenu le coup

Une étude décrit les effets de la pandémie sur les acteurs économiques du canton et tente d’en tirer les leçons, en vue d’une possible nouvelle crise.

par
David Ramseyer
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«Les effets de la crise sanitaire ont été sévères, mais les indicateurs permettent d’envisager l’avenir avec plus de sérénité et un relatif optimisme, selon Vincent Subilia, directeur général de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG). L’économie genevoise a montré une résilience sans précédent.» Dévoilée mardi, une étude conjointe avec la Banque cantonale de Genève (BCGe) et l’Office cantonal de la statistique a évalué l’impact de la pandémie sur la marche des affaires, et les enseignements qui peuvent en être tirés.

Bonnes conditions cadre

Constat général: malgré l’ampleur du choc, «Genève s’en sort plutôt bien», ont souligné les auteurs du rapport, Sylvain Weber et Giovanni Ferro Luzzi, professeurs à la Haute école de gestion et à l’Université de Genève. «Le tissu économique diversifié au bout du lac a fait la force du canton, avec des secteurs moins touchés que d’autres, comme la finance, les pharmas ou le négoce.»

Les politiques publiques ont aussi joué leur rôle. «La loi relative au frein à l’endettement a par exemple permis de constituer des réserves qui ont été utilisées pour aider les entreprises», a précisé Sylvain Weber. Les soutiens étatiques ont aussi rempli leur mission (cf. encadré), «même s’ils ont artificiellement maintenu certaines entreprises à flot, a objecté Giovanni Ferro Luzzi. Y aura-t-il un rattrapage et donc des faillites, par exemple? C’est à voir.»

Plus autant de ressources

Ces mesures ont en tout cas fait leurs preuves et l'expérience acquise permettra sans doute de les réactiver encore plus efficacement, en cas de besoin. Même chose pour le télétravail, auquel les acteurs économiques sont aujourd’hui mieux préparés, a relevé l’étude.

Pas question de s’emballer, cependant. L’hôtellerie-restauration reste notamment très fragile, la récente annulation de la réunion ministérielle de l’OMC l’a montré. «La facture finale est très salée, on ne peut se permettre le luxe de crises à répétition. Tout doit être fait pour endiguer la pandémie», a plaidé Vincent Subilia. Si un nouveau crash devait survenir, Sylvain Weber prévient: «Dans l’urgence, les aides ont arrosé beaucoup de monde. Mais à l’avenir, avec des réserves amoindries, il faudra plutôt cibler les entreprises capables de résister au choc.»

Des aides salvatrices

La rapidité et l’ampleur des soutiens étatiques (les RHT – les réductions d’horaire de travail, dont 25% de la population active genevoise a bénéficié - les crédits Covid et les aides aux cas de rigueur) ont sauvé des milliers de places de travail, ont assuré les auteurs de l’étude. L’hôtellerie-restauration a été l’un des secteurs principalement concernés par ces aides, auxquelles la finance, les banques ou encore les assurances ont au contraire peu fait appel.

Les chiffres ont joué au yo-yo

Un plongeon abrupt et une remontée spectaculaire ont rythmé la crise, sur le plan économique. Ainsi, lors du premier confinement, la chute du PIB (produit intérieur brut) a été trois fois plus importante à Genève que lors d’autres catastrophes majeures (choc pétrolier de 1983, bulle immobilière des années 90, crise des subprimes en 2008). Idem pour Vaud et Zurich. Mais la reprise a été vive.

Si le commerce extérieur genevois a été divisé par trois au 2e trimestre 2020, les exportations ont désormais retrouvé leur niveau d’avant la pandémie, grâce à des productions non périssables et faciles à stocker (machines et montres par exemple). Ce n’est pas tout à fait le cas des importations. «Les habitudes de consommation, notamment la prise de conscience environnementale qui promeut le consommer local, jouent sans doute un rôle», a appuyé Giovanni Ferro Luzzi. Celui-ci a aussi mis en avant la crise climatique ou encore le télétravail pour expliquer le tassement des activités de l’aéroport. Sur le marché de l’emploi, les dégâts restent cependant importants. La hausse du chômage (+33% entre février et mai 2020) a été la plus violente observée au bout du lac depuis le milieu des années 70. Ce n’est que dernièrement que les chiffres sont (un peu) repartis à la baisse.

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