Actualisé 01.07.2020 à 06:47

Cisjordanie

Malgré les menaces, le Hamas ne veut pas risquer la guerre avec Israël

Le mouvement islamiste veut peser dans les projets d’annexions de la Cisjordanie occupée par l’Etat hébreux. Mais sans risquer de provoquer un conflit armé.

Les palestiniens manifestent contre le projet israélien, ici le 19 juin à Gaza.

Les palestiniens manifestent contre le projet israélien, ici le 19 juin à Gaza.

AFP

Le Hamas a prévenu: une annexion par Israël de pans de la Cisjordanie occupée serait une «déclaration de guerre».

Mais au-delà des mots, le mouvement islamiste armé veut peser dans la balance tout en évitant une confrontation avec l’Etat hébreu, estiment des analystes. Depuis quelques semaines, des manifestations sont organisées presque chaque jour dans la bande de Gaza, territoire palestinien gouverné par le Hamas depuis 2007, pour protester contre le plan américain pour le Proche-Orient.

Celui-ci prévoit la création d’un Etat palestinien sur un territoire restreint et morcelé et l’annexion par Israël de colonies et de la vallée du Jourdain. Le gouvernement israélien doit se prononcer à partir du 1er juillet sur la mise en oeuvre du plan américain et plus l’échéance approche, plus le Hamas – qui a livré trois guerres à Israël depuis 2008 – tente de définir sa stratégie.

Jeudi, le porte-parole de la branche militaire du mouvement a averti qu’une annexion serait considérée comme «une déclaration de guerre» contre le peuple palestinien. Il a promis de faire «en sorte que l’ennemi s’en morde les doigts». Et le lendemain deux roquettes ont été lancées de l’enclave paupérisée vers Israël, qui a aussitôt riposté avec des frappes aériennes sur des positions du Hamas.

«Jour de la colère»

Or, dans le contexte actuel, les choix qui s’offrent au mouvement islamiste sont limités, notent des analystes. «Les options du Hamas sont complexes, car toute réponse à l’annexion aura des conséquences sur la bande de Gaza», estime Adnane Abou Amer, analyste palestinien.

«Il se peut que les tensions à la barrière [séparant Gaza d’Israël, ndlr] reprennent, avec le lancement d’engins incendiaires et explosifs», indique Mukhaimar Abou Saada, professeur de sciences politiques à l’université Al-Azhar de Gaza. Mais il exclut «l’option d’activités militaires», car le Hamas «ne veut pas que Gaza en paye le prix».

Le Hamas va «attendre de voir ce qu’il se passe, organiser des manifestations populaires et ne devrait pas engager de confrontation avec Israël», ajoute-t-il. «La résistance globale et la lutte armée sont un devoir de faire face aux plans de l’ennemi», a déclaré dimanche Khalil al-Hayya, chef adjoint du bureau politique du Hamas dans la bande de Gaza, qui a appelé à un «jour de la colère», le 1er juillet, contre le projet israélien.

Retour de la marche

Hors des manifestations, le mouvement islamiste craint qu’une flambée de violence ne fragilise les négociations indirectes sur un échange de prisonniers avec Israël, qui serait le premier depuis près de 10 ans entre les deux ennemis, selon M. Abou Saada.

À partir de mars 2018, Gaza avait connu des rassemblements hebdomadaires le long de la barrière de sécurité lourdement gardée par l’armée israélienne. Les manifestants y réclamaient «le droit au retour» des Palestiniens chassés de leurs terres ou qui ont fui à la création d’Israël en 1948 ainsi que la levée du strict blocus israélien, imposé il y a plus de dix ans sur la bande de Gaza pour, selon l’Etat hébreu, contenir le Hamas.

Mais la participation aux rassemblements s’est essoufflée à la fin 2019 et les restrictions liées à la pandémie de Covid-19 ont consumé davantage le mouvement. Or, si Israël va de l’avant avec son projet, le Hamas voudrait que des attaques contre Israël se concentrent en Cisjordanie, théâtre projeté de l’annexion, indique M. Abou Amer.

Manque de confiance

Mais pour cela il faudrait qu’il y ait un dialogue entre le Hamas et son rival, le Fatah du président Mahmoud Abbas, au pouvoir en Cisjordanie. Or, les deux partis sont à couteaux tirés depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza au terme d’une quasi-guerre civile, un an après avoir remporté les législatives. Depuis, tous les efforts de réconciliation ont échoué.

À la mi-juin, un haut responsable du Hamas, Salah al-Bardawil, a appelé à «l’union de la classe politique» palestinienne, estimant qu’il «n’y avait pas de place pour un monopole, l’exclusion ou la domination au sein du leadership palestinien».

Pour l’analyste M. Abou Amer, la probabilité d’une entente entre l’autorité palestinienne et le Hamas est mince, voire «impossible en raison du manque de confiance». «L’autorité palestinienne continue de traquer et d’arrêter quotidiennement des militants du Hamas en Cisjordanie», sa hantise étant qu’il y reprenne ses activités et l’évince, comme il l’a fait à Gaza, explique-t-il.

(ATS)

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