Massacre à Garissa: Manif pour épingler le gouvernement
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Massacre à GarissaManif pour épingler le gouvernement

Au lendemain de bombardements kenyans de camps shebab en Somalie, une manifestation devait se tenir mardi pour protester contre l'incapacité du gouvernement à protéger la population.

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16.07 Les autorités kényanes ont affirmé jeudi que Mohamed Mohamud, alias «Kuno», présenté par Nairobi comme le principal organisateur du massacre de l'université le 2 avril, avait été tué en Somalie. Mais par la suite, elles sont revenues sur l'information en précisant qu'il était encore vivant.

16.07 Les autorités kényanes ont affirmé jeudi que Mohamed Mohamud, alias «Kuno», présenté par Nairobi comme le principal organisateur du massacre de l'université le 2 avril, avait été tué en Somalie. Mais par la suite, elles sont revenues sur l'information en précisant qu'il était encore vivant.

AFP
17.04 La belle-fille du chef de la brigade aérienne (en jaune sur la photo de gauche et en débardeur noir sur celle de droite) prend la pose assise sur les marches de l'avion de la police qu'elle monopolisait pour ses vacances au moment de l'attaque.

17.04 La belle-fille du chef de la brigade aérienne (en jaune sur la photo de gauche et en débardeur noir sur celle de droite) prend la pose assise sur les marches de l'avion de la police qu'elle monopolisait pour ses vacances au moment de l'attaque.

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10.04.15 Le Kenya a commencé vendredi à inhumer les victimes du massacre de l'Université de Garissa, alors qu'une semaine après l'attaque, des parents attendent toujours d'être fixés sur le sort de leurs enfants.

10.04.15 Le Kenya a commencé vendredi à inhumer les victimes du massacre de l'Université de Garissa, alors qu'une semaine après l'attaque, des parents attendent toujours d'être fixés sur le sort de leurs enfants.

Reuters/Thomas Mukoya

Environ 200 étudiants kényans ont dénoncé mardi à Nairobi l'incapacité du gouvernement à protéger la population, au troisième jour du deuil national décrété après le massacre du 2 avril à l'université de Garissa, dans l'est du pays. Une veillée était prévue en début de soirée en hommage aux 148 morts - 142 étudiants et six membres des forces de sécurité - de l'attaque, revendiquée par les islamistes somaliens shebab.

Les étudiants, certains en costume noir de deuil, ont marché jusqu'à des bureaux de la présidence kényane dans le centre-ville, tambourinant au passage sur des véhicules et criant aux automobilistes «Vous n'êtes pas en sécurité!». Avant que le cortège commence à se disperser en début d'après-midi, un petit groupe a pu entrer déposer une pétition réclamant notamment l'amélioration des équipements des forces de sécurité et la création de centres de veille, avec des policiers en alerte 24H/24H.

«Si ça ne tient pas les shebab à l'écart, ça permettra de limiter le nombre de victimes», a estimé Mcnab Bwonde, secrétaire général de l'Association des étudiants de l'université technique du Kenya (TUK). La presse kényane a accusé les autorités d'avoir ignoré des avertissements et critiqué le temps mis par les unités d'intervention pour arriver à Garissa lors de l'attaque. «L'État avait des renseignements sur une attaque à Garissa et n'a pas été capable de répondre de façon appropriée», a expliqué Stephen Mwadime, son homologue de l'Association des étudiants de l'université Kenyatta de Nairobi, accusant les autorités d'être incapables «d'assurer la sécurité des fils et filles de ce pays».

Une refont totale de l'appareil sécuritaire demandée

M. Mwadime a réclamé «une refonte totale de l'appareil sécuritaire», ainsi que «le retrait des troupes (kényanes) de Somalie» qui «devraient revenir assurer la sécurité du pays de l'intérieur». Il a aussi demandé également une indemnisation d'environ 20'000 euros pour chaque famille de victime du massacre. Sur le trajet, certains étudiants se sont arrêtés, bougies et fleurs en main, pour chanter des prières en mémoire des tués et blessés. Ceux qui sont morts «devaient construire le Kenya de demain et le gouvernement ne fait rien», a expliqué dans le cortège Maureen Mucheri, 21 ans, étudiant en génie civil à la TUK, dénonçant l'absence de mesures de sécurité sur son propre campus de la capitale. «Je ne peux pas aller dans les centres commerciaux ou les églises, car on peut être attaqués à tout moment et maintenant même les écoles» ne sont plus sûres, a-t-elle souligné.

Le président kényan Uhuru Kenyatta a promis de «répondre le plus sévèrement possible» à l'attaque de Garissa, la plus meurtrière au Kenya depuis celle contre l'ambassade américaine de Nairobi, perpétrée par Al-Qaïda, auquel les shebab sont affiliés, et qui avait fait 213 morts en 1998. Lundi, l'armée kényane a annoncé que son aviation avait bombardé et détruit en Somalie deux camps shebab, affirmant que ces deux cibles étaient déjà dans son collimateur avant la tuerie. L'armée kényane a néanmoins déjà bombardé des cibles islamistes en Somalie dans la foulée d'attentats commis sur son sol.

L'université de Garissa, fermée sine die, est désormais vide, mais le sang séché s'étend en longues traînées, laissant imaginer la lente agonie d'étudiants blessés, rampant pour tenter d'échapper à leurs bourreaux. Les barbelés qui clôturent le campus témoignent aussi de la fuite désespérée des étudiants. Y pendent encore des bouts de chair, des cheveux, des lambeaux d'habits. Les autorités kényanes ont promis une récompense d'environ 200'000 euros pour la capture de celui qu'elles présentent comme le cerveau de l'attaque, Mohamed Mohamud, alias «Kuno», ex-professeur kényan d'une école coranique de Garissa, qui a rejoint il y a plusieurs années les islamistes somaliens. Cinq suspects ont également été arrêtés.

Plus de 400 personnes tuées

L'armée kényane est entrée en octobre 2011 en Somalie pour combattre les shebab qui ont multiplié depuis les attaques meurtrières au Kenya en représailles. Le contingent kényan a depuis intégré l'Amisom, la force de l'Union africaine déployée depuis 2007 en Somalie pour soutenir les fragiles autorités face aux islamistes. Plus de 400 personnes ont été tuées au Kenya depuis la mi-2013 dans des attaques revendiquées par les shebab ou qui leur ont été attribuées. Ils ont à nouveau menacé samedi le Kenya d'une «longue et épouvantable guerre» et d'une «nouveau bain de sang».

Chassés en août 2011 de Mogadiscio, puis successivement de l'ensemble de leurs bastions du sud et du centre de la Somalie, les shebab contrôlent toujours de larges zones rurales. Outre de nombreux attentats en Somalie, ils ont choisi le Kenya, pays frontalier, miné par la corruption, où une minorité musulmane jeune et délaissée constitue un terreau fertile à l'islamisme radical, pour mener des actions spectaculaires, visant à montrer qu'ils peuvent frapper à leur guise, estiment les observateurs.

(afp)

L'attaque de Garissa, le double échec des politiques kényanes

Le massacre de l'université de Garissa, qui a fait 148 morts, découle largement d'échecs politiques successifs au Kenya, estiment des analystes. En cause: la marginalisation des populations somali mais aussi musulmane, et l'incapacité à sécuriser le pays.

Garissa, comme les autres régions frontalières de la Somalie, telles Mandera, Wajir ou la côte kényane, est le théâtre d'attaques chroniques, d'ampleur variable, des islamistes somaliens shebab.

Ces régions sont depuis longtemps négligées. Peuplées majoritairement de somali et de swahili musulmans stigmatisés, elles sont devenues une cible privilégiée des islamistes: ils y trouvent relais, terreau propice à la radicalisation, et pour toute opposition un appareil sécuritaire faible.

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