Genève: Manifestation contre le t-shirt de la honte devant un cycle
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GenèveManifestation contre le t-shirt de la honte devant un cycle

Quelques centaines de personnes ont dénoncé une pratique qu’ils estiment sexiste et stigmatisante.

par
mpo
Le «t-shirt de la honte" provoque depuis une semaine une vague d'indignation et de colère à Genève.

Le «t-shirt de la honte" provoque depuis une semaine une vague d'indignation et de colère à Genève.

KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI

Mercredi matin, sur le coup des 8h45, une quarantaine de jeunes militantes et militants féministes ont fait irruption devant l’entrée du cycle d’orientation de Pinchat, à Genève. Ils ont été rapidement rejoints par plusieurs centaines d’élèves de l’établissement à l’heure de la pause. Le rassemblement avait été convoqué pour protester contre les règles vestimentaires imposées dans certaines écoles, et qu’ils jugent humiliantes. Une lettre a été adressée au DIP.

Les jeunes ont exigé notamment l’abandon de la pratique du «t-shirt de la honte». Ce maillot de corps extra large, tombant jusqu’aux genoux, porte l’inscription «J’ai une tenue adéquate». Il doit être enfilé par les élèves qui sont venus à l’école habillés d’une façon considérée comme incorrecte.

Ce terme recoupe les tenues qui laissent apparaître le ventre, les épaules ou le haut des cuisses, ainsi que des vêtements où figurent des messages à caractère injurieux ou obscène. Selon les élèves, la mesure touche beaucoup plus les filles que les garçons.

Rassemblement contre le «t-shirt de la honte»

Les protestataires réclament que la responsable du Département de l’instruction publique (DIP) Anne Emery-Torracinta oblige les directions des cycles d’orientation à abandonner cette pratique, qui est à leurs yeux «extrême, violente et dangereuse pour le bon développement psychologique de la jeunesse».

Discussion à l’interne

Selon la loi, les élèves doivent porter «une tenue correcte et adaptée au cadre scolaire». Anne Emery-Torracinta a réfuté l’accusation de sexisme, affirmant que les règlements concernent tant les filles que les garçons. Elle a estimé qu’il est nécessaire d’établir un cadre, mais qu’il doit être «compris et partagé». Pour la conseillère d’État, le débat doit se tenir «entre les parents, les élèves et les enseignants», excluant ainsi les associations féministes. Antonio Hodgers, président du gouvernement, a qualifié ces questionnements de «salutaires».

Ils veulent aussi une révision du règlement vestimentaire de l’école. Un travail qui devrait être fait en collaboration «avec des associations féministes et pédagogiques». Enfin, des excuses publiques et médiatisées de la part du DIP «pour cette erreur grave et condamnable» sont réclamées.

A la suite de la manifestation, plusieurs dizaines d’élèves ont refusé de réintégrer leurs classes. Une discussion a été entamée entre eux et la direction du cycle. Selon nos informations, les élèves auraient obtenu une rencontre entre autorité scolaire et délégués de classe afin de rediscuter de la pratique controversée. Par ailleurs, la police, intervenue en fin de rassemblement a relevé les identités de plusieurs personnes tout en assurant qu’il n’y aurait pas de contravention.

Uniforme?

Ironie de l’histoire, le T-shirt de la honte est issu de discussions entre parents, élèves et enseignants de Pinchat en 2014. Il visait à éviter aux élèves dont la tenue était jugée inappropriée de devoir rentrer se changer et de manquer des cours. Aujourd’hui, la question déborde au Parlement. Une motion déposée par le MCG demande une tenue standardisée. Une autre motion de Solidarités veut bannir les sanctions. Le parti vise aussi à modifier la loi pour effacer la question de la tenue des élèves.

(ATS)

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